Le Cinéma Japonais et… #3 : Miguel Patrício

Le Cinéma Japonais et... #3 : Miguel Patrício

Dans le cadre du cycle cinéma japonais, je vous propose cette série d’entretiens avec des passionnés et/ou professionnels pour connaître leurs regards sur le Cinéma Japonais, de quoi compléter cette discussion.

Poursuivons avec Miguel Patrício, grand amateur portugais de cinéma japonais, fait une licence en philo et écrit sur le blog Retroprojeccao & le forum Asian-Virus

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Sommaire :

1 - Comment et Quand as-tu découvert le Cinéma japonais ?
2 - Qu’est-ce que ça représente pour toi le Cinéma Japonais ?
3 - Quels sont tes films japonais préférés ?
4 - Sur la place du cinéma japonais au Portugal…
5 - Selon toi, cette situation est-elle améliorable ? Comment ?

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Comment et Quand as-tu découvert le Cinéma japonais ?

C’est en 2000 (ou 2001 ?) que je suis tombé amoureux du Cinéma Japonais. La chaîne de TV portugaise RTP2 faisait une rétrospective complète de l’oeuvre de Maître Takeshi Kitano. Je n’oublierai jamais la découverte de ces films : le sadisme abrupte de Violent Cop ou le calme satirique de Boiling Point, et les silences poétiques et mélancoliques de Sonatine qui m’ont totalement surpris. Je crois que Kitano a réinventé l’approche du montage, et grâce à ça, dans ses films il crée un rythme bizarre mais magique et beau. Sa façon de filmer le monde, son monde particulier, paraît non seulement spontanée (au niveau du sentiment excitant d’explorer le domaine du silence et de l’autisme) mais aussi poétique parce que dans un film de Kitano la fleur (l’harmonie) et le feu (chaos) sont identiques.

Ce premier contact a été vital pour moi (même si je connaissais déjà des anime et quelques films japonais comme les 7 Samouraïs ou Ugetsu) : ça m’a ouvert l’esprit et m’a donné envie d’en découvrir plus. C’est de cette manière que j’ai progressivement découvert de plus en plus de chefs d’oeuvre japonais : de grandes leçons de narrations comme de sublimes exercices esthétiques.

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Le Cinéma Japonais et... #3 : Miguel Patrício

Qu’est-ce que ça représente pour toi le Cinéma Japonais ?

C’est une question difficile. Je crois que la culture japonaise a un aspect métaphysique inné. Je veux pas paraître trop cliché en décrivant ce genre d’émotions, mais par exemple, quand j’entends des paysans chantant une chanson populaire dans un chambara ou quand je contemple les paysages filmés par un Ozu ou un autre, je ressens quelque chose d’inexplicablement profond. Comme si après tout, ces endroits étrangers étaient mon chez moi.

Peut-être que je suis trop subjectif ici, mais néanmoins, d’une façon générale le cinéma japonais parvient à unir les concepts de cinéma de genre et cinéma d’auteur, je crois d’une manière inédite comme nulle part ailleurs. Cette formule donne au cinéma japonais un grand atout : on peut voir tout dans un film japonais.

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Quels sont tes films japonais préférés ?

C’est une autre question difficile parce que je dois mettre de côté des films que j’aime, mais pour retenir les plus importants :

Une page folle (1926, Teinosuke Kinugasa) - Expressioniste et Impressioniste en même temps, ce film experimental de Kinugasa nous montre que le cinéma Japonais des années 20 était aussi développé que le cinéma Russe ou Allemand.

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Printemps tardif (1949, Yasujiro Ozu) – C’est la révélation d’Ozu en tant que grand humaniste comprenant le problème de la mort, en la montrant pourtant avec une rigueur stoïque. La scène où Chisu Ryu et Setsuko Hara regardent la pièce de Noh est une expérience inoubliable.

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Harakiri (1962, Masaki Kobayashi) – Formellement parfait avec une narration incroyable, la réalisation de Kobayashi (avec le jeu impeccable de Tatsuya Nakadai) nous offre l’un des meilleurs chambara.

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La Marque du tueur (1966, Seijun Suzuki) – Un film de la Nikkatsu surréaliste et absurde ? Parfait à tous les niveaux possibles, et Joe Shishido plus cool que jamais.

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Nanami (1968, Susumu Hani) – Susumu Hani est un réalisateur qui mérite plus de respect et d’intérêt. C’est probablement le film le plus triste que j’ai pu voir. Scénarisé par le grand Shuji Terayama.

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Eros + Massacre (1969, Kijû Yoshida) – Avec ce film, Kijû Yoshida s’impose comme un maître de l’esthetisme et de la spéculation. S’interrogeant sur l’idée d’Être dans le Temps, Yoshida délivre un exercice complèxe et fascinant sur l’Histoire et la Vérité.

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Nos funérailles en rose (1969, Toshio Matsumoto) – Les idées visuelles de Matsumoto sont tellement avant-gardistes et en avance sur son temps que je n’oublierai jamais la première fois que je l’ai vu.

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Va, va, deux fois vierge (1969, Koji Wakamatsu) – Le film pink nihiliste de Wakamatsu s’intéresse plus à la perte d’innocence qu’au sexe en lui-même. C’est pourquoi il est tellement beau.

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Double Suicide (1969, Masahiro Shinoda) – La dernière scène, avec la musique hypnotisante de Toru Takemitsu prouve que c’est pas seulement une réussite formelle mais aussi une incroyable tragédie érotique.

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Il est mort après la guerre (1970, Nagisa Oshima) – La construction chaotique du film cache un sens plus profond. Nagisa Oshima construit le film-problème ultime, retravaillant la fameuse Théorie du Paysage : ce qu’on filme est-il réel ?

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This Transient Life (1970, Akio Jissoji) – Jissoji remet à jour le thème de l’inceste (marque de fabrique des premières productions de l’ATG) pour un film superbe sur le désir et la destruction.

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Pastoral: To Die in the Country (1974, Shuji Terayama) – C’est l’un de mes préférés (en fait, toute l’oeuvre de Terayama). En faisant un meta-film provocateur, Shuji Terayama essaye de se reconsidérer à travers une quête étrange, et reconstruit son identité et sa sexualité.

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Sonatine (1993, Takeshi Kitano) – Mon premier film japonais préféré. Même en revoyant Sonatine aujourd’hui, je sais pas comment une telle beauté est possible. Le blues de Kitano, la plage, les jeux et bien sûr le thème hypnotique de Joe Hisaishi.

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Tokyo Fist (1995, Shinya Tsukamoto) – La schizophrénie urbaine de Shinya Tsukamoto est plus furieuse que jamais. Ce film apporte au sadisme une autre idée, celle de la recherche du retour à la vie.

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Maboroshi (1995, Hirokazu Kore-eda) – Parce que son incroyable sens du calme, Maboroshi est une mélancolique recherche existentielle avant le trauma. La scène de parade funéraire est bouleversante.

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Eureka (2001, Shinji Aoyama) – Silencieusement épique, Eureka reste de loin la plus grande révélation de cette décennie.

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Ça se voit que l’ère ATG est ma préférée ?

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Quelle est la place du cinéma japonais (ancien ou récent) au Portugal ? Au niveau de la critique ? Des cinéphiles ?

Au Portugal, il n’y a absolument aucun intérêt dans la découverte des possibilité du cinéma japonais (vieux ou récent). À mon avis, nos critiques et spécialistes semblent accorder de l’importance aux noms les plus connus (comme Mizoguchi, Ozu et Kurosawa), le reste est totalement oublié ou inconnu, principalement à cause de cette sainte-trinité. Même une institution importante comme la Cinemateca Portuguesa (La cinémathèque du Portugal) s’intéresse seulement à ces “trois maîtres”. Par exemple, en Septembre dernier, ils ont organisé une rétrospective du Cinéma Japonais et sur 20 films, 10 étaient de Kurosawa et de Mizoguchi ! Il n’y a aucune place pour les nouveautés ou découvertes dans ces cercles. Même les maîtres de la Nouvelle Vague, comme Oshima et Imamura, sont connus pour les mauvaises raisons. Par exemple, quand ils parlent de Oshima, ils parlent juste de Furyo ou de l‘Empire des Sens.

Pour ce qui est des critiques, je dois dire qu’ils ne sont pas très sérieux. Nos critiques ne sont pas indépendants. Ça veut dire, façon de parler, qu’ils pensent ce que les critiques français ou anglais pensaient dans les années 50 ou 60. Le Portugal ne s’est jamais intéressé à son cinéma ou à ceux des autres. Nous n’avons jamais eu une tradition proposant de nouvelles approches du cinéma comme ont eu les Français (et ont toujours, d’après ce que je vois avec les récentes rétrospectives Oshima et Yoshida…). C’est principalement pour ça que personne ne veut risquer à présenter des anciens noms oubliés (Yamanaka, Naruse, la Nouvelle Vague Japonaise) ou les nouvelles tendances (Kiyoshi Kurosawa, Takashi Miike, Shinya Tsukamoto, et autres).

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Le Cinéma Japonais et... #3 : Miguel Patrício

Selon toi, cette situation est-elle améliorable ? Comment ?

Je crois que l’une des solutions c’est d’essayer, petit à petit, d’informer nos cinéastes de ce que font en ce moment les Français et les Anglais. Peut-être qu’on retirera de bons résultats en suivant les initiatives de ces pays.

De mon côté, créer le compte youtube (un hommage sincère à l’un des meilleurs site sur le Cinéma Japonais) est un autre façon de promouvoir les raretés japonaises, non seulement au Portugal, mais aussi à travers le monde. Un ami (d’ailleurs, on a un forum dédié au cinéma asiatique, Asian-Virus) a crée aussi son compte.

Néanmoins, j’ai été informé récemment qu’un festival indépendant allait montrer plusieurs films japonais (comme Eros Plus Massacre de Yoshida, Godspeed You Black Emperor de Yanagimachi et Prisoner Terrorist de Masao Adachi) à Barcelos, une ville dans le nord du Portugal. Peut-être que la situation changera à l’avenir. Qui sait ?

Merci à Miguel Patrício pour sa disponibilité !
Illustrations = quelques uns des plans préférés du Cinéma Japonais de M.P
Reconnaissez-vous ces films ?

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Posted on 25 July 2008
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    2 Comments on “Le Cinéma Japonais et… #3 : Miguel Patrício”

    1. Yusaku says:

      Les captures…

      1: Jetons les livres et sortons dans la rue
      2: Sonatine
      3: Cahce-Cache Pastoral

    2. Martin says:

      apparement le compte youtube a été fermé … 200 BA au placard.. gloups..

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