The Proof of the Man - 1977 - Junya Sato

L’occupation américaine a laissé des traces encore visibles pour une partie de la population japonaise. Si certains soldats ont trouvé l’amour pendant cette période, d’autres en ont profité pour abuser de leur autorité et ainsi violer, tuer des gens en toute impunité, ou presque. Autour de ces actes règnent comme un tabou qui retombe directement sur la jeune génération, première victime des abus, elle grandit avec la haine de l’américain. À travers une enquête, le film aborde les conséquences de l’occupation en choisissant des témoins clés de cette époque, et cela des deux côtés, aussi bien japonais que américain.
Johnny Hayward, un noir américain, part soudainement au Japon. Quelques semaines plus tard, il est retrouvé mort lors d’un défilé de mode important. Deux policiers vont alors se lancer à la recherche de l’assassin.

Le film divise la génération d’après-guerre en trois cas. D’abord, il y a la recherche d’une figure parentale pour un homme qui veut retrouver absolument ses racines et son passé. Pour lui, c’est devenu sa raison de vivre, de même pour son père qui le soutient totalement au point de risquer sa vie pour obtenir l’argent nécessaire au voyage. Difficile pour des habitants de Harlem de se payer un billet pour le Japon. Avec ce premier cas, on se trouve dans une famille brisée où le bonheur n’existe plus, d’où la misère.

Ensuite, il y a le jeune policier qui est animé par un désir de vengeance et d’injustice. Dans le chaos d’après-guerre, il a vu son père se faire tabasser à mort et pisser dessus par des soldats américains alors que le pauvre homme voulait venir en aide à une femme sur le point d’être abusée. Devant la mort du père, personne n’a bougé, même la police n’a rien fait. Il incarne l’exemple d’une jeunesse blessée et haineuse à l’égard de l’Amérique.

Enfin, il y a le fils de notables. Il n’a pas pu connaître le chaos puisque né dans une famille bourgeoise, où tous ses besoins ont toujours été satisfait autant que possible. Pour lui, la guerre et tout le reste ne représente rien du tout. Au contraire, il profite de son présent pour sortir et s’amuser, profiter de l’argent de ses parents pour boire et s’acheter de magnifiques cadeaux. C’est la jeunesse dorée et inconsciente.

À côté de cette génération, le film nous présente les adultes ayant pleinement vécu la guerre et sa dramatique suite. Pour tous, le passé est oublié et doit le rester car synonyme de faits peu glorieux. Surtout que la plupart de ces individus ont des situations respectables. Un politicien reconnu a forgé sa fortune et son autorité sur les recettes du marché noir. Sa femme, une styliste sur la voie du succès, a été violée par des soldats américains avant de se laisser porter par son amour pour un autre soldat. Et il y a un policier américain qui a fait son service militaire au Japon, où il a appartenu à un groupe de violeurs et de malfrats couvert par la protection de l’armée. Pour ces deux derniers personnages, le passé finira par réapparaître, ils feront face à la génération qu’ils ont abandonnée ou abusée.

Les deux pays connaissent un chaos urbain. Au Japon, c’était clairement l’après-guerre, alors qu’aux Etats-Unis, la ruine et la déchéance s’incarnent au présent avec Harlem, un quartier loin des cartes postales habituelles de New York où prônent les buildings et les monuments célèbres de la ville. Harlem, c’est des bâtiments en ruines, une population désabusée et haïssant l’autorité policière, des squats un peu partout et la drogue comme refuge. Le jeune policier japonais fera d’ailleurs le rapprochement entre les noirs américains et les japonais d’après-guerre, l’homme montre sa sympathie pour ces personnes. C’est sans doute l’une de ses raisons à vouloir s’occuper proprement de l’affaire, une manière de faire rédemption du passé.

Le récit vient essayer de cicatriser définitivement les plaies du passé et d’amoindrir les tensions entre japonais et américains, où le sort de chaque personnage est juste, même si grossier selon les cas. Dans la continuité de Castle Of Sand, le film interroge les mystères du passé pour les comprendre et pouvoir passer à autre chose. Mais tout comme ce possible modèle, les longues phases d’explications viennent alourdir l’ensemble, le réalisateur ne peut s’empêcher de mettre en scène des évidences. Est-ce la preuve qu’un doute persiste quelque part ?


