Full Alert - 1997 - Ringo Lam

Full Alert - 1997 - Ringo Lam

Polar nerveux placé dans un Hong Kong ordinaire presque glauque (en tout cas désenchanté), le film repose sur l’affrontement de deux personnages : un flic et un diplômé tueur. Ce statut “légal”, comprendre le bon et le voyou, place la barrière de la loi entre eux. Un obstacle que compte faire voler Ringo Lam, pour mieux questionner (bousculer) la posture du flic et de sa situation face au tueur (nuancé).

Full Alert - 1997 - Ringo Lam

La meilleure des sociétés

Tous les deux appartiennent à la société hong kongaise, l’un est policier avec femme et enfant, l’autre est un jeune ingénieur diplômé (l’espoir). En apparence, rien ne semble les amener à sortir aussi bien socialement que moralement du rang. Pourtant les deux ont déjà été amené à tuer et doivent vivre avec un mort sur la conscience, à la différence que le flic reste libre quand le diplômé devient tueur et est enfermé en prison. La société rationalise via les lois, tuer pour sauvegarder cette structure est acceptable (le flic), mais tuer par excès d’ambitions personnelles (le diplômé) demeure impardonnable. Cette société se désintéresse de l’individu et de ses problèmes de conscience alors que dans les deux cas, ils existent.

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City On Fire

Dans cette machine, l’homme type (comme le flic) est enfermé dans une case depuis son enfance (l’enfant apprend à écrire son prénom - son identité - dans des petites cases) et suit un trajet commun duquel il n’est pas censé (oser) sortir : fonder une famille, accomplir son travail. Quoiqu’il fasse, il n’est jamais libre, toujours coincé dans un espace bien clos (et sombre). Le diplômé est à l’opposé de ce modèle, il veut se libérer et faire exploser ces barrières, il veut dominer l’envers du décor (le plan de l’architecte). Pour arriver à cette liberté (à l’argent, à la réussite - plan social), il est obligé de commettre un meurtre car cette société est incapable de répondre à sa demande, elle est trop figée, elle étouffe et assèche ses espoirs que le seul moyen de sortir de son emprise (même de se venger), c’est d’être hors-la-loi (braver l’autorité).

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To Live and Die in HK

La course-poursuite (réaliste, brute et sobre) résume bien ces quelques idées. D’abord, des flics en masse qui ont quadrillé précisément le chemin jusqu’à la prison (il s’agit du transfert du diplômé), il y a un trajet précis (sur un plan la route est surlignée en jaune). Puis il y a l’arrivée des amis du tueur qui vont mettre le bordel dans cette organisation, ils sont rapidement repérés et doivent fuir à travers HK (autoroute, centre ville, rails). Là, quelques voitures de flics vont les poursuivre pour les “neutraliser”, chaque voiture va essayer de venir enfermer les fuyards (les flics peuvent se parler entre eux - talkie-walkie) plus que de chercher à barrer la route. Les flics veulent tellement encadrer la voiture qu’ils en oublient de regarder devant eux (!!!). Pousser en dehors de leur plan précis, ces hommes sont perdus. Tout comme le flic principal dans la seconde partie du film, lorsqu’il sort timidement de sa prison dorée pour explorer les rues HK, il est complètement paumé et agit violemment (il cherche son arme dans une poubelle, tire sur une moto), il est obnubilé par ce tueur (sa part d’ombre décomplexée ? voir 1ere apparition du tueur). Les flics en arrivent à perdre même leurs repères “sociales” (plus de distinction entre le travail et les loisirs, en pleine mission les hommes font des paris ou se rasent).

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Hommes, porcs et loups ?

Les deux personnages principaux appartiennent à deux rangs différents de la société mais restent humain, c’est-à-dire que le flic comme le diplômé ont une face humaine sincère (l’amour, l’amitié) qui n’empêche pas les comportements “extrêmes” (tuer, engueuler, faire des erreurs). Par cet affrontement, c’est l’opposition d’un modèle apparemment calme et banal à ses vices et tabous. Le diplômé est malin et vicieux, il parvient à s’échapper des grilles qui l’entourent, à les scier alors que le flic, plus nerveux, tardera à faire tomber les barrières. La scène du coffret fort (jusqu’au final) achève la “transformation” du flic, la porte du coffret sépare les deux hommes (deux unités spatiales différentes), il y a juste une petite trappe qui s’ouvre de l’intérieur (avantage du tueur, le flic ne peut rien faire sauf attendre) pour relier ces deux endroits. Puis quand la porte s’ouvre, le flic s’engouffre définitivement dans la sphère du tueur. En fait pire, car porté par sa rage, il fait tomber l’ultime barrière le protégeant d’une folie, d’une erreur, de ce qu’il est censé combattre quotidiennement. L’homme perd ses repères.

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Bête humaine

Avec une approche réaliste, presque documentaire, Lam ne cherche pas à reproduire des personnages à la classe façon Woo et ses mexican standoff, de même que les tueries normalisées. Quand ses personnages tiennent un flingue, il n’y a pas une posture classe, c’est plus viscéral, plus brute et violent. L’arme est démystifiée de son apparence cool, elle n’apporte pas un sentiment de puissance chez les hommes (c’est même l’inverse, ils ont l’air ridicules).

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Posted on 15 June 2007
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In Cinéma Chinois
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About the movie:
Réalisé par Ringo Lam
Avec Lau Ching-Wan, Francis Ng, Amanda Lee... (IMDb)
Aka Ko dou gai bei; 高度戒备
Availability:
Tai Seng (Z0)
Sous-titres Anglais
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    1 Comment on “Full Alert - 1997 - Ringo Lam”

    1. kh says:

      Pour moi un des meilleurs polars de HK, surprenant, subtil, pessimiste et déboussolant. On a bien envie de le comparer aux meilleurs Johnny To tant tout y est agencé de main de maître, mais on n’y trouve ni fun, ni fioritures (éléments souvent délectables chez To), mais de l’angoisse!

      Un grand Ringo Lam, un grand film, effectivement du niveau de “To live and die in LA” de Friedkin, ce qui est presque étonnant vu qu’à ma connaissance Lam n’a jamais atteint avant ou après une telle élégance (ni avec City on Fire, l’inspiration de Reservoir Dogs, ni avec ses Prison on Fire) et qu’il s’est plutôt impliqué dans des produits globalement percutants mais peu ou prou vides de sens (je pense tout particulièrement à son Full Contact avec Chow-yun Fat).

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