
Intéressons-nous à l’introduction de ce superbe chambara signé Eiichi Kudo, pour mieux comprendre les enjeux de départ de cette histoire bien plus simple qu’elle n’y paraît ! C’est parti pour le décryptage :

Dès son premier plan, Kudo résume l’état du Japon féodal. L’homme doit se soumettre aux volontés du gouvernement, de ses valeurs et de ses décisions. Il n’est rien face à l’imposante infrastructure gouvernementale. Pire, pour espérer se faire entendre il doit se suicider, se faire hara-kiri ! Preuve de soumission et de crainte. Sans oublier qu’il s’agit ici d’un fonctionnaire (chambellan), ainsi personne ne peut affronter vivant ce système. L’homme laisse devant lui une note contenant sa plainte. Le drame humain importe peu, le point sensible de l’histoire c’est bien la plainte… Mais pourquoi donc ?

Réponse immédiate, la note fait place au symbole du régime en place, celui des Tokugawa. Il s’avère que notre chambellan souhaitait pointer le comportement de son seigneur, ni plus ni moins qu’un proche du Shogun en place ! Pour être pris au sérieux, ça lui a juste couté sa vie ! Évidemment le suicide d’un fonctionnaire d’une province troublée, laissant une missive a bel et bien de quoi “faire trembler” le régime.

D’un léger mouvement, la caméra se rapproche du symbole pour le surpasser doucement en hauteur et nous montrer l’envers du décor, un Conseil (nous rentrons dans la sphère du pouvoir). Ces hommes sont réunis pour savoir comment traiter ce drame, plus dramatique pour le régime qu’humainement, bien sûr. Il faut absolument éviter de créer un scandale. On y apprend les agissements violents du fameux seigneur et les décisions faites par le passé pour limiter la casse, ce qui n’a rien arrangé du tout, au contraire !

Soudain, un homme arrive et se pose en “bout de table”. Son arrivée change la donne, on rentre dans l’intimité du Conseil. Tout en restant à l’extérieur du groupe, qui vient de retrouver ses 5 membres. Au premier plan, l’un des hommes en masque un, et par la même occasion, masque la lumière. L’aspect officeux de la réunion commencerait-il à se mettre en place ?
Toujours dans ce même plan, Kudo nous montre la lâcheté de ces hommes. L’un d’entre eux prend la parole et exprime sa vive inquiétude au nouveau venu. Il accuse l’ancien Conseil d’être à la source de ce problème. Puis, nouveau changement, seul reste le dernier arrivant. Il faut croire qu’il vient d’hériter le problème ! D’ailleurs, il remet de suite les pendules à l’heure. L’essentiel est de résoudre cette situation.

En plus, cet homme hérite aussi du corps du suicidé, gardé par 2 hommes (le secret est bien gardé donc). On apprend aussi l’identité cet homme, c’est le ministre Doi (Remarquez que l’on retrouve la lumière, désormais la flamme sera couverte…). Par la suite, Kudo nous confirme que Doi va devoir trouver une solution. Il a lu la plainte et attend quelqu’un, il se fait tard, l’heure semble grave (lignes diagonales). La mise en place du plan (personnage au second plan), prépare le dialogue à venir. Ainsi, malgré le changement de décor, on garde une configuration similaire, ce qui donne l’impression de pièces côte-à-côtes (on apprendra par la suite que non).

L’aspect officieux de l’affaire devient évident. Les personnages sont au second plan, à égalité (lignes droites). Alors qu’il s’agit d’un ministre et d’un simple inspecteur, 2 rangs bien différents ! Le dialogue (tutoiement !) de cette scène est intéressant parce que malgré le côté officieux et dangereux de l’affaire, les 2 hommes conservent leurs manières. L’inspecteur marque sa soumission et sa bonne volonté, s’il ne lit pas la plainte c’est parce qu’il n’est pas juge de l’affaire. C’est le rôle du Conseil. Quant au ministre, il essaye de voir s’il peut lui faire confiance. À la requête du ministre, l’inspecteur propose une méthode plus douce. Par le plus grand des hasards, c’est justement ce que proposait notre suicidé du début.

Mais, à cet instant, Kudo se recentre sur le ministre (l’image regagne sa “diagonalité”) Il est clair que cette solution ne le satisfait pas du tout (regard gauche). Contre-champs sur l’inspecteur au ton plus sec. Enchaîné directement par un cassage des 180°, Kudo se pose latéralement (retour à une image droite). Cette fois-ci, les 2 personnages occupent bien le cadre et ne sont plus enfermés dans la pièce, une issue est désormais visible (un jardin zen, ironie ?).
Aussi, durant ce plan, le ministre révèle le futur prometteur du seigneur fou s’il est laissé en vie. Le cassage de la règle des 180° vient souligner ce choc (après le champ-contre-champs, on perd nos repères), et faciliter l’acceptation de l’assassinat chez l’inspecteur. Remarquez, la subtilité des dialogues où rien n’est jamais explicité clairement, tout passe et s’accepte par des sous-entendus. De quoi se convaincre de la sournoiserie des rapports humains à cette époque. Et quand le ministre tape dans ses mains, tout est réglé pour lui. Ce geste révèle toute l’arrogance et la suffisance du personnage, qui retrouve alors son statut officiel.
***
Il faut aussi revenir sur le rapport entre le ministre et l’inspecteur. Cette affaire est officieuse, c’est-à-dire qu’elle n’appartiendra pas à l’Histoire officielle, c’est-à-dire qu’elle n’aura jamais existé. Étrange manière de procéder pour un ministre, censé incarner l’ordre, la dignité et la fierté d’un régime. Surtout en sachant qu’il est bien question d’assassiner le frère du Shogun !!! C’est-à-dire tuer sans respecter les règles et morales du régime (de l’éthique du samouraï), mais aussi trahir l’honorable figure du Shogun ! Dans tout ça, l’inspecteur n’est qu’un pion manipulé pour servir les intérêts d’un régime complètement hypocrite, c’est le serpent qui se mord la queue !
Eiichi Kudo nous montre bien les failles du système féodal, entre la soumission aveugle des plus “faibles”, la manipulation éhontée via un code d’honneur (bidon), la soif de pouvoir des élites et leur mépris profond pour les hommes. Mais les fameux 13 tueurs de l’histoire ne prennent à aucun moment conscience de la réalité de leur époque, et restent persuadés d’agir en “véritables samouraïs”. Le film repose donc sur ce tragique et absurde “quiproquo” ! Des hommes “aveuglés” par leurs valeurs (devoir, respect, honneur).


















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Je le savais!! Tu viens de me motiver pour revoir le film, je viens de m’apercevoir que j’étais totalement passé a coté de l’histoire et de ses détails super subtiles. Aufait belle présentation, j’aime bien ce genre d’article (ca donne toujours envie de revoir le film analysé ce qui demande toujours de trouver du temps pour arriver a le revoir…)