Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Nagisa Oshima et la révolte des renégats opprimés…

En 1637, Shiro Amakusa est à la tête d’une armée de chrétiens persécutés bien décidés à se venger d’un gouvernement impitoyable et cruel.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Oshima, jeune cinéaste de la nouvelle vague, change littéralement de registre. Après ses virulents films contemporains sur la jeunesse, son désespoir et ses manifestations, Oshima s’essaye au chambara. Pas question pour autant d’oublier ses thématiques avec cette histoire du jeune révolté Shiro Amakusa. Dans la continuité parfaite d’un Nuit et brouillard au Japon, Oshima place les rebelles face à leurs croyances, à leurs convictions et à leurs actions concrètes.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Figure historique, Shiro Amakusa représente celui qui a osé s’élever contre les cruelles décisions du gouvernement. Dans une époque dominée par la famine et les persécutions, le petit peuple souffre et doit se soumettre aux volontés d’hommes de pouvoir qui n’hésitent pas à tuer, violer, piller. Pour rappel, le régime féodal est encore récent, mais déjà pourri. De cette époque sombre, un visage d’ange illuminé par la grâce récolte donc les soutiens de tous, c’est bien celui de Shiro Amakusa.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Calme et réfléchi, Amakusa cherche un moyen pour faire entendre la douleur du peuple. Mais doit face à des questions importantes concernant sa foi. Il se retrouve partagé entre son envie d’aider le peuple et les enseignements dogmatiques de sa religion. Comment s’attaquer au gouvernement si la religion interdit ce genre d’action ? Ces questionnements viennent fragiliser ce messie nippon, alors même que les paysans commencent à s’unir pour se rebeller. Amakusa se trouve dans une situation tendue, acculés par les révoltés, par sa morale religieuse et par ses envies. Que faire ?

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

En face, il y a un gouvernement implacable bien décidé à éradiquer les chrétiens. Ces hommes de pouvoir ne comprennent pas ces croyants, ils sont en décalage avec la réalité. Ils sont surpris de trouver seulement une croix sur les chrétiens arrêtés. Mais peu importe, les croyants ne sont pas digne d’être considérés comme humains, alors ils sont torturés, crucifiés, brûlés, abattus comme des bêtes. Le pouvoir en place est montré comme arrogant, méprisant et inhumain, cherchant à humilier les croyants. L’ironie, c’est qu’à l’image d’un dieu, certains hommes du gouvernement se prennent pour des idoles sacrées, heureux d’avoir un portrait peint par un traître.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Toutes ces humiliations corporelles attirent la curiosité de tous. Oshima s’attarde à plusieurs reprises à filmer en gros plan le regard des hommes sur l’horreur perpétrée par d’autres hommes. Il y a comme une fascination morbide sur ces corps en douleur. Amakusa n’y échappe pas. Pire, parfois son regard révèle une once de désir. Ce messie nippon n’est pas l’homme saint idéalisé par les paysans, c’est un simple homme dans le doute. Oshima interroge la figure du chef, le fossé qu’il peut exister entre le groupe et la tête. À noter les nombreux regards face caméra, ainsi que le discours à la caméra du ronin à la fin du film. À croire qu’Oshima est venu interpeler directement une audience plus large par ce changement de registre ?

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Oshima laisse cette histoire de révolte se mettre en place, lentement mais surement. À quelques exceptions, le film se compose de longs plans voire de plans séquences. Oshima découpe surtout les instants de révolte ou de fascination chez les hommes. Ainsi, la première scène du film se voit “casser” par l’envie d’agir d’un jeune paysan en train de s’armer. Ces longs plans instaurent un rythme particulièrement étrange au film, les individus discutent ou s’affrontent sans qu’Oshima viennent s’immiscer dans leurs affaires. Il conserve une certaine distance, et exploite l’espace pour faire évoluer ces rapports.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Mise en scène travaillée et posée (à l’image du personnage principal), cette histoire se construit visuellement comme un cycle. De la nuit avec ses nombreuses bougies, bientôt remplacés par les bûchers du gouvernement puis par une demeure seigneuriale en flamme à l’image de la rage des révoltés. Tout suite éteinte par une pluie battante. Mais le lendemain, l’illumination divine éblouit tous les yeux, 4 martyrs sont brûlés. Le retour d’une longue nuit de discussion puis la renaissance finale, grave et mortelle. Et comme à son habitude, Oshima travaille parfaitement la lumière, ici un superbe noir et blanc.

Le Révolté - 1962 - Nagisa Oshima

Quelques temps avant L’Assassinat de Shinoda, Nagisa Oshima réalise ce chambara à la fois étrange et hypnotique, rythmé par quelques instants d’action. Le tout accompagné par une bande son faisant ressortir parfaitement les émotions/tensions des scènes, manière de briser la distance des cadres d’Oshima. Le jeune cinéaste s’intéresse bien plus à l’étude d’une organisation rebelle qu’à respecter le cahier des charges du genre, à l’image des scènes d’action sans héroïsme ou tension particulière, plus proche de l’image d’une masse d’étudiants attaquant les instances du pouvoir. Une étrange percée dans le chambara, pour mieux éveiller une audience aux problèmes de l’actualité ? Utiliser les failles d’un cinéma “commercial” (faire comme les Kurosawa, les Kobayashi en somme) ?

En Haut
Publié le 8 juin 2008
Mots-clés : ,

Publié dans Cinéma Japonais
Notez ce film : 1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles6 Étoiles (2 votes, note moyenne: 3 sur 6)
Articles similaires :
  • Trailer - Carnets secrets des ninjas (1967, Oshima)
  • Galerie : Le Révolté (1962)
  • Trailer - Le Révolté (1962, Nagisa Oshima) #2
  • Trailer - Le Révolté (1962, Nagisa Oshima)
  • Toru Takemitsu - Nagisa Oshima & Susumu Hani
  • Bande-annonce :


    ***

    Donnez votre avis !