Kiyoshi Kurosawa - Mon effroyable histoire du cinéma

Quel est le regard d’un cinéaste japonais sur le cinéma européen et américain ?
La réponse par ce livre avec Kiyoshi Kurosawa, cinéaste reconnu & cinéphile surprenant, nous donnant sa vision de films que l’on connait tous ! Nuit des Morts-vivants, Massacre à la tronçonneuse… Interviewé par Makoto Shinozaki, Kurosawa revient en détails sur ces monuments du cinéma, et bien plus.
Kiyoshi Kurosawa sur le cinéma d’horreur européen et américain ? Forcément, ça donne un livre riche en films à découvrir. En sachant que Kurosawa et Shinozaki (Okaeri) se complètent très bien niveau cinéphilie, apportant chacun un lot de détails et de souvenirs sur une époque qui parait tellement lointaine. Le tout accompagné par une mise en page soignée, avec de nombreuses images (captures, affiches) pour illustrer les propos des 2 hommes.
Tout d’abord, Kurosawa revient sur sa découverte de l’horreur japonaise, de Godzilla à Matango en passant par des séries télévisée, le cinéaste décrit sa prise de conscience de l’horreur et son choc. Avec précision, il se souvient de certaines scènes, des ambiances poisseuses et malsaines jusqu’aux comportements étranges de certains personnages. Ainsi, il découvre que l’horreur de masse anonyme d’un Godzilla ne vaut pas une horreur plus personnelle/individuelle.

Vampyr (1932, Dreyer)
Et puis, il va y avoir la représentation de l’horreur via les mythes étrangers comme une Momie, une idée bien bizarre. L’apparition des visages décomposés de ces êtres devient l’équivalant d’une rencontre avec la mort. Rien de mieux pour avoir le sang glacé ! Qui parle de mythe, parle des récits horrifiques japonais fondateurs et leurs nombreuses adaptations cinématographiques, avec leurs différences, principalement dans l’agencement des caractères des personnages.
En parallèle au cinéma japonais, il va y avoir la découverte des oeuvres de La Hammer, des vampires, de Frankenstein, et autres horreurs… C’est la découverte d’un univers vieille Europe, de grands réalisateurs qui ont bien sûr marqué les esprits de Kurosawa et de Shinozaki. Ensemble, ils reviennent sur la qualité des maquillages, du jeu de certaines actrices étonnantes capables de jouer la mort, des mécanismes de la mise en scène de l’horreur… Ils discutent aussi de la figure de Dracula ou du Loup Garou, Shinozaki explique même à Kurosawa leur origine religieuse - Judas !

Le Moulin des supplices (1960, Ferroni)
Ensuite, il va y avoir les grands chocs du cinéma américains. Les Romero, Hooper, Spielberg et d’autres artisans moins connus. En parlant des années 70, une comparaison avec l’actuel Hollywood est faite. Évidemment, Kurosawa comme Shinozaki regrettent le jusqu’auboutisme des années 70 et de ces films qui osaient être politiquement et/ou moralement incorrect. Au niveau des Romero, Shinozaki s’interroge sur l’ampleur politique trouvée par les critiques, il considère cette approche finalement assez méprisante pour le genre, comme si « l’horreur » n’était pas assez bien. C’est principalement Hooper qui intéresse Kurosawa, revenant en détails sur la filmographie d’un de ses maîtres.
Évidemment, Kurosawa fait le parallèle entre toutes ces influences et ses films, n’hésitant pas à avouer s’être inspiré des Dents de la mer, presque plan par plan, pour certaines scènes. Tout au long de l’entretien, il s’applique à expliquer la construction de l’horreur à travers la mise en scène de nombreux films, s’arrêtant parfois même sur des scènes ratées. Mais chaque fois, Kurosawa et Shinozaki pointent des idées intéressantes, la question clée étant l’efficacité.

Massacre à la tronçonneuse (1974, Hooper)
Sans oublier les souvenirs sur la découverte de ces films, les VHS importées à prix d’or - non sous-titrées, qualité médiocre - les séances en salle, les diffusions TV, l’achat de livres/images de films inédits jusqu’alors, l’époque du collège/lycée avec ces films incroyables qui font fureur… En tout, pas mal d’anecdotes sur la diffusion du cinéma occidental au Japon dans les années 70/80/90.
Kurosawa et Shinozaki font preuve d’une passion et d’un enthousiasme communicatifs, essayant d’aborder différents films - pas forcément connus - sans se limiter à une vision officielle du cinéma. Ce qui importe ici, c’est de nous parler du cinéma d’horreur à travers les coups de coeurs des cinéphiles japonais que sont Kurosawa et Shinozaki. Au final, une lecture facile, une discussion amicale parfois submergée par un Shinozaki très bavard en détails, mais surtout une folle envie de découvrir tous ces films et de (re)voir ceux de Kurosawa !
Lecture vivement recommandée pour tous les amateurs de cinéma !
Si vous l’avez déjà lu, qu’en pensez-vous ?
Publié dans Cinéma Japonais
1 Réaction sur “Kiyoshi Kurosawa - Mon effroyable histoire du cinéma”
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NAKADAI a dit:
10 juillet 2008 à 6:56Enorme réalisateur. Kaïro et Séance sont deux pur chef d’oeuvres.


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