Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Dans ce Japon d’après-guerre reconstruit, économiquement fort, l’ambiance générale est à l’ennui. Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, la plupart des gens s’ennuient de la vie déjà trop réglée de cette société capitaliste où “l’homme est un loup pour l’homme”. À tous les niveaux, les individus se comportent comme des chasseurs cyniques, reste à savoir où s’arrête le jeu, et où commence la réalité. Et quelle réalité (jazzie) !

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Le fils du directeur des entreprises Akiyama, Toshio, et ses amis Jun, Morishita et Fujieda, passent malgré eux leurs journées dans un profond ennui. Sachant que le 28 de chaque mois, Ikuko, la secrétaire du père de Toshio, se rend à a banque pour faire un retrait important, ils décident de la menacer pour simuler un vol. Ikuko réagit vivement, et traite Jun de “bon à rien”…

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

La jeunesse profite de ses quelques années de liberté pour vivre, avant de sombrer dans l’horrible moule de la société. Mais le problème, c’est encore de savoir quoi faire de toute cette liberté, de cette (fausse) insouciance. Fausse, parce que la jeunesse a très bien conscience de la réalité de ce monde où l’argent est roi. D’ailleurs, pourquoi Toshio, fils d’un patron, est toujours entouré d’amis si ce n’est pour son argent. Mais Toshio, plutôt distant sur la question, préfère s’en amuser et se prendre pour un hypothétique chef de gang. Attention à son argent et à son pistolet… briquet. Hé oui, la vie est difficile, même pour les riches.

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Toshio et ses amis sont des bons à rien, ils cherchent à s’amuser sans jamais s’inquiéter de l’avenir. Tout doit rester comme dans un jeu : simple, agréable, sous contrôle mais jamais sérieux. Surtout pas, sous peine d’être moqué par ses camarades. Pour s’amuser, ils ont ciblé la jeune secrétaire du père de Toshio, histoire de lui faire peur. La jeune femme très sérieuse, ne trouve pas la plaisanterie amusante et traite ces jeunes avec condescendance. Pire, elle leur rappelle la réalité, ce qu’ils sont, des bons à rien. Ce qui fait réfléchir au moins l’un de ces jeunes, Jun, qui va commencer à flirter avec cette secrétaire. Au-delà du simple petit jeu, l’implication de sentiments rend l’affaire très dangereuse pour le jeune bon à rien, irresponsable.

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Jun est l’exception du groupe. C’est un jeune paumé qui ne sait pas trop quoi faire, ni comment tuer le temps. Il est toujours plus ou moins plongé dans ses pensées, et ne montre aucun intérêt pour l’argent. Il est en décalage avec le reste de ses amis, pas étonnant alors de le voir faire semblant de mourir sous la balle du pistolet-briquet de Toshio. Il est vraiment comme mort, sans illusion. Est-ce qu’il lui reste rien qu’une once de sentiment ? Ou préfère-t-il continuer à jouer la comédie pour rester intégrer à la société et à ses valeurs ? Est-ce l’obligation d’être un individu ordinaire ?

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Autour de ces personnages principaux, on trouve le fameux père patron. L’image même d’un modeste loup réaliste, qui a dédié sa vie à son entreprise. Pour lui, le travail n’est qu’un jeu. L’homme est réaliste aussi bien dans les affaires que dans son peu de vie personnelle. Il n’impose rien à son fils, le laisse faire ses petites combines sachant qu’il n’échappera pas aux obligations de la vie. À un autre niveau, il y a le beau-frère de la secrétaire, c’est un employé marié qui doit subvenir aux besoins de sa femme, et de son futur enfant. Par obligation, il doit s’endetter pour moderniser le foyer, s’offrir un frigo pour espérer boire une bière fraîche par temps de chaleur. Une bière plutôt chère en fait. C’est ça le Japon moderne, complètement mangé par les mécanismes du capitalisme. Rien n’y échappe.

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Pour son premier film, la mise en scène est soignée pour un résultat maîtrisé. Kiju Yoshida rend concret la frustration de cette jeunesse, repoussant jusqu’au maximum le moindre véritable contact entre les individus. Avec quelques fulgurances dès qu’il s’approche des corps et des visages magnifiquement éclairés. Autrement, sa mise en scène est marquée par une construction triangulaire c’est-à-dire qu’à l’écran les personnages forment un triangle afin de faire apparaitre l’état d’un des personnages et le rapport général entre eux (pouvoir, amitié, amour… chasseur ou chassé ?).

Bon à rien - 1960 - Kiju Yoshida

Kiju Yoshida réalise un drame carré sur l’état de son pays, avec sa jeunesse désillusionnée qui tue son temps en allant de temps à autre à l’université ou dans des manifestations. Mais jamais rien n’a de conséquence, ou d’implication sérieuse. Cette société est divisée et dominée par une forme de fatalisme. Sous son aspect film sur une jeunesse un peu “dévergondée” se cache un film sec et pessimiste où rien n’arrive vraiment à se concrétiser. La jeunesse n’a jamais l’occasion de prouver quelque chose ou de se faire réellement entendre. Alors que le pays est sorti de son chaos, il semble être déjà à bout de souffle.

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Publié le 19 mars 2008
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Publié dans Cinéma Japonais
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À propos du film :
Réalisé par Kiju Yoshida
Avec Hizuru Takachiho, Masahiko Tsugawa, Yusuke Kawazu... (IMDb)
Aka Good-for-Nothing; Rokudenashi; ろくでなし
Disponibilité :
Carlotta (FR)
Sous-titres Frçais
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