
Un nouveau type de conflit succède à la seconde guerre mondiale et à ses conséquences, il est économique. Cette fois-ci, les hommes s’affrontent entre eux pour l’argent, pour faire prospérer leurs entreprises. Les armes de cette guerre sont douces et paraissent inoffensives. Avec l’espionnage industriel, il y a le marketing de masse qui s’invite via la télévision et les publicités dans le foyer des gens. Tout est bon pour pousser la population à consommer, même lui créer des idoles factices.

Cette guerre économique, Masumura l’a place dans l’industrie des bonbons, du caramel. Synonymes de plaisirs agréables, doux et savoureux. Rien de mieux pour se détendre ou se réconforter qu’un bonbon. Mais à la tête de cette industrie, les hommes pensent avant tout à l’argent. Le caramel est comme un lingot d’or, il suffit d’arriver à le vendre pour s’enrichir. Le problème, c’est qu’il y a une rude concurrence entre les trois grosses entreprises nationales et pour eux, il n’est pas question d’être tendre avec les adversaires.

Le Japon est sur le chemin de la reconstruction, il faut travailler dur pour survivre. C’est une devise qui touche tous les milieux sociaux. Chaque matin, ce sont des milliers de salarymen qui partent travailler et accomplir leurs tâches. Ces hommes sont totalement dévoués à leurs entreprises, ils ne vivent que pour travailler et gagner toujours plus d’argent. C’est la contrainte d’une explosion économique d’un pays ayant connu le chaos. Personne ne souhaite revivre les temps les plus difficiles, alors chacun se sacrifie à la reconstruction.

Le film s’arrête sur deux exemples particuliers. Le sous-chef du département de la publicité d’une grande entreprise et son assistant, un jeune homme en plein apprentissage. Ce sous-chef a été récemment nommé à ce poste, et il ne cache pas ses ambitions de devenir bientôt le directeur de cette section. L’ambition caractérise parfaitement son attitude d’opportuniste. Il s’est marié à la fille de son futur patron afin d’accéder à un bon poste au sein de l’entreprise, sa nomination c’est du pistonnage. Il n’a aucune reconnaissance vis-à-vis de son beau-père qu’il va s’empresser d’écraser en s’imposant comme un élément novateur aux yeux des grands patrons.

Pour le jeune homme, ce supérieur sert d’exemple à suivre. C’est le genre de personne qui sait apporter de nouvelles idées pour améliorer les performances de son entreprise. Alors l’assistant essaye de faire de son mieux pour satisfaire les exigences de son supérieur. Il profite de son ami, travaillant chez la concurrence, pour obtenir des informations sur les projets à venir. Histoire de garder une longueur d’avance sur les autres. En jouant à l’espion, le jeune homme mélange sa vie privée et son entreprise. Son ami n’est plus qu’un informateur, et il ira jusqu’à fréquenter intimement une femme, autre concurrente, toujours dans le même but.

Ensemble, les deux hommes vont trouver une jeune femme qui va servir d’icône publicitaire à l’entreprise. Ils vont engendrer un monstre à la hauteur de ce qu’ils sont. D’une femme vivante, pauvre et sincère, ils vont en faire une star arrogante. Une personne noyée par sa soudaine notoriété qui va apprendre à profiter des règles du jeu. Sa naïveté et son innocence seront bientôt de lointains souvenirs, balayés par l’appel de l’argent. Mais en tant qu’icône, elle n’est qu’une apparence temporaire réfléchie de A à Z par des hommes pour convaincre les clients de consommer. Sa gloire est éphémère, et son esprit déjà trop corrompu. Comme sa famille, qui passe d’un taudis misérable à la belle vie avec le confort occidental et ses biens secondaires.

Les industriels ne font pas dans les sentiments, ils ne sont pas là pour être humains. Le marché est une lutte où il faut se montrer sans pitié pour écraser les adversaires. Lorsqu’un concurrent verra son usine partir en fumée, un ancien essayera de raisonner les patrons pour faire appel à leur générosité. Il utilise en exemple le code du bushido et l’importance du respect pour l’opposant. Mais les jeunes sont là pour gagner par tous les moyens, la perte d’un concurrent est une bonne nouvelle qu’il faut savoir exploiter. Cette approche est la même concernant les clients, il faut s’imposer à eux en jouant des images, en suivant l’exemple américain. Les patrons d’une si douce industrie sont des loups.

Le monde de l’entreprise domine tous les esprits japonais. À tel point que Masumura filme des rapports déshumanisés où tout n’est question que d’argent ou de travail. Les mentalités japonaises se moquent des relations personnelles, l’intimité n’existe plus. L’amour tout l’amitié rentrent dans une logique de travail. Le supérieur passe sa vie à travailler, il ne dort même plus et délaisse son foyer, où sa femme devient folle. Travailler est une obsession. Désormais, les hommes se tuent à la tâche pour faire régner leurs entreprises. Qu’importe les sentiments humains entre hommes et femmes, il y aura toujours entre eux la barrière du travail. Une bulle qui étouffe les esprits et les éloigne de la réalité. Le salarié japonais est un martien.
***Extrait
Infos
Les géants et les jouets; Kyojin to gangu (巨人と玩具)
Avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Yûnosuke Itô, Michiko Ono…(IMDb)
Disponibilité : DVD Z1 STA (Fantoma)
















