Shamo - 2007 - Soi Cheang

Coq de combat enragé…
À 16 ans, Ryo est envoyé en prison, accusé d’avoir tué ses parents. Sauvagement tabassé par les autres prisonniers, tout change lorsqu’un maître de karaté lui enseigne son art…
Après Dog Big Dog, Soi Cheang confirme son intérêt pour les bas fonds de l’humanité. Moins glauque et nihiliste que son précédent film, Shamo baigne quand même dans la violence animale, le sang et le désespoir. Le tableau d’une famille parfaite en ouverture disparaît rapidement pour faire place à un monde déshumanisant où la seule façon de survivre, est la violence.

Le bonheur dans la décharge
Ryo, visage innocent, voit s’écrouler toute sa vie. Ses parents tués, il va devoir porter le fardeau de cet acte et subir les insultes et le mépris de tous jusqu’au bout du film. Sa soeur, figure instable, décide de devenir prostituée. Évidemment autour d’eux, personne. Ils ont été totalement abandonné. Personne ne s’intéresse à eux, et personne ne souhaite les écouter. En sortant des rails d’une vie idéale, ils sont ignorés par la société.

L’humanité en cage ?
Le Hong Kong glauque de Dog Bite Dog trouve un écho avec la prison, l’un des rares endroits définis dans le film. Les prisonniers sont clairement des animaux en cage, et la violence n’est jamais punie par les autorités. Pire, quand Ryo reste sur le carreau, le directeur de la prison vient à son tour l’humilier. Aucun espoir de rédemption possible, aucune autre issue pour Ryo que d’apprendre à se battre pour devenir à son tour, un animal enragé.

La fureur de vaincre
En prison, Ryo est guidé par un prisonnier politique, qui lui enseigne l’art du combat. Le jeune y consacre le moindre de ses instants, apprenant rapidement comment rendre les coups et mener un combat. Paradoxalement, c’est aussi l’instant où le développement du personnage arrive à terme. Car une fois relâché, il veut juste devenir un coq de combat, combattre les grands combattants sur une arène officielle pour les faire tomber de leur prestige.

Perte de vitesse
C’est aussi après la prison que le film commence à s’égarer, à devenir brouillon et mêler personnages et pistes peu creusés (…). On se retrouve au coeur du milieu du free-fight, avec ses magouilles et arrangements étranges, avec ses princes et ses esclaves. Soi Cheang reste fidèle à lui-même, cette humanité est un cafard, et les idées d’honneur de de respect du combat ne désignent rien. Il est question d’argent et de pouvoir, avec en face Ryo, incarnation d’un désespoir, devenu fou.

Violence et rage : plaisirs coupables ?
Si Soi Cheang se limite aux aspects superficielles de son histoire, il se montre plus généreux au niveau des combats, brutaux et violents. Mais quelques fois alourdis par des effets de montage. Bien sûr, comme à chaque combat, les adversaires s’en prennent plein la gueule, et Ryo n’échappe pas à cette règle. Il se fait littéralement défoncer la gueule à chaque fois, en trouvant toujours la force de se relever, d’encaisser et d’achever sa proie. Il a un côté sadique et fou, obsédé avec rage par destituer les rois du ring (d’ailleurs, le perso est souvent cadré au 3/4 des plans).

Prochain arrêt ?
Shamo reste décevant, Soi Cheang n’essaye jamais de tirer profit de son histoire et se limite à l’aventure pas toujours passionnante de Ryo, de sa petite copine prostituée, de son copain et de son excellent maître (poseur) - prisonnier politique (pas grande influence sur l’histoire). Cheang est clairement intéressé par la violence et la déchéance humaine, alors pourquoi avoir mis de côté tous les éléments entourant ces “hommes” coqs de combat qui pouvaient définir ce monde pourri ? Cheang fait dans l’épure au détriment de son film, diminuant la rage de l’histoire.
À l’inverse du sublime Red Belt de David Mamet, qui avec moins de combat, une approche plus sobre et réaliste, parvient à réaliser un film noble d’arts martiaux explosant le monde décadent du free-fight (et par extension, du monde moderne). Un rival américain moins stylisé-poseur, mais indispensable. Le coq fait la gueule !
Publié dans Cinéma Chinois
Réalisé par Soi Cheang
Avec Shawn Yue, Francis Ng, Bruce Leong... (IMDb)
Aka Coq de combat
8 Réactions sur “Shamo - 2007 - Soi Cheang”
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Guillaume a dit:
2 août 2008 à 13:14Au delà du manque évident de fond, il y a un truc qui m’a vraiment dérangé dans ce Shamo. La version manga tend vers un réalisme glauque au niveau des situations mais aussi au niveau du dessin. Et à l’inverse, Soi Cheang détruit tout réalisme avec ses choix de lumieres mais aussi les décors épurés, presque theatraux. Le film fait toc là où le manga se voulait hyper réaliste. Drole de choix, meme si apres Dog Bite Dog il devait avoir envie d’autre chose. Ceci mis à part, j’ai quand meme pris mon pieds devant le film. Ca va vite, l’histoire est simple, les acteurs grimacent à tout va, et puis ça frappe. Un bon divertissement.
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Carth a dit:
2 août 2008 à 19:30Excellent divertissement effectivement. Autant je vomis Dog Bite Dog, autant celui-ci m’a fait passer un excellent moment. Ca castagne bien et c’est ce qu’on lui demande. Pour la psychologie ou l’adaptation réussie, on s’en passera!
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Michael a dit:
2 août 2008 à 21:58La description du manga - réalisme glauque - se place dans la parfaite continuité de DBD. Ce qui renforce encore plus mon sentiment de déception vu le potentiel, SC a vraiment foiré son adaptation. 2,5/5 quoi.
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Carth a dit:
2 août 2008 à 23:42Je doute que l’auteur du manga ai voulu qu’on mette une ballade pop US à la fin de son oeuvre (cf celle de Dog Bite Dog, ou LE TRUC qu’il ne fallait surtout pas faire). Tu y vois une continuité? Je plaisante. Ah et y’a des néons aussi dans Dog Bite Dog non
?Sinon, je ne sais pas, mais les parties en taules ou les vieux quartiers dans Shamo sont glauquasses non? Cette violence visuelle m’avait plutôt heurté durant la projection. Bon, il était tard aussi, mais quand même!
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Carth a dit:
2 août 2008 à 23:45Et PS, j’ai pas l’impression que Red Belt puisse jouer dans la même cour que Shamo. J’y vois plus un “Black belt” like dans son approche “plus noble” de l’art qu’un Shamo dark et effectivement ultra poseur. L’as tu vu, d’ailleurs, ce black belt (kuro-obi;2007)
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Michael a dit:
2 août 2008 à 23:58Le mauvais goût prononcé ou non d’un film est une chose. Savoir exploiter les pistes d’une histoire en est une autre, et vu DBD, Shamo zappe tout ce qui pourrait venir renforcer son récit violent et nihiliste. D’où le sentiment de déception, ça semble bâclé, et c’est finalement vain.
La comparaison avec Red Belt est là pour appuyer ce côté bâclage d’une histoire potentiellement intéressante - la noblesse de l’art est secondaire, les 2 films posent un même regard violent sur le monde (du free-fight). J’y reviens tout à l’heure.
(et Black Belt attend sagement son tour)
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Sachnight a dit:
23 août 2008 à 1:37je suis dégouté!!!
Je suis un fanatique du manga “coq de combat” et j’ai vu avec horreur cette adaptation baclée, ringarde et aucunement fidéle à son oeuvre d’origine ( changement dans le scénario)
Pourquoi donne on l’autorisation à certaines maison de production de réaliser de tel adaptation???
J’attendais beaucoup de ce film qui aurait pu faire connaitre à un plus large public ce manga carrément excellent, avec un anti héros inédit dans le monde du manga, un héros diabolique mais auquel on s’attache et auquel on essait d’accorder notre compréhension au lieu d’un mépris dont il y est la victime.
Merci d’avoir pris le tps de lire ma plainte et surtout ne regarder pas ce film et allez acheter les mangas!!! -
Wolvy a dit:
25 octobre 2008 à 12:53Bien moins noir et sombre que Dog Bite Dog, COQ DE COMBAT en n’est pas moins JUBILATOIRE, au contraire même ! Ce dernier est encore MEILLEUR que les précédents films de Cheang - DBD et Love Battlefield (intéressants, voire géniaux) y compris.
BRAVO Monsieur Soi Cheang, continuez sur cette voie, et vous ravirez les spectateurs, assurément^^
[4.5/6]
En un seul mot : MERCI !



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