Le Fou de Shinjuku - 1970 - Koji Wakamatsu

(Shinjuku Mad) Le Fou de Shinjuku - 1970 - Koji Wakamatsu

Un homme se rend à Tokyo pour retrouver l’assassin de son fils et comprendre les raisons de ce meurtre. Dans cet environnement urbain violent qu’il ne connaît pas, il se retrouve seul à mener son enquête. La police ne veut pas l’aider et lui conseille même d’éviter de chercher des réponses, les inspecteurs ne semblent pas plus intéresser par l’histoire de cet homme que par la mort d’un jeune. Les autorités tout comme la population locale s’enferment dans un mutisme effrayant, personne ne veut aider ce pauvre homme dans sa quête. Image d’une ville froide dominée par l’hypocrisie et les secrets.

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Pour ce campagnard, la ville est un véritable labyrinthe. L’homme doit sans cesse demander des informations aux passants pour espérer trouver ses repères. Le désespoir peut se lire sur son visage, il n’a pas l’assurance habituelle des adultes. L’homme n’essayera pas de camoufler ses intentions aux gens qu’ils croisent, il ne prend pas de distance et affiche clairement ses sentiments. Un comportement étrange et très franc qui peut aisément le faire passer pour un fou. Tellement qu’au début, il semble être celui dont parle le titre, le Fou de Shinjuku. Il faut le voir se mettre à genoux dans les couloirs du métro et demander à tous les passants un peu d’aide pour comprendre la détresse du personnage.

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En arrivant en ville, l’homme va perdre toutes ses illusions. Au départ, il a une haute estime de la jeunesse japonaise. Il croit dur comme fer que son fils est mort pour une grande cause. Que forcément, il a été la victime de ses idées d’avenir pour la patrie. Mais cette vision change radicalement quand l’homme s’aperçoit que la jeunesse s’est enfermée dans la complaisance, qu’elle n’a absolument aucune ambition ni aucun projet d’avenir. Elle profite juste de son présent. Ces jeunes fument de l’herbe et comattent dans une chambre, ils chantent et baisent dans le square d’un quartier ou dans un club, et sniffent dans les couloirs du métro. Le père assiste à la dérive d’une génération, coincée entre la drogue et la libération sexuelle.

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La différence générationnelle est clairement visible. Quand la jeunesse reste molle, qu’elle s’enferme dans sa complaisance, l’adulte prend des initiatives risquées en venant à Tokyo. Wakamatsu filme une jeunesse prisonnière d’un moule de vie, où qu’elle soit, elle n’est jamais libre. Par exemple, dans le square avec cette partie à trois dans le tube de l’attraction centrale. Il n’y a pas d’espace, ni d’issue large. Tout est compressé. De même dans le club, la fête semble se dérouler sous terre, comme ancrée dans un espace étouffant. Ces jeunes ne réalisent pas qu’ils ne font rien de leur temps sauf baiser et fumer.

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Au contraire, l’homme est actif. Il est poussé par sa curiosité et par son amour de père. Parce que des voyous ont tué son seul enfant, celui qu’il a élevé pendant 25 ans jours après jours. Il demande des comptes, comment est-ce possible qu’une personne tue sans être inquiéter ? Qu’une personne détruise impunément le travail et l’amour de plusieurs années ? Pour obtenir des réponses, ce père parcourt la ville dans tous les sens. Même les quartiers malfamés et étroits, il cherche sa réponse dans tous les recoins possibles. Surtout, il ose interagir avec les passants. Il ne reste pas enfermé sur lui-même et va à la rencontre directe avec les gens. La jeunesse est incapable de faire une chose pareille, d’ailleurs il y a une méfiance énorme vis-à-vis des étrangers. Preuve de l’existence d’un groupe bien fermé qui s’écarte volontairement du reste de la vie.

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La volonté de l’homme commence à se faire remarquer par les intéressés. Il comprend qu’un groupe de voyous impose sa loi sur la ville et qu’il y a une chasse aux espions. Tous ceux qui pensent pouvoir prévenir les autorités sont tués ou humiliés. Son fils a sans doute été la victime de cette attitude sectaire. Qui dit groupe influant, puisque la police n’ose rien faire contre, dit beaucoup de relations. En effet, l’homme est surveillé en permanence sans le savoir. Cette jeunesse est partout et rien ne lui échappe. L’homme va enfin avoir l’occasion de rencontrer le fameux Fou de Shinjuku, l’assassin de son fils.

(Shinjuku Mad) Le Fou de Shinjuku - 1970 - Koji Wakamatsu

C’est la rencontre entre un père désespéré et une jeunesse violente, deux époques et deux visions différentes de la vie. L’explication du meurtre est finalement très simple, le fils était un espion qui aurait pu troublé le bon fonctionnement des mouvements révolutionnaires. Une petite affaire mineure qui représente 25 années pour le père. C’est à cet instant que l’homme perd définitivement ses croyances du passé, lui qui cite Meiji ou le Shinsengumi comme exemple, comprend que la jeunesse d’aujourd’hui est dans une impasse. Ce Fou de Shinjuku n’est qu’un pantin qui va perdre en calme et charisme au fur et à mesure que le dialogue s’avance. Le père met à jour les failles de ces révolutionnaires, des gamins qui pensent faire la révolution en tuant des espions et en faisant exploser des cocktails molotov. Des actions dangereuses qui n’ont aucune incidence sur la vie, et c’est un campagnard tout juste désillusionné qui s’exprime.

(Shinjuku Mad) Le Fou de Shinjuku - 1970 - Koji Wakamatsu

La seule réponse à la réalité des propos de l’homme, c’est la violence. Alors il se fait frapper et encaisse tous les coups, mais sait qu’il a touché le point faible de ces révolutionnaires. Ils ne le frappent plus pour l’intimider, désormais c’est de la colère et de la haine. Wakamatsu achève ce groupe de rebelles quand l’homme prend la situation en main, en menaçant le Fou de Shinjuku avec son propre poignard. Devant cette prise en otage, les gamins s’en vont et abandonnent leur fier chef. Un cocktail Molotov est explosé au sol par l’un des fuyards comme pour justifier que sa fuite n’a rien de volontaire. Les minables sont ridicules jusqu’au bout, devant la réelle action, ils s’en vont la queue entre les jambes. Tout n’est qu’une affaire d’apparence, au fond cette jeunesse est lâche et aveugle. Ses projets de révolution sont inconséquents, ils sont trop ciblés sur du détail pour espérer avoir de l’ampleur.

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Dans Tokyo, cette jeunesse rebelle fait beaucoup de bruit en roulant sur de grosses motos en plein milieu de la route. Mais elle n’en cache pas moins son impuissance, mise en déroute par un humble campagnard idéaliste. Cette ville était finalement bien présentée en ouverture, un endroit où rôde la mort, tuant la jeunesse. Ce Tokyo moderne a conservé les traces de son époque d’après-guerre où entre les ruines, les gens survivaient dans la violence quotidienne. Mais à côté de la violence, ces personnes avaient au moins la volonté de rebâtir une ville, de construire un avenir. La jeunesse se complait dans le résultat de cette volonté, elle ne veut pas faire d’effort et profiter des dérives nombrilistes.

***Extraits

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Publié le 28 août 2007
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Publié dans Cinéma Japonais
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