Débordements #3 : Cocktail sulfureux

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Débordements #3 : Cocktail sulfureux

3ème volet de cette série – lancée par Nihon-eiga – dédiée à la découverte des perles du cinéma érotique japonais (de quoi faire frémir vos instincts, n’ayez pas honte) :

Va, va deux fois vierge de Koji Wakamatsu (1969)
Va, va deux fois vierge de Koji Wakamatsu (1969)
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Si l’idée du titre ne vous surprend pas (à moins que ce soit la traduction française ?), sachez qu’il s’agit d’un très beau film sur une jeunesse japonaise perdue, sans espoir ni futur, écrasée par une société impitoyable et vicieuse. Un petit budget largement compense par la masse d’idées et la beauté de la perdition des personnages, qui du toit d’un immeuble dominent le monde tout en étant profondément ignorés, méprisés par tous.

Hellish Love de Chusei Sone (1972)
Hellish Love de Chusei Sone (1972)

Quand l’érotisme rejoint le film de fantôme, ça donne cette belle romance bercée par la mélancolie et la tragédie. Une histoire d’amour qui arrive à dépasser la fatalité, laissant 2 âmes amoureuses s’unir au-delà des limites du réel et des valeurs de la société féodale. Le tout dans une ambiance oscillant entre un doux rêve et un léger cauchemar. Un intéressant mélange de genres !

Le Pensionnat des jeunes filles perverses de Norifumi Suzuki (1973)
Pensionnat des jeunes filles perverses de Norifumi Suzuki (1973)
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Un titre français bien racoleur pour cette petite bombe survitaminée nous présentant la préparation d’une rébellion de jeunes étudiantes contre l’autorité de leur bahut, et peut-être bien plus. Se côtoient des scènes de torture, d’humiliation, bagarre… filmées avec brio et imagination par Norifumi Suzuki, restant toujours dans une attitude “punk” ultra vivante et dynamique. Une des grandes réussites du genre (pinky violence style) !

***

Débordements #1 : esclavagisme et domination
Débordements #2 : des Fleurs et des Peaux

La suite… ?

Évidemment, ne vous sentez pas observé par les images… !


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{ 13 comments… read them below or add one }

1 Carth July 25, 2008 at 12:57 pm

Je n’ai jamais aimé ce genre de cinéma. De ceux que j’ai vu, c’est encore Norifumi Suzuki le plus drôle.

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2 riton July 25, 2008 at 2:04 pm

La production filmique “érotique” (pour ce que l’appellation peut avoir d’imprécis voire parfois d’inadéquat)japonaise est tout simplement incroyable.
Evoquer ainsi “ce genre” de cinéma, c’est le méconnaître et le mésestimer à priori. Par exemple Semeru de Tanaka n’est pas très “drôle”, mais c’est quand même un film magnifique.

Je crois qu’on ne peut pas s’intéresser au cinéma nippon et faire l’impasse sur ses particularités les plus importantes, dont
- La radicalité de thèmes politiques/sociaux qui traversent le pinku eiga. On peut trouver dans les cinématographies d’autres pays des équivalents, mais pas de production d’une telle ampleur il me semble.
- le système de studios, surtout la Nikkatsu bien évidemment, qui a fourni des moyens solides, même si financièrement limités, à des réalisateurs doués (parfois moins). Jusqu’aux alentours 1982, le roman porno fait preuve d’une qualité régulière et d’un soin technique inhabituels pour des films “érotiques” : photo, cadre, musique, acteurs… pas mal de réalisateurs contemporains feraient bien de regarder ces films.
Alliée à ces conditions matérielles, la liberté d’expression laissée aux réalisateurs a permis la naissance d’oeuvres majeures.
Les meilleurs films de Tanaka, Kumashiro, Sone… peuvent aisément prendre place dans le panthéon de la cinéphilie générale tandis que les films de Konuma, Hasebe, Naosuke Kurosawa, Toshiharu Ikeda… sont dans le peloton de tête du film de genre avec leur style de haute volée.

Bref, il semble qu’il y ait enfin un réveil occidental de ce coté. Espérons seulement que les tentatives éditoriales qui pointent leur nez ne tournent pas en eau de boudin faute d’intérêt du public.

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3 Epikt July 25, 2008 at 2:52 pm

Voilà qui me soulage après m’être résolu à ne pas parler du Wakamatsu (j’avais hésité à faire une spéciale “viol” ^^), superbe film.

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4 Guillaume July 25, 2008 at 5:09 pm

Il ne faut par contre pas tomber dans le travers de glorifier tous les pinkus au titre de contestataire / regard sociologique.
Certains auteurs ont su utiliser le genre pour proposer un discours tout en respectant les codes inhérents. Mais le pinku comme le roman porno ca reste un étalage de viande fraiche, avec quelques fois un mauvais gout prononcé (sans parler de la place du viol, pas glorifié mais presque).

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5 riton July 25, 2008 at 5:47 pm

Tous les pinku ne sont géniaux, de même pour les roman-porno, de même pour tous les chambara, ninkyo, mélos etc…
Maintenant, dire que le RP ou le pinku ça reste un étalage de viande fraîche, c’est un peu comme dire que le chambara ça reste des types qui font mumuse avec des sabres, avec des geysers de sang pour exciter l’instinct sanglant du spectateur.
Bon, le discours dénigrant sur le cinéma de genre, on le connaît un peu, on finit pas en avoir l’habitude. Maintenant, qui irait dire du mal de Bava, Argento ou Romero, alors qu’il y a 25 ans…
Dire que Rape and Death of a Housewife, Ichijo Sayuri, Red Classroom ou Retreat through Wet Wasteland ne sont que du skin flick de bas étage c’est reproduire exactement ce schema.

Et puis d’ailleurs le sujet même, la “viande fraîche” délicatement nommée n’est pas moins digne d’intérêt que n’importe quoi d’autre, non ?
Donc voyons les films, et jugeons sur pièce.

En passant, je trouve que le panel pinku socio/politique, pinky violence, Roman porno représenté dans le billet est bien vu.

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6 Michael July 25, 2008 at 6:17 pm

Merci Riton ! C’est à Martin qu’il faudrait demander plus de conseils sur ce sujet !

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7 Martin July 25, 2008 at 6:27 pm

Ne t’inquiètes pas, le riton est très calé sur le sujet :)

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8 riton July 25, 2008 at 7:24 pm

C’est flatteur, mais fort heureusement faux :)

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9 Epikt July 25, 2008 at 8:50 pm

> ” le discours dénigrant sur le cinéma de genre, on le connaît un peu, on finit pas en avoir l’habitude ” (riton)

Je ne pense pas que tu trouves ici énormément de personnes dénigrant le cinéma de genre.
Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs – peut-être est-ce s’intéresser à des cinématographies “marginales” – mais les amateurs de cinéma asiatiques le sont également souvent de cinéma fantastique, polar ou d’aventure, voir même de leurs incarnations dégénérées (connotation éminemment positive) que sont le cinéma d’exploitation, le bis ou le nanar. Enfin bref…

Je crois même que nous autres amateurs et défenseurs de ces cinématographies marginales (et du “cinéma de genre” en particulier) avons tout à perdre à tenter de les légitimer en y plaquant les critères d’appréciations et de valeur de la critique académique. En particulier ce soi-disant contenu politique, souvent monté de toutes pièces (soit qu’il n’existe carrément pas, soit qu’on confonde l’oeuvre et son auteur, soit autres fautes de goût) comme argument massue en faveur de la grandeur d’un film.
Alors ça bien sûr, en en faisant une métaphore sans concession de la guerre du Vietnam, on introduit La Nuit des morts-vivants dans le sérail des films respectables. Mais on finit surtout par défendre les films pour ce qu’ils ne sont pas.
Donc oui le chambara ce sont des types qui en découpent d’autres avec des sabres dans de grands geysers de sang. Je garde toujours ça à l’esprit. Ce qui naturellement ne l’empêche pas d’être aussi autre chose (et ce ne sont pas forcément les meilleurs). Mais quand on me demande de lister mes films japonais préférés et que j’y mets Baby Cart 2 en bonne place, sois certain que c’est en tant que film de types qui en découpent d’autres avec des sabres dans de grands geysers de sang.

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10 riton July 25, 2008 at 11:30 pm

Tant mieux si je me suis trompé en voyant dans les propos de Guillaume une attitude justement propre à la critique académique, à savoir la limitation du champ du film érotique, ramenant l’oeuvre aux trivialités (si agréables soient-elles) du genre auquel il se rattache.

Quant au caractère politique ou social (parfois antisocial, ce qui revient au même) d’une part non négligeable du pinku, je ne crois pas qu’il s’agisse de sur-interprétation. Je ne crois pas non plus que ça rende ces films meilleur par essence, mais ça constitue une spécificité d’une partie du cinéma “érotique” japonais. Il me semble.

Pour reprendre l’exemple du film de Romero, d’un côté je n’y ai pas vu la métaphore sur le Vietnam, de l’autre dire que les aspects politiques en sont absents me semble également exagéré. Comment faire abstraction de la fin du film dans le contexte de lutte pour les droits civiques de l’époque ?
Comment voir Va, va deux fois vierge comme un étalage de viande fraîche ?

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11 Michael July 26, 2008 at 12:00 am

Si des artisans ont été capables de transcender le matériel de base, ils restent minoritaires au sein d’une production de masse dont l’idée reine était de produire des films avec de la viande fraîche, des nibards, du voyeurisme à gogo… bref, des idées qui réussissaient (et réussiront toujours) à rameuter des spectateurs.

De même que 10 ans plus tôt, l’Industrie surfait sur la vague du chambara parce que c’est ce que les spectateurs souhaitaient voir (à ce propos, Riton, je t’invite à lire la fin de cet article de Paul Schrader sur le film de yakuza qui devrait t’intéresser vu tes quelques questions).

Je pense que c’est ce point là que souhaite souligner Guillaume dans son message (et il confirmera ou non), sans once de mépris mais avec une dose logique de réalisme.

Quand certains prennent l’opportunité de raconter LEURS histoires avec les contraintes d’un cahier des charges, d’autres se suffisent de ce cahier sans chercher à aller plus loin. Ainsi, Wakamatsu s’interroge sur son époque, Kumashiro honore la Femme… Quand des tâcherons filment juste des nibards et des viols.

(d’une façon générale, je pense qu’on sera tous d’accord pour dire que le genre s’impose pour les grands conteurs comme une sorte d’autoroute où les codes/symboles deviennent des voies à idées une approche peut-être aussi vieille que le monde).

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12 Guillaume July 26, 2008 at 12:05 am

Comment voir Va, va deux fois vierge comme un étalage de viande fraîche ?
soit je me suis réellement mal exprimé, soit tu es sur la breche et réagis trop vite quand on parle d’un genre que tu aimes et connais bien. Je ne remet pas en cause un coté politique ou sociologique sous tendu dans le pinku et le roman porno. Je dis juste qu’il ne faut pas assimiler le genre entier à cela. C’est comme voir un discours social dans tous les chambara. Une grosse partie est là pour le divertissement. Et autant un jidai 100% divertissant, ca me va, autant un roman porno qui ne va pas plus loin que ce que à quoi le genre prétend, et bien c’est de l’étalage de viande.

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13 riton July 26, 2008 at 4:50 pm

Guillaume, il est effectivement possible que mes réactions manquent de nuance et je m’en excuse, mais c’est le coeur qui parle.

Je reste en désaccord avec plusieurs éléments de vos dernières interventions, mais je vais tenter de structurer ma réponse avant de la poster (éventuellement)

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