The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

Quelles peuvent être les limites de l’action d’un mercenaire ? Les barrières morales ? Ou la Justice alors ? En fait, elles n’existent tout simplement pas, du moins pour Takuma Tsurugi. Pour lui, la vie se résume à tuer ou être tuer, en récompense d’une certaine somme d’argent. Et pas question d’essayer de l’arnaquer ou de l’empêcher de mener à bien son travail, sinon il faudra affronter l’incroyable machine martiale Tsurugi. Pour les plus heureux, ce sera quelques dents cassées, mais pour les autres, les os se feront entendre en même temps que le sang jaillira d’un peu partout. La seule certitude qui se pose, c’est qu’on n’emmerde pas Tsurugi sans en payer le prix fort.

The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

L’homme n’est pas du genre à faire dans la subtilité, c’est pourquoi il répond par la force quand on lui tend un chiffon de sentiments, Tsurugi ne pleure pas, il tue. Homme ou femme, il n’y a là aucune différence quand on vient le déranger, le résultat est toujours le même, la force prime, encore et toujours. Si ses méthodes sont si radicales, c’est aussi parce qu’elles lui permettent de parvenir à remplir ses contrats, quoiqu’on lui demande, que ce soit un condamné à mort à délivrer ou l’héritière d’une fortune pétrolière à sauver, il sait s’y prendre, quitte à devoir arracher quelques couilles ou bousiller des crânes. Bien sûr, il n’épargne pas non plus les mauvais payeurs, il respecte un contrat dans les temps et attend d’être à son tour payer comme convenu. C’est n’est pas un chien qu’on fait tourner en rond, le commanditaire n’a aucune emprise sur lui dès le contrat signé. Tsurugi est libre et il n’hésite pas à vendre ou à tuer ses commanditaires en cas de non respect.

The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

Mais qui est Tsurugi ? Aucune idée. Son passé demeure un mystère, ses sentiments… il n’en a pas. Il y a pourtant deux tentatives de rétablir ces injustices, d’abord un petit flash-back qui pointe l’origine de sa haine, il sera en fait très vite oublié, puis ensuite cette merveilleuse scène qui témoigne de l’amitié profonde de Tsurugi pour son larbin, enfin son ami, l’homme verse alors une petite larme. C’est sans doute histoire de nous prouver qu’il y a bien une once d’humanité derrière cette apparence de brute, une raison d’être. Dans l’ensemble peu convaincantes, ces deux tentatives seront effacées par l’importance de l’action. Et peut-être que finalement, connaître cet homme n’est pas si important, Tsurugi n’est pas là pour nous faire pleurer ou pour se donner une légitimité quelconque, il est là pour botter du cul et faire pisser le sang tant qu’il peut, c’est un enculé.

The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

Sonny Chiba s’oppose ici radicalement à la belle image venue de Hong Kong, Bruce Lee. Ses actes ne sont pas animés par une valeur morale ou une envie de rendre sa propre justice, c’est tout simplement l’argent voire même le plaisir. Quant à son art, il pratique le Kempo Karaté, soit grossièrement un mixe entre Kung Fu et Karaté, peut-être un art hybride ? Dans l’action, Tsurugi brise littéralement la beauté esthétique et la fluidité d’un Bruce Lee, il fait dans l’exagération et amplifie le moindre geste ou expression du visage pour se rendre sauvage et imprévisible. D’ailleurs son style s’oppose aussi aux exhibitions de Karaté que l’on peut apercevoir dans le film, comme lorsque l’on se retrouve en plein milieu d’un cours. Les élèves suivent tous le même rythme à base de mouvements francs, d’une droiture impeccable, d’une détermination explicite dans chaque geste. Tsurugi s’impose alors comme un élément totalement étranger à cet univers, il se laisse porter par sa haine et sa force dans le but d’écraser un adversaire pour lequel il n’a pas de respect, de montrer sa puissance. Tsurugi recherche la chaire ou le sang à chacun de ses mouvements quand les autres conservent une certaine noblesse de leur art que ce soit du Karaté ou du Kung Fu.

The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa

Lorsque cet homme combat, son comportement donne l’impression d’une constante jouissance. Il y a ce côté sadique et sale que cultive Tsurugi, il ne peut se battre sans faire une effusion de sang, c’est comme une obligation. Et avec la multitude des gros plans, tenus souvent quelques secondes, on peut voir l’expression de son visage se transformer lentement lors d’un même plan. Rien n’est gratuit dans ce sadisme volontaire, l’homme savoure la violence, il prend un plaisir à massacrer les autres. Tout comme le spectateur qui réclame ce déchirage de couilles pour mieux en rigoler grassement. Dans cette idée, l’histoire n’est plus qu’un prétexte pour fournir une action jouissive à Tsurugi, pour lui permettre de défier une fois de plus une morale. Ses quelques regards sadiques pour ses victimes sont une manière de faire tenir le plaisir de l’indécence. Rien d’étonnant alors que le film ne se termine pas sur une belle petite scène soignée, le genre de moment respirant l’innocence, comme si rien n’était finalement arrivé. Non, ici la jouissance finale de Tsurugi, sous une pluie battante, est suffisante. Ce n’était qu’un contrat de plus.

En Haut
Publié le 28 avril 2007
Mots-clés :

Publié dans Cinéma Japonais
Notez ce film : 1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles6 Étoiles (6 votes, note moyenne: 3.67 sur 6)
Articles similaires :
  • Réplique Culte : The Street Fighter (1974)
  • Extrait OST - The Street Fighter (1974, Ozawa)
  • Tour d’horizon du 16/05
  • Kurotokagi 08/07/2008 : Spécial Yakuza !
  • Kurotokagi : Les nouveautés de Septembre 2008 !


  • ***

    4 Réactions sur “The Street Fighter - 1974 - Shigehiro Ozawa”

    1. Carth a dit:

      Une légende ce Chiba. Mais je préfère son opus Last Revenge, tout aussi légendaire, à l’image de son personnage. Lorsque “l’attaque de la mort foudroyante” côtoie “Le Grand Tsunami”, forcèment ça charcle sec! Et puis la musique!

    2. M.S a dit:

      La musique est signée Tsushima, plus connu pour ses compos sur les films de Fukasaku (Chiba-Fukasaku-Tsushima, ils sont tous liés ! :D).

    3. Carth a dit:

      Ah la belle époque…
      En tout cas, si tu n’as pas vu les autres, précipites toi dessus! En revanche, Sister Streetfighter reste trop passable pour égaler la maestria biseuse des trois autres opus.

    4. M.S a dit:

      Ahah ! Les Sister sont catastrophiques, c’est presque l’équivalent féminin de la trilogie Karate !
      Sur la série, ma préférence se porte sur le premier film (bourrin, décomplexé, violent, sauvage, en roue libre), le troisième rélève le niveau en essayant de lier cohérence et violence mais pour le reste… :#

    Donnez votre avis !