L’Emblème de l’homme - 1966 - Akinori Matsuo

L'Emblème de l'homme - 1966 - Akinori Matsuo

Le destin d’un yakuza, malgré lui…

Au début du siècle dernier, lorsque le Japon menait à bien sa politique expansionniste, on pouvait encore trouver des yakuzas respectant rigoureusement l’esprit chevaleresque sans céder à la tentation de l’oppression ou du racket de la population locale vivant déjà une situation difficile qu’un tremblement de terre ne soulagera pas. Mais même à cette époque, la vision la plus pure du code d’honneur doit déjà côtoyer celle des hommes qui ne cherchent que le profit et la gloire, étant plus yakuza par circonstance que par désir personnel.

L'Emblème de l'homme - 1966 - Akinori Matsuo

Ces derniers ne peuvent respecter l’autre vision, elle leur fait de l’ombre et constitue un véritable frein à leur évolution, quoiqu’il se passe, ces hommes ne peuvent s’empêcher de perturber ces yakuzas chevaleresques. Ainsi va le monde des yakuzas, instable et fait de la jalousie des uns, c’est un milieu composé de chiens galeux se montrant impitoyables par simple plaisir. Mais qu’importe cet état, un chef digne et respectable sait poursuivre sa voie sans jamais faiblir à ses idées, allant même jusqu’à enseigner son apprentissage quotidien à ses enfants sans leur imposer sa voie. L’homme mené par l’idéal yakuza cherche à permettre aux gens de s’ouvrir et de s’épanouir, pas de les écraser.

Grand chef yakuza, Oshima doit s’occuper de l’éducation de son jeune fils sans oublier ses responsabilités de leader respecté par tous. Même s’il souhaite un jour le voir prendre sa succession, il accepte de laisser son fils choisir par lui-même ce qui l’amènera à devenir un honorable médecin. Si le jeune homme est décidé à s’éloigner du monde des yakuza qu’il déteste, la question de la succession s’imposera à lui à la mort de son père. Doit-il suivre sa voie ou continuer l’œuvre d’un grand homme ?

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Yakuza, un lourd héritage
Être fils d’un grand chef de yakuza n’est pas facile et peut poser parfois quelques problèmes comme quand une nuit un homme débarque dans la maison familiale avec l’intention d’éliminer purement et simplement le chef, intrus qui se fera sabrer dans la chambre devant les yeux d’un petit enfant complètement choqué par la vision de ce jeu de sang et de cet homme tombant raide mort en plein milieu. Cette image, le fils va la conserver pour le restant de sa vie lui assurant au moins une certitude, celle de ne jamais devenir un yakuza. C’est pourquoi sous le regard attendri d’un père amant, l’enfant va suivre son chemin et ses rêves réussissant finalement à devenir un honorable médecin. La norme voudrait que le fils s’engage dès le plus jeune âge à reprendre les affaires de son père, se soumettant à l’impératif familial avant de penser à son propre nombril, et c’est d’ailleurs quelque part le souhait de cet homme.

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L’espoir d’une nouvelle génération noble
Mais en tant que grand yakuza reconnu et respecté par tous, même par la population locale qu’il aide allègrement avec le sourire, il a préféré ne jamais rien imposer à son fils et de le laisser mener son traintrain tout seul comme grand, essayant au maximum d’éviter d’avoir à interférer dans les problèmes les plus anodins de l’enfant comme lorsqu’il sera amener à se bagarrer avec quelques camarades. L’important c’est de lui laisser trouver sa voie, lui laisser la possibilité de s’affirmer. D’une façon, l’homme applique jusque dans sa vie privée l’apprentissage de l’esprit chevaleresque des yakuza, s’ouvrir sur les autres, les aider à s’épanouir sans avoir à s’imposer ni par la force ni par un quelconque autre moyen.

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Yakuza de coeur et d’esprit
Ce yakuza est un homme de cœur avant d’être un homme d’argent ou une pourriture secondaire, il suit à la lettre le code d’honneur et ses impératifs. Mais le fils garde en tête la violence et l’instabilité d’une telle vie avant de se rendre compte de la mentalité plus que respectable qui anime ces individus, portés jusqu’au bout par leur esprit chevaleresque même par moment il s’avère difficile de résister à la haine et à son impulsion sauvage. Combien d’individus peuvent se vanter d’avoir réussi à conserver une certaine dignité ? Très peu et c’est bien ce que souhaite éviter le père à son fils d’où l’importance de suivre son chemin en se faisant toujours confiance.

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Retour à la réalité
Si la relation entre les deux hommes est harmonieuse, on peut d’ailleurs voir dans les yeux du père toute la fierté qu’il éprouve à l’égard de la réussite de son fils, il n’empêche qu’un yakuza demeure un yakuza, et quand celui-ci a trop d’importance, il est susceptible de gêner les intérêts d’autres hommes mal intentionnés. C’est pourquoi l’ambiance idyllique du film se retrouve soudainement brisée par la venue de ces fameux yakuza pourris qui ignorent ouvertement tout d’un code d’honneur ou du respect, de même pour la dignité. Seul compte la réussite et le prestige, peu importe les manières pour y parvenir.

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Le petit cercle des nobles yakuza
C’est sur cette réalité que le destin du jeune homme va devoir se trancher. Mais pour autant, le film ne sombre pas dans la violence visuelle avec sang à volonté, il reste sobre, s’intéressant avant tout aux émotions véhiculées par les personnages. D’ailleurs, la description faite du clan Oshima repose sur cette idée, on a véritablement l’impression d’être dans un groupe solidaire ou chacun compte et est écouté, suivant les ordres d’un chef aimé et apprécié. L’esprit chevaleresque est poussé à son bout, rarement un clan n’aura paru aussi prospère et heureux, telle une petite famille. Rien de surprenant dans une histoire déjà fortement marquée par une relation filiale avec un père chef et un jeune fils médecin. Ici, les yakuzas ne sont pas orphelins, ils ont des règles et une famille à laquelle ils peuvent se rattacher.

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Le Grand Japon
Adoptant un côté plus humain dans son déroulement, le film nous propose de parcourir assez rapidement 20 ans en exploitant en fond le contexte d’époque. Alors quand les yakuza essayent de vivre, le pays se retrouve soudainement plongé dans une guerre en Mandchourie avec une armée se faisant sentir de plus en plus présente au point de travailler avec ces yakuza. De même, mais toujours très rapidement, l’histoire passera du côté des ouvriers injustement exploités par des yakuza fermes et violents ne respectant jamais la nature humaine. L’ouvrier devient ici une bête de travail sous les ordres d’hommes sans scrupules qui se goinfrent pendant que les ouvriers meurent pratiquement de faim. Il n’y a pas de juste milieu dans cette société. Mais si l’histoire utilise ce contexte en toile de fond, il faut avouer qu’elle ne s’arrête pas sur ces points, il n’y a pas d’approfondissement, tout s’enchaîne très vite. Par exemple, le film ne contient qu’une petite scène avec un général alors que la réalité d’époque c’est justement l’omniprésence de l’armée.

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Evitant la violence, qui ne se fera voir que très furtivement dans les dernières minutes, le film se révèle être avant tout une histoire d’appartenance plus qu’une banale histoire de yakuza. Il utilise en fait les codes de ce genre pour décrire la prise de responsabilité d’un jeune homme qui essaye de fuir tant bien que mal ses origines, partagé entre sa volonté égoïste et le profond respect d’un homme. Ce film nous montre son passage à l’âge adulte, son entrée dans la réalité.

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Publié le 24 juillet 2008
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Publié dans Cinéma Japonais
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