Critique : Je suis un cyborg (2006, Park Chan-Wook)

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Je suis un cyborg - 2006 - Park Chan-Wook

La Corée du Sud, ses acteurs en carton-pâte, ses films sans âme… et son cinéma d’auteur (souvent financé par les européens). Les deux réussites annuelles de cette production effacent toutes ces comédies romantiques ou dramatiques dans lesquelles se succèdent des vedettes tous plus belles les unes que les autres, au point même de donner l’envie au pauvre français moyen de partir pour ce pays du matin calme (car les nuits sont belles et respirent l’amour et la joie). Mais voilà, le portrait idéalisé d’un pays où actrices et acteurs retouchés (américanisés ?) semblent composer 95% de la population est remis en cause. Le réalisateur Park Chan-Wook, reconnu mondialement avec Old Boy, va briser l’illusion à travers l’histoire apparemment loufoque d’une jeune femme internée dans un asile car s’imaginant être un robot.

	 Je suis un cyborg - 2006 - Park Chan-Wook

La femme est un robot comme les autres

Pour commencer, PCW replace son héroïne dans un contexte d’usine, de travail à la chaîne. Elle appartient à cette masse enfermée dans un modèle de vie et sans aspirations personnelles. Déjà certaines d’être des cyborgs, d’être des individus moitié humain, moitié robot. Les avantages ? Conserver une apparence parfaite, se satisfaire du superficiel. Le problème ? Les cyborgs n’existent pas. Dans la vie de tous les jours, il n’y a que des hommes et femmes qui vivent avec autant de défauts que de qualités. Contrairement à ces vedettes dont l’unique problème c’est d’être atteint d’une maladie mortelle. Attention, au cinéma la maladie permet aux gens de pleurer sur le sort tragique de ces si beaux personnages, rien d’autre. Au cinéma, on ne vit pas avec un problème, on en meurt fatalement.

Je suis un cyborg - 2006 - Park Chan-Wook

Cyborg anorexique

Mais est-ce qu’une jeune femme peut réussir à survivre en connectant ses doigts à une pile ? Non. PCW s’intéresse ici à une anorexique qui doit réapprendre à devenir humaine. Vu son look, c’est pas gagné. Rien de glamour ou de sensuel, PCW fait plutôt dans l’excentrique, dans le hors norme. Jeune femme mystérieuse, elle enchaîne les délires et se met à parler aux machines. Renfermée sur elle-même dans cet asile, qui malgré ses couleurs pastels, reste nonchallent. C’est un endroit à l’image de son pays, un aspect superficiel où les problèmes ne semble pas être entendus.

Je suis un cyborg - 2006 - Park Chan-Wook

Une romance impossible

La bonne recette pour faire un film (sud-coréen), c’est d’avoir au moins une histoire d’amour. Toujours la même rengaine, des gens riches, beaux qui s’aiment. Normal quoi. Non, pas ici. S’il y a bien une histoire d’amour, elle existe entre deux malades “mentaux” et surtout sans Pachelbel. Plus précisément, entre une anorexique et un kleptomane traumatisé qui cache son visage avec un masque de lapin. Vous pouvez légitimement vous demandez si ces gens là ont vraiment le droit d’aimer, d’avoir des sentiments. Sans rire, ils sont pas très beaux, ils sont malades, ce sont des rejetés de la société. Pas des vedettes refaites ! Pourtant PCW leur offre son intérêt par cette romance “loufoque” où par amour le kleptomane va venir en aide au cyborg anorexique, une façon de réaliser ses troubles, d’apprendre enfin à s’accepter dans cet univers du faux.

Je suis un cyborg - 2006 - Park Chan-Wook

Un contre-drame coréen

PCW détourne bien les codes de ces films en carton, quitte à conclure sur une fin absurde et abrupte, manière rapide de nous couper l’herbe sous les pieds. De mettre un terme à une situation avant qu’elle évolue et qu’on puisse y compatir. Sous la forme d’un conte, PCW convoque aussi plusieurs images de l’enfance, un chaperon rouge ou un lapin comme guide, qui donnent au film une fausse apparence naïve. C’est un contre-drame coréen pointant, les difficultés endurées par ces individus dans cette société, et non la beauté merveilleuse d’un amour, forcément tragique. Par cette approche, PCW peine et met plus longtemps à rendre ses personnages intéressants, il lui faut la première heure pour mettre en place des idées très vagues qui prendront un peu forme dans la seconde heure. Alors qu’il place très facilement l’univers et ses folies, c’est peut-être un moyen d’utiliser les apparences comme le reflet du vide de ses personnages, de leur nécessité d’avoir recourt à l’imaginaire pour rendre la réalité plus agréable ? Une sorte de voyage chez les renégats sud-coréens ?

***Bande Annonce

[Video]


Infos

- I’m a cyborg but that’s OK (Saibogujiman kwenchana, 싸이보그지만 괜찮아).
- Avec Su-jeong Lim, Rain, Hie-jin Choi… (IMDb)
- Sortie en salles : Le 12 Décembre 2007 (Wild Side)
- Disponibilité : DVD STA


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{ 1 comment… read it below or add one }

1 Carth December 10, 2007 at 8:52 pm

Divertissement pétillant.

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