Confessions d’une épouse - 1961 - Yasuzo Masumura

Un procès s’ouvre, une femme est accusée d’avoir tué son mari lors d’un séjour à la montagne en pleine escalade. Ce qui va être jugé, ce n’est pas seulement le meurtre, c’est la trahison d’une épouse envers son mari. En effet, elle entretenait une liaison secrète avec un des élèves de son mari, justement invité à venir passer ces tristes quelques jours loin de tout. La coïncidence trouble, s’agit-il d’un acte prémédité par les deux amants où le résultat d’un pur accident ? Quel est le rôle de la passion dans cette mort ?

L’affaire est publique, tous les journalistes se précipitent dessus pour relayer de nouvelles informations. Caméras et micros sont à la recherche d’une exclusivité, ils sont là pour dévoiler les secrets de tous aux yeux de tous. Sans connaître la finalité du procès, les articles ont déjà tranché et largement influencé la masse. Les photos du principal protagoniste de l’affaire sont connues et immédiatement rattachées à l’idée de meurtre. Cette femme ne peut plus sortir sans se faire remarquer, pire sans se faire dévisager de façon grotesque par les passants. Partout où elle va, elle est regardée par tous. Même quand elle cherche un peu d’intimité, il y a toujours quelqu’un pour s’introduire et l’a reconnaître. Les regards sont méprisants, surtout qu’ils ne remettent pas en cause l’information. La femme est devenue un objet de foire.

Les conséquences du procès dépassent de loin la seule salle d’un palais de justice. C’est toute la société qui devient juge d’une affaire qu’elle ne connaît qu’à travers des articles. Dans la salle d’audience, Masumura soigne le rapport de force entre le juge, les avocats, les témoins, l’accusée et les spectateurs. Dans cet endroit, la femme n’existe pas. Elle est écrasée par tous, elle n’a même pas la force de se tenir droit. La seule exception, c’est lorsque son amant est interrogé. Masumura fait apparaître le rapport passionnel en plaçant les amants ensemble dans le cadre avec des jeux de regards entre eux. D’un simple balayage, il fait rejoindre la femme et l’amant, brisant les obstacles posés par ce tribunal. Un endroit froid où toutes les paroles sont soigneusement enregistrées, pour le bien de la justice.

Le mari semble être un mauvais souvenir. Chacune de ses apparitions montre une personne brutale et lourde. D’ailleurs, il n’apparaîtra qu’assez tardivement dans le récit. Et la première fois qu’on le voit, il est représenté comme un boulet, comme celui qui risque de faire tomber sa femme et son élève dans le vide. Après ça, il faudra attendre longtemps avant de revoir le mari. Jusque là, il n’y aura que son ombre pour rappeler qu’il a existé, via le tribunal et les accusations. Comme quoi, même dans la mort l’homme demeure un poids pour ses proches.

La femme ne mène pas une vie heureuse avec cet homme. Le mari ne lui porte aucune attention, c’est juste un grand enfant qui aime abuser de la faiblesse de la femme. Alors que l’homme est un professeur de chimie, une place respectable, il se comporte comme un porc. Il passe la plupart de son temps à boire ou à travailler, trop renfermé sur ses problèmes pour s’intéresser à ceux de sa femme. Envers elle, il se montre brutal, il exige d’être satisfait toujours très rapidement. Dans ces conditions, la femme cherche une issue. C’est pourquoi, dès le début elle est montrée comme une voleuse qui cache et prépare des choses dans le dos du mari. Elle a déjà dans l’idée de l’empoisonner.

À l’inverse, l’amant est beaucoup plus respectueux envers elle. Il est doux et attentionné, il s’intéresse à elle sans pour autant avoir dans l’idée d’une relation sérieuse. Le comportement de la femme est d’ailleurs totalement différent lorsque l’amant est présent, l’amour est visible dans ses yeux. Le rapport va très vite évoluer pour laisser place à une véritable passion secrète où la femme peut enfin se livrer à une personne. Faire connaître sa détresse de femme ignorée par un mari alcoolique, tellement qu’elle tentera de se suicider. L’amant est la seule personne à la protéger, il fait sortir les journalistes d’un box de repos, il l’empêche de se suicider, il remet à leur place les gens un peu trop curieux.

Le couple marié va progressivement perdre sa tranquillité apparente, l’homme comprend qu’il n’est pas désiré mais veut sans doute essayer de sauver les apparences. Il est à remarquer que très souvent l’homme est entouré par des cordes, lien évident avec la mort, en référence à sa chute lors de l’escalade où la corde aurait soit lâché, soit été coupé. Dans ces souvenirs, le mari est donc sans arrêt connecté à son tragique destin.

La passion de la femme emporte tout, ce qui peut la faire passer pour une grande manipulatrice. Elle arrive à avoir une influence surprenante sur l’amant, pour lequel elle est prête à tout, même à devoir mentir. Ce qui fait que cette passion n’est pas totalement pure, dans le sens de partager. L’amant conserve de la distance, principalement parce qu’en parallèle du procès il doit continuer à travailler. Et c’est en fréquentant quotidiennement son travail qu’il constate le regard de ses collègues. S’il veut croire à son amour, il reste néanmoins attaché à un statut social. Il y a une barrière qu’il ne pourra pas franchir, qu’il ne veut pas. Il appartient encore à la société, là où la femme reste un objet étrange et marginal. Même quand elle regagne sa liberté, et retrouve une sorte d’anonymat, elle ne parvient plus à redevenir une véritable femme au foyer comme l’entend la société. Il demeure dans son esprit, la blessure d’une passion rendue impossible car jugée comme folle.
***Extraits
Publié dans Cinéma Japonais

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