Kiju Yoshida, la caméra froide

Quelques idées sur l’oeuvre du cinéaste Kiju Yoshida…
Chez Kiju Yoshida, la société japonaise écrase littéralement les individus, les empêchant de rêver ou d’agir selon leurs sentiments. Qu’importe le statut social ou l’âge, les seules finalités de l’existence sont l’argent et la reconnaissance, soit une vision matérialiste terre-à-terre. De Bon à rien (1960) à 18 jeunes gens (1963), la jeunesse se laisse toujours porter par l’argent, elle est totalement désintéressée par les rapports humains.

Si l’individu tente de s’affirmer, de suivre ses sentiments, il est immédiatement récupéré par la société. Comme le salarié du Sang séché (1961), devenu une icône publicitaire, la nouvelle façade à la mode. Normal dans une société qui cultive le goût pour l’apparence. Alors pourquoi lutter contre cet état ? Au mieux la jeunesse accepte son sort avec cynisme, au pire, elle tente de s’évader par tous les moyens (à commencer par défier la loi). Le japon serait-il comme une prison à l’aube de sa reconnaissance internationale (1964) ? Qui sait ?
Et l’amour dans tout ça ? Difficile voire impossible. L’homme et la femme sont trop différents : l’homme s’inquiète de son apparence alors que la femme offre son amour (maladroitement ?). Évident, un rapport humain est impossible dans une société pareille, l’individu est au service de son pays, c’est un esclave. Comment peut-il penser avoir des sentiments ? Quel ingrat !

L’amour impossible prend donc une forme extrême, l’inceste. Par la même occasion, la femme s’affirme sur l’homme, Yoshida se “féminise”. À cet instant, le cinéaste est libéré des contraintes du studio, son cinéma devient plus esthétique, et plus expérimental, plus abstrait. Plus hermétique aussi. Et ses personnages deviennent plus cruels, plus cyniques, refusant toujours autant de dévoiler ouvertement leurs sentiments. L’individu doit se cacher, ou faire taire ses pulsions, s’il veut continuer à vivre paisiblement en société. Ce système craint l’idée de liberté individuelle (corporelle ?).
Mariko Okada, la belle jeune femme de La Source thermale d’Akitsu perd ses couleurs, et son humanité. Désormais, Yoshida filme des êtres distants et déshumanisés, son cinéma se radicalise. Le corps froid de l’individu a (définitivement ?) perdu ses émotions, il gagne en théories. Alors que l’ambiance plonge doucement dans l’étrange avec des musiques “déstructurées”. Cette nouvelle vague est gelée comme la mort…
(à suivre)
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