Masterclass Tsui Hark - 2ème partie

La 2ème partie :
Alors pourquoi ensuite je suis parti à Hong Kong ? À Hong Kong, ma vie a radicalement changé, je suis passé d’un environnement très vivant à l’enfermement dans un appartement toute la journée. Un jour j’ai donc décidé d’aller dans un cinéma de la ville. Je crois qu’aller au cinéma représentait sans doute pour moi une experience émotionnelle ce moment-là, ça permettait de revivre une petite part de mon enfance. Ce matin-là est très important, parce que c’est ce matin que j’ai vu le film “Yojimbo” d’Akira Kurosawa.
Voir un film d’une beauté pareille, et ramener cette experience émotionnelle chez soi, est inoubliable. À partir de là, j’ai pris l’habitude d’aller des films tout seul, plutôt le matin quand il n’y avait personne.
En 1967, alors que je partais aux Etats-Unis pour devenir ingénieur, je me suis arrêté pour reflechir à ce que je voulais vraiment être. Quelle genre de personne je voulais être. J’ai toujours voulu vivre dans un endroit agréable comme dans mon enfance. Donc pendant que je parlais à un ami dans le bus, il m’a demandé ce que je voulais faire. En fait, tous mes amis étaient partis à l’étrange, j’étais le seul encore à Hong Kong. À ce moment-là, le bus passait devant le cinéma, et j’ai décidé de faire du cinéma. Mais qu’est-ce qu’un jeune de 17 ans peut faire pour rentrer dans le cinéma ? Sans aucune experience, aucun contact. Comment rentrer dans cette industrie ?
En plus, à cette époque, il n’y avait pas d’école de cinéma à Hong Kong. Mes amis m’ont dis que je devrais aller étudier à l’étranger. Mais où ? Je ne savais pas. Sans compter que ma famille ne pouvais pas me payer des études de cinéma, et que je n’avais aucune experience de l’étranger. J’ai dû essayer de trouver une opportunité pour étudier le cinéma. J’ai été très chanceux parce qu’une école Américaine m’a accepté, et m’a donné une bourse pour étudier.
Mes études ont été une période très stressantes. Parce que même si j’avais eu une bourse, chaque année je devais y rajouter 200 $, ce qui pour un étudiant de cette époque représentait beaucoup d’argent. Donc, à chaque vacance, quand tout le monde était parti, je devais rester et trouver un travail pour gagner l’argent. Là encore, j’ai été très chanceux, parce qu’un jour j’ai écris un article à propos d’un réalisateur New Yorkais, et j’ai noté l’adresse de sa société puis je suis allé à New York pour chercher du travail. Il s’avère qu’il avait quitté la société, mais ils m’ont quand même embauché.
Mon travail consistait à développer le film. Ils avaient une division qui partaient tourner à l’extérieur des documentaires, et moi je devais développer le film qu’ils venaient de tourner. Mais à côté de la chambre de développement, il y avait le studio de montage. Et là-dedans, comme ils tournaient avec un son synchronisé, le monteur devait toujours ajuster la bande sonore magnétique avec le film. Donc pendant que je développais le film, je pouvais toujours entendre ce qui était entrain de se monter. Je me souviens qu’une fois, c’était une conférence. Et l’entendre pendant 2 jours, entendre ce monteur écouter toute cette longue conférence pendant 2 jours en essayant de synchroniser le son au film, ça m’a rendu un peu fou.
Alors un jour je lui ai dis s’il pouvait me laisser faire la synchronisation à sa place. J’ai essayé, et cherché un film qui correspondrait aux mots que j’ai entendu pendant 2 jours, et j’ai réussi à synchroniser le son ! Après ça, j’ai été promu assistant monteur. Et puis après, je suis devenu assistant cameraman, assistant scénariste…
Mais plus tard j’ai appris que je n’avais pas eu mon diplôme, donc j’ai dû démissionner de la société et retourner étudier. Ils m’ont dis que j’étais stupide, que j’étais déjà entrain de travailler, alors pourquoi retourner à l’école ? Mais je me suis dis, comme j’étais venu en Amérique pour étudier, autant avoir mon diplôme. Mais de retour à l’école, mon avis a changé. Parce que j’avais l’impression que les véritables leçons s’apprenaient en dehors d’une classe. Dans une classe, on n’a pas la possibilité de mettre en pratique la théorie qu’on nous enseigne.
Quand je travaillais à New York, j’avais mis de côté un peu d’argent pour éviter d’avoir à travailler pour le dernier semestre. Avec ce gain de temps, j’en ai profité pour chercher parmi les activités proposées par l’école tout ce qui concernait la réalisation, ou la vidéo. Avec mon experience de New York, ces activités m’ont permis de comprendre les différente étapes de la réalisation.
Tout ça m’a beaucoup aidé lorsque je suis retourné à Hong Kong et que je suis entré à la TVB. Donc voilà, pour la première partie de ma vie.
À Suivre… ?
Source : Variety (par Marcus Lim)
Crédit photo : Getty Images photo
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Publié dans Actualité
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