Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

La femme japonaise moderne est prisonnière d’une triste vie où tout est réglé d’avance, où rien ne doit dépasser. Dans une société qui se base sur l’apparence, les individus sont forcés d’ignorer leurs pulsions, leurs sentiments, et accepter un moule appréciable à tous. Ici, Kiju Yoshida s’interroge sur cette frontière entre l’apparence et la réalité, en suivant l’histoire d’une femme qui a osé duper la société et ses mœurs. Reste à savoir combien de temps la tromperie peut-elle tenir…

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Dégoutée par son mari, Miyako, entretient une relation adultère avec le jeune Kitano. Un soir, celui-ci demande à la photographier nue. Elle accepte, mais les négatifs lui sont dérobés. Soumise au chantage d’un inconnu, Miyako n’a alors d’autre choix pour les récupérer que d’obtempérer, et prend le train pour Katayamazu Onsen…

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

La belle Miyako appartient à la classe aisée, grâce à son mari, un homme important. Mais cette vie ne lui apporte rien, tout n’est que matérialisme et argent. Rien d’humain en somme. Alors, elle se trouve un amant pour partager des moments d’amour où enfin, elle peut dévoiler son corps en liberté. La relation reste secrète, ces instants de liberté rythment la vie arrangée de Miyako. En fait, elle n’ose qu’à moitié suivre ses sentiments, c’est cette retenue qui lui sera fatale, ou pas.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Bien heureux de voir régulièrement sa maîtresse, le jeune Kitano aimerait avoir quelques souvenirs de ces rencontres. Pouvoir continuer à admirer le magnifique corps de Miyako sans attendre de la voir. D’où les photos. Mais les souvenirs deviennent vite des preuves de la relation secrète, un moyen d’intimidation. Un rappel à la réalité pour ces amants faussement libres. Ces photos dévoilent leur mensonge et peuvent anéantir tout ce qu’ils ont bâti dans cette société. La simple image d’un corps nu fait trembler la structure sociale.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Que faire quand un inconnu réussit à mettre la main sur ces preuves ? Accepter son (apparent) chantage. Évidemment, les amants ont peur, signe de la futilité de leur amourette. Leur relation n’est qu’un défi aux bonnes mœurs, au quotidien. C’est pourquoi ils n’osent pas affirmer librement leur amour. Ils se suffisent de ces petits instants de liberté. En croyant échapper au quotidien, et suivre leur sentiments, ils restent prisonniers du système.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

La peur de sombrer paralyse les amants. Mais pourquoi ? Après tout, dans cette société, il est très facile de faire développer des photos de femmes nues, ou encore d’assister à des séances particulières au fond d’un atelier. Il n’y a aucun problème pour cela, personne ne vous posera de questions. C’est comme tolérés puisque ça rapporte de l’argent. D’ailleurs, il y a aussi des films sur ce domaine qui se tournent librement au bord d’une plage. Aucun problème donc ! Si ce n’est l’hypocrisie d’une société qui rejette ouvertement ce qu’elle accepte discrètement.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Le personnage de l’inconnu est tout de suite perçu comme une menace par le “couple”. Sans rien savoir, ils lui collent toutes leurs pires craintes. Un homme malhonnête et pervers, qui cherche à gagner de l’argent. Au final, rien du tout. L’inconnu est le seul personnage du film a être totalement libre, à suivre ses sentiments jusqu’au bout. Ce maître chanteur n’est qu’un homme amoureux d’une image, qui souhaitait établir un réel rapport humain avec la femme de cette image.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

La rencontre avec l’inconnu se fait pratiquement sans dialogue, c’est une ballade presque muette à travers la nature où les deux personnages se fondent entre eux. Ironie de la situation, peut-être, le lien s’établit devant le tournage d’un film contenant un peu de nudité comme pour mieux rappeler à la femme la futilité de sa peur. C’est le passage vers sa propre réalité, où l’apparence n’est qu’un manège, une mise en scène que les individus se contentent d’imiter ou pire, de regarder. Et la découverte de l’amour (ou de la soumission ?) se fera dans un bateau échoué, endroit fragile mais oublié par le reste de la société.

Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida

Chaque plan est maîtrisé et parfaitement organisé. On retrouve la rigueur de Yoshida, et son oeil si précis, capable de placer ses acteurs sur la grille d’un monde urbain et banalisé. Le cinéaste fait durer ses plans, nous laissant ainsi profiter de la “chorégraphie” des personnages. Sans oublier les nombreuses idées; le placement de symboles (l’eau), le renforcement dramatique (Mariko Okada marche, filmée sous différents angles, puis montage éclaté), la maîtrise du N/B… C’est sublime. Avec ce film, Kiju Yoshida montre la tragédie d’une femme prête à tout pour maintenir son apparence en paix, pour garder secret son désir de liberté. Une femme honteuse et cruelle.

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Publié le 3 avril 2008
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Publié dans Cinéma Japonais
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À propos du film :
Réalisé par Kiju Yoshida
Avec Mariko Okada, Isao Kimura, Yoshie Minami... (IMDb)
Aka Woman of the Lake (Onna no mizuumi, 水で書かれた物語)
Disponibilité :
Carlotta (FR)
Sous-titres Frçais
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    5 Réactions sur “Le lac des femmes - 1966 - Kiju Yoshida”

    1. Martin a dit:

      je remarque que les notes stagnent autour de 3… peux on parler de (relative) déception envers les œuvres du cinéaste?(ou tout du moins envers sa période ‘classique’)

    2. Michael a dit:

      Sa période classique serait plutôt sa période Shochiku, donc jusqu’en 1964 (jusqu’à évasion). Après, Yoshida se place plus dans l’esthétique et “l’expérimental”.

      Quoiqu’il en soit, période classique ou expérimentale, je suis pas particulièrement fan de son cinéma, mais ça reste une belle découverte (depuis le temps, ça donnait envie !).

      Je reviendrai plus en détails sur yoshida (j’essaye de faire ça pour demain), d’une façon générale, je trouve son cinéma trop dans la théorie, c’est très intellectuellement hermétique. Même si c’est pas trop ma came, je trouve son travail intéressant (si je suis motivé, j’irai peut-être faire un tour à la rétro… enfin je vais voir).

    3. Carth a dit:

      Après m’être farcis du Gosha (sic!) j’aimerai bien goûter le cinéma du monsieur. Je n’ai vu qu’un film de lui, “Coup d’Etat”, formellement ultra audacieux (voir les captures ici : http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/kaigenrei/photos.html), ça donne envie de parcourir son oeuvre, mais pour ça, va falloir que je trouve du temps le weekend (et l’argent…). Au moins voir les films qui ne se trouvent pas dans les coffrets DVD édités par Carlotta!

    4. Yusaku a dit:

      Samedi après-midi, il y aura à la Boutique DVD du MK2 Bibliotheque, une séance de dédicaces de Yoshida-san avec son épouse Mariko.

      J’y serais et cela me ferait plaisir de voir ou revoir d’autres gars.

    5. Michael a dit:

      Yusaku, merci pour l’info.

      La séance de dédicaces est donc le 05/04/2008 à 16h30, les coffrets seront en vente pour l’occasion (avant première).

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