Kiju Yoshida, la caméra froide – Partie 2

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Kiju Yoshida, la caméra froide - Partie 2

Après avoir regrouper quelques idées sur les thèmes abordés par le cinéaste (lire partie 1), voilà qu’une question s’est imposée, pourquoi Kiju Yoshida – le fleuron de la nouvelle vague jap – fait-il des films ampoulés ?

Commençons par un petit rappel : la Nouvelle Vague Japonaise, au-delà de l’aspect slogan marketing, regroupe de jeunes cinéastes souhaitant rompre avec un certain cinéma traditionnel de papa plus en phase avec son époque. Il est question d’interroger le Japon d’après-guerre sur ses aspects sociaux, politiques et économiques qui comprennent tous de nombreux tabous. Ce regard critique va s’accompagner d’une recherche formelle, d’expériences visuelles & narratives pour trouver une nouvelle manière de raconter des histoires.

Histoire écrite sur l'eau

Mais pourquoi ce rappel ? Parce que le cinéma de Kiju Yoshida rassemble les pires défauts de ce système : des films enfermés dans leur époque.

Quand Yoshida raconte une histoire, il est un peu comme un Imamura, il porte un regard glacial et distant sur l’humanité. Chez Yoshida, les personnages sont faibles, lâches voire irresponsables, allant même jusqu’à renier leurs propres émotions. Ils se laissent avalés par la fatalité. En bref, une vision impitoyable, et intéressante, sur l’état de l’homme dans le Japon des années 60. Ou plutôt sur l’état du Japon des années 60, seulement. En effet, chez Yoshida la finalité c’est la critique/réflexion sur le Japon 60′s à laquelle peut s’ajouter une théorie, un concept particulier (“le corps” par exemple). Soit partir de l’universel pour sombrer dans un nombril éphémère et ampoulé (pour cause, les années 60 n’existent plus, mais l’homme demeure).

(pour comparer avec le traitement sublime d’hommes lâches, se pencher sur Samuel Fuller, par exemple J’ai tué Jesse James, une magnifique leçon de cinéma)

Alors bien sûr, à cette époque, Yoshida n’est pas le seul à faire une théorie du présent. Son collègue Nagisa Oshima a souvent flirter avec cette mauvaise pente (dès le début de sa carrière avec Nuit et Brouillard au Japon) mais lui avait l’avantage de savoir raconter des histoires, de savoir montrer l’état de l’homme dans une époque en crise (L’Enterrement du Soleil, voire même le très bizarre Journal d’un voleur de Shinjuku).

Pourtant Yoshida est un cadreur hors pairs, ses plans sont beaux et soignés. Des compositions carrées, des idées… mais aucune vie. Prenons par exemple La Source Thermale d’Akitsu, film coloré sur une passion à travers le Japon d’après-guerre. Et au hasard, sur un thème voisin, prenons La Femme de Seisaku sur les affres d’une passion dans un Japon en guerre. Yoshida comme Masumura sont 2 excellents cadreurs, en apparence seulement différenciés par la photographie (à l’avantage de Yoshida). Mais à y regarder de plus près, la véritable différence se trouve au niveau du traitement de l’histoire (à l’avantage de Masumura). Pourquoi ?

La Source Thermale d'Akitsu

Dans Akitsu, au-delà de l’astuce scénaristique (faire exister une passion via seulement 5 rencontres en 20 ans), le film détruit automatiquement ses rares instants passionnels en abusant d’une musique pompeuse et envahissante. De quoi lasser. À cela se rajoute des personnages niais et égoïstes qui n’osent jamais rien, acceptant la fatalité. Eux aussi, deviennent lassant. La longueur du récit aussi prend le temps de nous montrer l’évolution de la société japonaise, aspect critique. Mais les beaux cadres de Yoshida tournent au vinaigre gelé. À l’inverse de La Femme de Seisaku, un récit plus resserré (plusieurs mois), où la passion imprègne chaque cadre jusqu’à devenir étouffante, frustrante et incontrôlable. Et tout comme Yoshida, Masumura n’épargne pas la société Japonaise, il se montre juste moins démonstratif (par extension, plus efficace).

(une autre comparaison peut se faire entre L’Assassinat et Évasion du Japon, deux films froids, deux essais plus ou moins théoriques sur du cinéma de genre)

Pour conclure (?), Kiju Yoshida expérimente et théorise le cinéma pour mieux montrer l’état de son époque (politique, sociale, économique, moeurs), et non l’état de l’Homme (d’ailleurs il est plus intéressé par le mystère féminin sans pour autant croire en l’individu – femme ou homme). Du cinéma éphémère (qui a été invisible pendant 40 ans, l’ironie du sort ?).


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