
Sur sa route, le loup solitaire à l’enfant n’arrête pas de rencontrer des adversaires anonymes qu’il tue rapidement en toute indifférence, reprenant aussitôt sa marche une fois les corps fendus et tombés au sol. Ces nombreuses rencontres fatiguent peu à peu l’homme, c’est pourquoi avec son enfant, il s’accorde enfin une petite pause dès la fin du générique de début. Après tant d’efforts, voici venu un doux repas qui annonce l’humanisation à venir du personnage, finalement loin d’une posture invincible, personne n’est infaillible.

Comme le film précédent, cet épisode mélange deux histoires, le côté personnel de Ogami Itto avec le clan Yagyu qui souhaite l’exterminer, et le côté mercenaire avec une mission bien précise payée par un riche clan. Ici, il n’est plus question de mettre en avant les dérives de l’époque et du système, ça devient du secondaire, Misumi vient alors briser ce schéma pour se concentrer beaucoup plus sur les éléments folkloriques de l’univers du loup solitaire, et sur sa personne.

Ancien exécuteur, désormais vagabond, l’homme n’a jamais cherché à remettre en cause le système et ses valeurs, mais à se venger d’un atroce piège tendu par un clan d’hommes en quête de pouvoir. L’honneur, la dignité ne signifient plus rien pour lui, il est au-dessus de ces valeurs, il n’en attend plus rien. Le premier film avait déjà posé avec brio la réalité de cette époque, la faillite de ce système féodal où les puissants n’hésitent pas à réprimander les autres pour satisfaire leur puissance. Inutile de continuer à répéter le même topo, l’époque est comprise, ce qui permet au film de creuser les éléments novateurs de cet univers, à commencer par la poussette qui apporte de nouvelles idées à un genre en fin de course.

Les deux histoires présentent des adversaires intéressants, Ogami Itto va croiser des amazones, des ninjas et surtout trois samouraïs un peu spéciaux. Amazones et ninjas travaillent pour le même clan, les femmes passent par des déguisements pour approcher le loup solitaire et tenter de le tuer quand les ninjas essayent de rester invisibles. Ces adversaires vont exploiter le son et les motifs visuels pour désorienter Itto, des clochettes se feront régulièrement entendre sans que personne ne se fasse remarquer, et lors d’une scène, les femmes danseront en portant des habits de différentes couleurs avec différents motifs afin de perturber la vue du loup.

Les trois samouraïs se distinguent des autres ennemis, ce sont des adversaires proche de Ogami Itto et de ses tactiques, comprendre la poussette aux milles armes. D’habitude, les samouraïs se contentent d’un sabre comme arme de combat, figure classique et usée. Mais ces trois là, se sont rajoutés des armes spécifiques et peu communes : massue, gantelet de fer et main griffue ! Avec ça, il y a l’apparence sobre de ces hommes, ils portent tous un chapeau de paille et une cape noire. Difficile de repenser aux samouraïs classiques après avoir rencontrés ces trois là, ils cassent avec génie l’image type des méchants.

Le loup solitaire sort de son invincibilité. À force d’être attaqué par des ennemis redoutables, il finit par se faire blesser et doit se forcer à trouver un refuge où il pourra se reposer. Pendant que le père extenué dort, l’enfant Daigoro se retrouve seul et compte aider son père à se rétablir. Séquence marrante où l’enfant doit se débrouiller seul avec son innocence et sa naïveté, lui qui vient tout juste d’apprendre à compter jusqu’à six sans oublier un seul chiffre. Plus généralement, l’épisode met en avant la relation entre Daigoro et son père, comment ils parviennent à se comprendre mutuellement sans problème, agir en concordance. C’est d’ailleurs par cette compréhension que l’enfant n’est pas la faille de Ogami Itto, comme auraient pu le croire de médiocres adversaires kidnappeurs d’enfant.

L’univers du Japon féodal gagne en richesse, non seulement le loup solitaire traverse des forets ou passe la nuit sur un bateau, mais il arpente aussi le désert nippon. Encore un autre apport génial qui montre que cette série ne cherche pas à s’enfermer dans une représentation stricte et juste violente du Japon féodal mais qu’elle prend en compte l’intérêt du cinéma en terme d’imaginaire et d’idées folles qu’il est possible de mélanger. Et même en plein désert, on peut assister à des bains de sang avec ces individus qui se cachent dans le sable mais sont rapidement démasqués et tuer directement dans leurs planques sablées, laissant le sang remonter doucement à la surface et se mélanger avec le sable. Pas de répit pour le loup solitaire à l’enfant, il croule sous les idées. Le chambara sort de tombe.
***Bande Annonce
Infos
- Baby Cart II: L’enfant Massacre; Baby Cart at the River Styx (Kozure Ôkami: Sanzu no kawa no ubaguruma, 子連れ狼 三途の川の乳母車).
- Avec Tomisaburo Wakayama, Akihiro Tomikawa, Kayo Matsuo… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z2 STF (Wild Side)


















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J’adore le passage où Daigoro s’en va chercher de l’eau pour son père grièvement blessé.