Les Derniers Samouraïs - 1974 - Kenji Misumi

La société des samouraïs s’effondre, les grands guerriers ne font plus recette. L’heure est venue pour un pays, pour une industrie d’accepter de passer à autre chose. Pour son dernier film, Kenji Misumi offre au chambara un adieu magistral via ce récit épique sur un changement d’époque totale.

Les samouraïs
En guise d’ouverture, un massacre. Inutile de vanter l’héroïsme du guerrier nippon en ces temps de crise politique, le samouraï est un tueur cynique. À peine sortis d’un massacre qu’il rigole à pleine gorge de son succès, oubliant qu’il n’est qu’un esclave sans morale. Pourtant, au cynisme ou à l’absurde, Misumi préfère montrer l’humanité, l’amitié et le respect des hommes. Comme les derniers reflets d’une époque déjà bien enterrée.

L’esprit du samouraï
Les derniers véritables samouraïs sont des hommes plein d’humanité, capables de partager la même table que leurs ennemis politiques sans dénigrer leurs propres croyances. Il y a un respect mutuel, une idée d’honneur chez ces hommes qui finiront avalés par leur époque. Misumi évite l’idéalisme de l’icône du guerrier, plus intéressé par le destin tragique d’hommes n’ayant voulu abandonner leurs idées.

Le sabre et les hommes
Dans cette fin d’époque, on croise tous les genres de samouraïs. Il y a les purs, qui se battent pour des idées, il y a les corrompus qui défendent leurs intérêts avec cynisme… et il y a les opportunistes. Des paysans assez doués pour manipuler un sabre et donc pour tuer. Des bouseux vulgaires qui pètent et tuent avec une vigueur incroyable ! Misumi présente une galerie de personnages avec chacun son propre caractère.

Le loup solitaire ?
Au milieu de cette histoire, il y a Sugi, samouraï solitaire qui traverse sans encombres l’Histoire. Il incarne l’espoir de la reconstruction d’une nouvelle société. Son maître l’empêche de prendre part à la crise politique, conscient que les samouraïs ne pourront lutter contre la modernité. Mieux qu’une guerre de clans, il y a un avenir. Sugi rejette l’héritage de ses pairs, il est voué à assister à la mort de la société des samouraïs, de ses frères.

L’après féodalité
Dans la société moderne, la puissance n’est plus japonaise. L’Occident s’impose par petites doses. Il y a les parfums français, les voitures et surtout les armes à feu qui éradiquent le sabre. Le samouraï est une figure morte, quelque uns ont réussis la transition, ils ont troqué le sabre contre un rasoir de barbier. Les valeurs changent, même pisser dans la rue n’est plus autorisé… Mais les illusions restent les mêmes.

Des maîtres à la bar
Le score de Akira Ifukube, discret, rythme à merveille le film. Passant de la brutalité guerrière à la sensibilité humaine pour accompagner le destin tragique des samouraïs. Une musique qui renforce la puissance des images pensées par Misumi, avec ses plans si précis, si riches, si efficaces. Misumi raconte avec amour l’histoire de ces hommes, qui mêmes grotesques, gardent une part d’humanité.

L’Adieu
Les derniers samouraïs pose les hommes et leurs croyances face au temps. Pour tous ces anciens samouraïs, le plus difficile reste de pouvoir tourner la page et de se tourner vers le futur… une époque encore tellement troublée par les esprits du passé. Entre amertume et nostalgie, les hommes vivent à travers les histoires passées, les récits héroïques. Misumi signe une oeuvre brillante et pessimiste où l’homme préfère vivre seul plutôt que de mourir pour ses idées, pour sa liberté et peut-être marquer l’Histoire. Un samouraï n’a pas d’avenir, et son esprit ?
Note = 




***Extrait
Publié dans Cinéma Japonais
Réalisé par Kenji Misumi
Avec Hideki Takahashi, Ken Ogata, Masaomi Kondo... (IMDb)
Aka The Last Samurai;Okami yo rakujitsu o kire;
狼よ落日を斬れ 風雲・激情篇 怒濤篇
4 Réactions sur “Les Derniers Samouraïs - 1974 - Kenji Misumi”
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Michael a dit:
5 décembre 2007 à 16:49Le film étant une belle petite claque, il mérite bien la note maximum !
(je sais, mettre une note c’est nouveau, je trouve ça plus clair)C’est marrant de comparer Puni par le ciel et Les Derniers Samouraïs au niveau du traitement du genre et des personnages :
- Chez Misumi, le samouraï amène l’homme à la spiritualité (liberté).
- Alors que chez Gosha, c’est l’inverse. L’homme doit se débarrasser de son statut social, de ses liens à la société pour atteindre sa liberté.Et pourtant, malgré deux approches différentes, les deux films sont magnifiques.
(la copie ws est superbe, pensez à jetter le bootleg un peu baveux :p)
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Thunderbolt Buddha a dit:
5 décembre 2007 à 18:26la copie ws est superbe, pensez à jetter le bootleg un peu baveux.
Exactement.
Quand on pense qu’Hitokiri va subir le même traitement, je n’en peux plus d’attendre. -
Fred a dit:
10 décembre 2007 à 20:30LA phrase du film : “le fait de comprendre certaines choses ne donne pas forcément
le droit de s’y soustraire.” dit par le maître alors caché dans un endroit pauvre…


(4 votes, note moyenne: 4.5 sur 6)
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