Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

Un intrus est invité par des nurses à pénetrer leur dortoir, et à assister discrètement aux ébats de deux d’entre elles. Cette relation charnelle intrigue la plupart des femmes qui se précipitent à la porte pour les observer à travers un petit trou. Mais l’homme se révolte, il en a marre d’être encore une fois positionné comme un voyeur, devoir inlassablement gueter les désirs sans pouvoir les atteindre. Alors, c’est violemment qu’il sort de son impuissance en executant froidement l’une des femmes en pleine action. Faisant ainsi basculer l’atmosphère du dortoir dans la peur et la crainte. L’une après l’autre passe entre les mains de ce bourreau bien silencieux.

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

Avant de s’enfermer dans un dortoir, et de voir l’espace se resserer peu à peu par un contraste de plus en plus sombre, Wakamatsu nous présente l’homme. En une succession d’images fixes alternant l’homme avec des photos de magazines, nous sommes directement placés dans l’esprit de cet individu. Il apparait un être frustré en marge de la société. Toutes ces images font appel au désir, elles semblent promettent ce qui jamais ne pourra se réaliser. Mettant l’homme face à son impuissance, uniquement capable d’effleurer ces images sans en connaître l’once de réalité. Le désir est partout, dans la rue ou dans les magazines, même dans les oeuvres d’art, mais jamais rien ne se concrétise. Cette succession d’images rythmée par une douce musique dévoile aussi l’état de cette société. Tout est simplement figé et sans vie, il n’y a que la musique pour rappeler l’existence d’une chaleur humaine.

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

C’est pourquoi, l’homme va chercher à exploser les barrières de son impuissance. Si en ville, il est totalement dominé par sa faiblesse, en bord de plage il peut commencer enfin à s’exprimer librement. Face à la mer, en perpetuel mouvement, l’homme pense à agir pour se libérer. Armé d’un flingue, il y a désormais le moyen de se faire entendre auprès d’une société trop bornée à s’enfoncer dans son immobilisme. Cette plage éloignée de tout, sans contraintes ni limites, c’est son esprit. L’imaginaire est son seul refuge, ou presque. Pour lui tout va rapidement se concrétiser, il lui suffisait simplement de s’introduire dans une propriété privée pour se faire inviter très facilement à rentrer dans la demeure. Il n’y avait donc qu’une barrière à franchir pour intégrer l’espace de son désir, un dortoir plein de nurses.

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Dans cette maison, tout semble figé à l’exception de ces deux femmes guetées par toutes. C’est un lieu clos où les femmes sont deux par chambre et ne communiquent pas entre elles. D’où la curiosité suscitée par la relation charnelle de deux femmes ayant brisé la distance et l’indifférence pour satisfaire un désir sans honte. Le voyeurisme des femmes est grossier, elles se contentent d’aller regarder à plusieurs par un même trou ce qu’elles ne seront jamais capables de faire. C’est à peine si ce sont de réelles femmes. D’ailleurs, c’est exactement cette attitude qui va leur être fatale. Au lieu d’appeler la police ou du moins de se protéger de l’intrus, elles l’invitent à assister au spectacle. Tout est fait pour ne pas perturber la relation, quitte à agir bizarrement.

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Cet inconnu se retrouve dans une situation concrète et pourtant toujours aussi frustrante. Ces femmes peu vétues l’invitent à regarder ce qu’elles pourraient aisément faire avec lui. Mais non, elles veulent rester des spectatrices. Soit la raison inverse de la venue de l’homme, agir d’une façon ou d’une autre. L’incompréhension entre lui et les femmes va durer tout le film. Dès qu’il sort son flingue, il se place comme un dominateur inspirant la crainte. À noter qu’à ce moment là Wakamatsu place le personnage face à la caméra, braquant littéralement le spectateur devenu une pauvre vierge effrayée. Le réalisateur détourne explicitement le genre, il ne cède pas au voyeurisme. C’est en tuant qu’il semble prendre conscience de l’être et qu’il peut constater les conséquences d’une action. Avec la première tuée, c’est la plupart des femmes qui se mettent à pleurer et à chercher une solution pour se sortir de cette galère. C’est aussi la première fois que les femmes vont pouvoir prendre une initiative et donc se dégager non seulement de leur peur mais surtout de leurs apparences.

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Le résultat est bien décevant, les femmes se montrent comme faibles et ridicules. Elles se placent comme des animaux sans dignité. Devant l’homme, l’une décide de se sacrifier et d’offrir son corps. Elle pense sans doute satisfaire son désir en proposant sa chair, mais la vulgarité et l’arrogance de la femme repoussent l’homme dans son impuissance. En se soumettant, la femme veut prendre le contrôle de la situation, exploiter la faille de l’inconnu pour le dominer. Impuissant, il ne peut rien faire, sauf lui faire ravaler sa fierté en visant le coeur de son pseudo pouvoir. Deux en moins.

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

Après ces deux morts, le film prend une autre tournure. La raison, c’est l’ouverture d’un dialogue entre les femmes restantes et le bourreau. Ce dialogue est initié par la seule femme restant à l’écart du groupe, celle qui ne bougera pas pour regarder par le trou, celle qui ne pleurera pas pour ses camarades, celle sans qui l’homme ne serait pas là. Mais cette femme, calme et curieuse, se fait dominer par une autre qui s’impose. C’est un véritable moulin à paroles qui innonde la maison de sa révolte incessante et insignifiante, un effet renforcé par l’absence de montage. Ce dialogue, en fait monologue, est un plan séquence durant lequel la caméra se balade d’un personnage à l’autre à travers la chambre mortuaire. Entre le bourreau et cette femme, il y a un corps inerte servant pratiquement de pont. Et tout au fond, dans le coin droit, il y a la marginale. En sachant que la comère ne s’introduit pas fermement dans l’espace du bourreau, délimité par des portes ouvertes. Elle peut bien parler et faire la morale, elle n’en reste pas moins soumise aux volontés de l’homme. Le plan séquence s’enchaîne sur une situation redevenue normale où cette lâche femme est attachée. Qu’importe la raison, désormais l’homme est maître de la situation.

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

Avec une autre femme, timide et peureuse, il l’utilisera pour en faire une autre pièce de sa création personnelle. Comprendre que la mort de ces femmes n’est pas qu’un pas vers la libération du frustré mais est aussi une manière de livrer sa vision du sexe féminin. Une vision très éloignée des coupures de magazines et autres publicités. Donc, cette autre femme attachée à un poteau et habillée d’un kawai, va être l’objet de la pire horreur imaginable. Il ne s’agit plus d’abattre froidement ces individus, mais de torturer clairement le corps. Il manipule la chair pour en faire une oeuvre d’art, la victime bénéficiera d’un plan en couleur relevant toute l’horreur de la situation. De même lorsque les cadavres seront réunis pour donner le plan le plus connu du film, des corps entourant les amants libérés.

(Violated Angels) Les Anges Violés - 1967 - Koji Wakamatsu

La marginale, la première à rentrer en contact avec l’inconnu, sera épargnée pour devenir une sorte d’égal. Elle le complète, comblant un manque. Tous les deux auront une liaison qui nous transportera sur cette plage imaginaire filmée avec un filtre bleu. Tout n’est pourtant pas résolu, l’homme ne fait que de courir après son bonheur, pourchassant une femme ou une mère qui sait dans tous les cas lui apporter le calme et la paix. L’éloigner d’une société où la liberté doit se soumettre à la volonté d’une repression. La police ou les gouvernements partent en guerre contre l’envie des hommes à vouloir s’émanciper. Dans la violence, l’inconnu cherche sans doute à exprimer son besoin de repères, de pouvoir être entendu. Il massacre l’apparente innocence d’un système rigide, pour mieux affirmer ses idées. La marginale devient alors le symbole alternatif parfait d’une société capable d’écouter et d’aimer, c’est la mère et la petite amie.

***Extrait

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Publié le 22 août 2007
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Publié dans Cinéma Japonais
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    1. » Les 100 ans de Cinéma Japonais de N. Oshima » Wildgrounds a dit:

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