Viol sans raison - 1969 - Koji Wakamatsu

Trois étudiants décident de se rebeller contre la société et d’assouvir sans la moindre gêne leurs désirs. Ensemble, en ville ou en campagne, ils vont chercher des jeunes femmes à violer. Puisque cette société les ignore et demeure incapable de les écouter, ces étudiants imposent leurs volontés quitte à braver les autorités. Pour eux, l’essentiel c’est de sortir tant que possible d’une position d’impuissance dans laquelle les maintient la société. Le genre de défi dangereux et sans limite.

Wakamatsu pousse ses personnages à défaire les barrières. En zone urbaine, tout est parfaitement organisé mais déshumanisé, avec des rues presque désertes et des transports en communs séparant les voyageurs de l’espace qu’ils traversent. Quoiqu’ils fassent, les hommes restent confinés dans une caisse étouffante. Il n’y a pas d’intéraction possible avec l’environnement. Tout semble figé autour des hommes. L’un des moyens pour briser cette monotonie, c’est d’oser faire des folies. De se laisser transporter par le train jusqu’à son terminus, d’aborder les passants pressés, d’interrompre le bonheur d’un couple naïf. C’est exactement ce que font ces étudiants, ils veulent intéragir avec un système immobile, le provoquer.

À première vue, ces étudiants sont lassés et largués. Ils vegetent dans un bar en attendant que le temps passe, fêtant sans doute l’emmenagement commun dans cet appartement où l’un d’entre eux se dépèche de coller au mur une photo sexy. Et quelques minutes plus tard, ils sont déjà sur le chemin d’une nouvelle vie. Ils sont partis pour atteindre leurs désirs. Ensemble, rien ne pourra leur résister longtemps. La première folie, c’est le viol d’une jeune femme devant les yeux de son amant. Chacun profite de la chair avant d’humilier l’homme, puis le photographier. Même s’ils peuvent agir, ils restent attacher au voyeurisme. Il y a des photos, des magazines et ce trou dans le mur qui donne sur la chambre des voisins. À deux reprises, les étudiants iront regarder le couple d’à côté via ce trou dans lequel on ne distingue pas grand chose.

Pourquoi ces révoltés ne rejoignent-ils pas les rangs des étudiants contestataires. Ceux qui militent à l’entrée des universités en donnant des tracts à tous les pauvres passants. Quel est le résultat de ces manifestations ? Elles débouchent surtout sur de la violence sans répondre aux besoins des étudiants. Ces évènements semblent perturber plus qu’autre chose cette société. Pour les passants, cette contestation n’est qu’un obstacle à contourner. Une gêne temporaire qui n’amène rien. Au mieux, ces mouvements permettent de rencontrer de jolies jeunes femmes rapidement accessibles. Rien de révolutionnaire pour ces étudiants.

Quand ils sont chez eux, ils se mettent à revasser autour d’une musique ou d’un repas. Ils laissent leurs pensées s’exprimer librement et suivent la mélancolie du thème musical de Abashiri Bangaichi. Un air qu’ils comprennent, ils sont eux aussi les prisonniers malheureux d’une structure ridige et aspire à plus de reconnaissance. La première fois qu’on entend cette musique, deux étudiants chantent en coeur avant de se faire taire par un voisin excité. Preuve explicite du malaise, quand ils s’expriment, on leur demande d’arrêter. C’est pareil pour toutes les actions de révolte, personne ne veut écouter ces étudiants.

Alors ils vagabondent jusqu’à trouver une jeune femme charmante. Ils ne concoivent pas la femme autrement que comme un objet sexuel. Dès qu’une femme apparait dans le champ, elle n’est qu’une cible à atteindre, à posseder puis à oublier. La plupart du temps, ils alignent de modestes rateaux. Mais cela ne les arrête pas, ils ont bien été déjà capable de violer, ils peuvent recommencer. Et dans le meilleur des cas, la jeune femme s’offre sans problème à la frustration des trois étudiants.

Mais qu’importe ce qu’ils feront, il y a des limites infranchissables. Les étudiants restent de simples jeunes hommes coincés dans une situation vaine. Ils peuvent violer ou boire, rien ne changera pour eux. La fraternité de ces trois hommes ne peut rien faire face à la rigidité de cette société. Alors quand l’illusion tombe, c’est le désespoir qui impregne leurs esprits. La véritable révolte ne s’exprime pas par le viol, elle passe par l’action armée et violente. Si pour certains, l’unique solution est le suicide, pour d’autres le hasard les amène à pouvoir tuer l’autorité dans une ruelle abandonnée. Cette jeunesse désespérée est dans une impasse, ses revendications tomberont dans les ordures dans l’indifférence généralisée. Pour Wakamatsu, la liberté doit s’acquérir dans la violence, où les hommes doivent même être prêts à se sacrifier pour y parvenir. Ici, un étudiant rebelle a beau mourir dans une ruelle, il laisse une trace visible de son action sur les murs et dans les esprits, par la mort d’un policier. C’est un appel à la révolte, plus efficace et plus dangereux que ces manifestations estudiatines vaines.
***Extrait
Publié dans Cinéma Japonais
3 Réactions sur “Viol sans raison - 1969 - Koji Wakamatsu”
-
dung a dit:
30 août 2007 à 15:55Bonjour,
Quel est le titre et le nom du chanteur du morceau de Enka?
merci.
Bien à vous et encore merci de nous faire partager tout ceci. -
M.S a dit:
30 août 2007 à 16:12Sur l’extrait, c’est du “yakuza-enka” chanté par Ken Takakura, et c’est le thème de Abashiri Prison (Abashiri Bangaichi). Si ça vous interesse, je peux essayer de récuperer une meilleure version
EDIT (31/08) : Le morceau est en ligne !


En cours...
