La maladie des remakes américains

Quelques idées sur le sujet (dangereux) des remakes.
À chaque nouvelle annonces de films asiatiques remakés par les américains, j’entends ou lis toujours les mêmes ras-le-bol de fan-a-tics, désespérés de voir les “Cinémas d’Asie” se faire pillés. Mais je me demande, c’est quoi les “Cinémas d’Asie“, à part une belle expression pour draguer de belles étudiantes parisiennes “parce que voilà quoi” ?
Par chance, l’autre matin j’ai eu la possibilité d’avoir un début réponse, quand dans le métro un jeune bellâtre partageait avec ses groupies sa pensée révoltante du jour ; les remakes américains, “c trop dla merde, les asiatik son tro cool” (je vous épargne la poésie enrobant ces propos). Ni une, ni deux, je me permet d’aller le questionner, osant l’interrompre dans son acte de séduction :
- Salut… (je suis timide)… Je suis d’accord avec toi, et je me demandais, pour toi, les “Cinémas d’Asie”, c’est quoi ? C’est quels films ?
- … (petit rire) Salut, bah les “Cinémas d’Asie”, ça va de l’Inde au Japon quoi, tu vois c’est vaste. C’est genre Hero, Kurosawa, John Woo…
- (ses copines) parce que voilà quoi.
Grosso-modo, ce jeune inconnu citait une liste des films/réalisateurs d’Asie qui forme la première vague de découvertes de ces Cinémas pour bon nombre d’entre nous (ou presque). Rien d’extraordinaire, c’est en général les noms les plus connus par chez nous, que ce soit chez les cinéphiles ou autres. En fait, pas grand chose comparé à ce qui est actuellement disponible en DVD, et tous les films encore inconnus (la majorité).
C’est un paradoxe (français ?), alors que les éditeurs proposent des raretés asiatiques (principalement HK ou JP), les films ne trouvent toujours pas de reconnaissance générale. Par exemple, côté films japonais, la filmographie de Hideo Gosha est très bien distribuée en France… mais apparemment pas assez pour hisser le réalisateur parmi les grands noms du cinéma Japonais.
Alors bien avant de définir l’horrible maladie du remake américain, il faudrait déjà peut-être faire connaître ces fameux “Cinémas d’Asie”, pour la majorité inconnus du (grand) public (cinéphiles inclus). Car pour le moment ces “Cinémas d’Asie”, c’est une belle étiquette totalement vide. Tout reste à faire ?
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5 Comments on “La maladie des remakes américains”
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Epikt says:
1 March 2008 à 0:42Hum… ton billet me laisse comme une impression bizarre. Peut-être parce que j’ai l’impression que tu parles de deux choses bien différentes. Pour cette même raison ma réponse risque d’être confuse elle aussi, car j’arrive pas à démêler le noeud.
(HS : c’est vrai ça ? on peut draguer avec le cinéma asiatique ? pourquoi j’y arrive pas moaa ?)
(avant tout je te rassure tout de suite, ce symptôme a rien de très français, pour trainer mes guêtres sur certains forums anglophones je t’assure qu’ouvrir un fil sur un remake US de film asiat c’est s’exposer à 2 pages de “mais pourquoi hollywood remake les films asiatiques ? en plus les films originaux ils sont plus mieux”)Il y a tout d’abord faire le remake de films étrangers (asiatique puisque c’est ce qui nous intéresse, et ce qui se fait beaucoup aussi). Là, Hollywood va bien plus chercher des recettes que des films. Pas étonnant alors que les genres prisés sont aussi les plus stéréotypés, horreur (Ring, Ju-on, plus récemment The Eye, Into the Mirror ou encore Shutter) et comédie romantique (Sy Sassy girl, Il Mare,…) en tête.
(les asiatiques recyclent et remakent aussi des recettes et films occidentaux, comme avec le récent films coréen 200 pounds beauty - une vraie purge, soit dit en passant)(et je parle même pas des dramas : les fans s’offusquent du moindre remake US, mais applaudissent quand les coréens annonce leur version de Meteor Garden - alors qu’il y a déjà une version taiwanaise, l’originale, et une japonaise !)(de qui se fout-on ?)
Ce que l’on peut toutefois reprocher à Hollywood, c’est d’effacer totalement la version originale pour n’offrir une existence qu’à la leur, aménagée pour un public américain supposé hermétique à tout autre sensibilité (comme le Coca quoi, il a pas le même goût à New-York, à Paris et à Tokyo). Le pire étant de faire refaire le film par leur auteur original (spéciale dédicace à messieurs Nakata et Shimizu). C’est là le problème, au delà du “trop de la merde / trop cool” (argument de toute manière bancal : à part de rares exceptions comme Kairo les films faisant l’objet de remake me semblent pas hyper intéressants - cf plus haut, Hollywood cherche des recettes, pas des films), de proposer un digest maison du film plutôt que de distribuer le film étranger sur son territoire.De l’autre coté, il y a la perception qu’on peut avoir du cinéma asiatique et le rayonnement que peuvent avoir certaines oeuvres, dans un pays avec des éditeurs à priori pas trop à la ramasse (France, Etats Unis, Allemagne,…). Perception qui (comme le montre la réponse que notre jeune blanc-bec t’a fait) se limitent souvent aux classiques (aka les premiers introduits sur le territoire)(qui ne seront pas forcément les même que les classiques vu par les asiatiques), donc justement John Woo, les films d’art martiaux, Kurosawa (Akira), Wong Kar Wai et cie. Notons en passant que ces réalisateurs ne sont pas les premiers à subir les affres du remake (Kurosawa a été remaké, mais ça date vraiment)(et est-ce vraiment comparable ?), au contraire il s’agit surtout de production récente (qui bien sur est connue dans une certaine mesure, mais ce n’est pas forcément à elle qu’on pense en premier). Sinon, comme partout n’est connu que ce qui est mis en avant et relativement populaire (Oldboy, Battle Royale,…), mais cela ne me semble pas vraiment différent des autres cinémas : le cinéphile lambda ne connait pas plus Bela Tarr que Hou Hsiao-Hsien, Mike Figgis que Katsuhito Ishii, Luis Bunuel que Hiroshi Teshigahara,… même s’il est vrai que l’Asie est parfois boudée (c’est de moins en moins vrai).
Le lien entre les deux ?
Peut-être que ce sont ceux qui en savent le moins qui en parlent le plus, ou du moins s’indignent le plus vivement et avec de mauvais arguments ?Désolé si je suis approximatif, je sens l’envie de dodo !
(j’espère que je dis pas trop de bétises)(et pis mince, c’est comme toi “quelques idées” ^^)Sinon, cette histoire de “cinémas d’Asie”, moué… même avec un “s” ça me semble un peu bancal. Je dis pas qu’il y a pas des liens parfois, un certain dynamisme de l’industrie, mais bon. Je sais même pas si le “fan de cinéma asiatique” ça existe. De mon coté j’aime particulièrement le cinéma japonais et je m’intéresse au cinéma coréen par intérêt pour le pays en lui même, mais le reste ça m’en touche une sans bouger l’autre (j’aime pas vraiment le cinéma chinois, ni d’Asie du sud-est, et je parle même pas de l’Inde, encore moins du moyen orient), en tout cas pas plus que les cinémas des autres pays (Espagne, Angleterre, Argentine et cie).
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Michael says:
1 March 2008 à 10:45Merci pour le topo Epikt, ça complète bien l’article
Pour eclaircir ton impression bizarre, je m’interrogeais bien plus sur la vague de mécontentement habituelle à l’annonce/vision de remake qu’aux méthodes d’une industrie. S’élever contre le “pillage” d’une culture alors que cette culture est inconnue par 90% des spectateurs me semble absurde, et vain (en sachant que le “formatage culturel pour public local” a existé un peu partout dans le monde).
Pour exemple sur le sujet, Departed. Autant saisir l’occasion pour faire une chronologie du polar HK que d’expliquer pourquoi c’est un horrible remake boubou caca. C’est une démarche différente ouvrant de nombreuses pistes aux curieux, perso, ça m’intéresse plus que de manger (le plus souvent) de la rancœur haineuse inutile.
Ensuite, il reste à savoir si cette culture étrangère est celle de fans ou accessible à tous.
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Loky5 says:
1 March 2008 à 11:37J’ai envie de répondre mais le temps me fait défaut déjà après cette lecture qui peut annoncer un débat passionnant où une fois de plus je serai seul contre le reste du monde.
Avant tout, je suis d’accord avec Epikt quand il dit que tu mélange 2 notions.Concernant les remake j’aime énormement ce genre. C’est un excellent barométre de la santé cinématographique du pays exportateur mais aussi il permet de prendre la température social du pays importateur, pour les raisons économique que cite Epikt d’ailleurs. C’est très intéressant de comparer l’évolution d’un concept dans 2 cultures différentes. Il va falloir par contre dessensibiliser les fan-à-tics (comme tu le dis parfaitement) qui se refuse à tout remake Asie->Occident mais qui bouffent du remake Occident->Asie à tout va sans s’en rendre compte…
Par contre pour les oeuvres moins réputées, ou plutot moins pébliscitées, c’est une autre histoire. Et tu la connais parfaitement. Nous autres amateurs de cinéma”s” asiatiques trouvons qu’il y a un coté élitiste dans ces oeuvres anciennes, même dans le cinéma français. C’est la température actuelle des années 2000. Quand j’aprécie ces comedie des années 70 avec Louis DeFunes on me prend déjà pour quelqu’un d’une autre planete, alors va leur parler d’Hideo Gosha… Non, je pense qu’il faut une certaine éducation et une maine tendue qui t’entrainerait pour découvrir ces classiques. L’idée étant que le film ancien est considéré comme démodé, et pour les jeune cinéphile leur regard est plus celui d’un historien que d’un pasionné pour la poigné qui s’y interesse encore. C’est aussi pour cela que pas mal de gens ont de l’admiration pour ton travail sur ce blog. Enfin ce n’est que mon avis.
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Epikt says:
2 March 2008 à 12:43Il y a en effet une culture de l’immédiateté dans l’industrie culturelle actuelle, et dans notre manière de “consommer” la culture. Au sens “je veux tout de suite” (allant jusqu’à télécharger des screeners de films qui sortirons en salles dans quelques semaines) comme de l’obsolescence de plus en plus rapide des produits culturels (”c’est un vieux film, mais c’est pas mal”, en parlant d’un film du début des années 2000)(exemple vécu et authentique). Enfin, si c’est vraiment particulier à ces dernières années je sais pas (je suis un peu jeune pour avoir connu autre chose, et je ne m’intéresse vraiment à la culture que depuis une petite dizaine d’années, un peu court) mais le mouvement ne va surement pas dans l’autre sens.
D’où un manque d’intérêt pour les oeuvres “anciennes”.
D’où aussi une manie de constamment réactualiser les films. En en faisant des remakes (La colline a des yeux et tout ça) voir carrément en retravaillant le film (Starwars est un cas d’école).(et là je me dis que le remake d’un film asiatique n’est qu’une “actualisation spatiale et culturelle” là où un remake de film 70s est une “actualisation temporelle”)
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Loky5 says:
3 March 2008 à 7:11Parfait Epikt, je n’aurai pas dit mieux mais ton argumentation va exactement dans le meme sens que ma pensée.

