Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

À première vue Dirty Doberman n’est qu’un campagnard venant de débarquer dans l’immense royaume des vices qu’est Tokyo. Son allure de vagabond, aidée par un chic mais modeste chapeau, fait mauvaise impression chez les habitants de cette jungle urbaine. Pourtant derrière cette face naïve se cache un flic efficace qui ne refuse devant rien pour se faire entendre, prêt à descendre en rappel la face d’un immeuble de 40 étages ou de laisser faire parler son jeu de jambes pour écraser une bande de voyous. Avec des méthodes pareilles, il se distingue clairement des habitudes communes des policiers, préférant naviguer constamment entre la limite de la loi et de l’illégalité.

Le corps d’une jeune femme tuée puis brûlée est retrouvé. Parmi les indices retrouvés par la police, une photo évoque le dossier de la disparition d’une jeune femme recherchée en campagne. Un policier fait donc le déplacement jusqu’à Tokyo pour venir en aide à la police locale. Mais devant l’incapacité des policiers, l’homme décide de faire cavalier seul et de partir enquêter de son côté. Il comprend assez vite que cette histoire de disparition et de meurtre est connectée à une jeune star en devenir.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Décontracté, Dirty Doberman ne s’inquiète jamais, il se sait confiant et parvient à se sortir des pires situations, parfois à l’aide d’un coup de poing bien placé, parfois grâce au hasard d’un magnum 44, quoiqu’il en soit il trouve toujours une solution des plus violents. L’homme ne fait pas dans la finesse malgré son flair précis. Kinji Fukasaku garde ici le contraste fraîchement évoqué dans son Hokoriku Proxy War entre les campagnes et villes tout en se replaçant dans l’univers du monde policier. Des paysages enneigés, il revient dans une zone urbaine, inversant ainsi le schéma de ce précédent film. La ville est découverte à travers le regard surpris du détective Doberman qui se retrouve dans un environnement malsain à tous les niveaux. Le réalisateur nous montre un endroit proche de l’Enfer avec police désorganisée, jeunesse perdue entre rêves et sombre réalité mais aussi l’envers de la célébrité. Fukasaku filme l’individualisme qui règne au sein de cette ville, flics comme yakuzas se retrouvent livrés à eux-mêmes, l’image du groupe est désormais explosée.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Pour notre Dirty Doberman, à Tokyo rien ne semble marcher correctement, les gens paraissent tous se comporter d’une façon complètement loufoque et sans logique, ils vivent tous dans une réalité omniprésente en acceptant des valeurs étouffantes les enfermant dans leur nombrilisme. En tant que campagnard, il ne se fait pas particulièrement bien accueillir par ses collègues de la ville qui lui reprochent d’entrée sa tenue de laisser aller, indigne d’une image idéalisée de la police. De même, ils n’écoutent pas vraiment ce qu’il peut avoir à dire, ils le relèguent au rang de figurant en osant se plaindre de cette situation, d’ailleurs le commissaire le considère clairement comme un incapable. Et quand il parle, exprimant sa vision, il doit faire face aux moqueries des citadins prisonniers de leur sentiment d’êtres supérieurs connaissant tout sur tout. Cette Police prône une rigueur et une écoute des problèmes du citoyen alors qu’elle en est totalement incapable, elle n’est là que pour punir et non pour faire appliquer une éventuelle Justice.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Peu importe qu’elle se trompe de cible, dès qu’elle tient un suspect elle en profite pour le malmener, le pousser à bout afin qu’il fasse la première erreur et puisse servir de défouloir. Comprenant cette situation dramatique d’une police parfaitement incapable d’éclaircir cette affaire, le détective Doberman part dans son coin, décidant d’avancer à sa vitesse, avec ses manières, pour un seul objectif trouver la finalité de l’affaire. Seul, il peut être certain qu’on ne viendra pas en permanence l’insulter de campagnard ou le prendre pour un imbécile. Ainsi en se désolidarisant de la police, il marque une certaine rupture avec cet univers hypocrite et incompétent, appliquant sa justice.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

En solo, l’homme va faire pas mal de rencontres. À commencer par cette strip-teaseuse qui va lui faire l’amour directement sur scène pour le bonheur des quelques intéressés présents dans la salle. C’est vrai qu’il n’est pas vraiment courant de voir un inconnu, un flic en plus, se faire embarquer dans une aventure pareille demandant en général un peu d’intimité. Qu’importe, il se laisse faire et n’exprime aucun dégoût à l’égard du milieu de la prostitution, au contraire il remarquera qu’il y a fait ses plus belles rencontres, des gens honnêtes sur lesquels on peut compter. À côté de cela, il va faire la connaissance d’un jeune motard rebelle surnommé John le mytho, par rapport à sa tendance à raconter des histoires invraisemblables qui vont un peu rêver, proposant une alternative à cette réalité morne où finalement rien de palpitant ne se passe. Au milieu du film, il n’y a que cette bande de motards rebelles pour représenter un groupe uni, non pas par intérêts financières mais principalement par amitié réciproque. C’est l’exemple d’un groupe solidaire reposant sur des sentiments sincères, en fait l’inverse de ce que peut représenter un univers comme la Police ou celui des Yakuzas où tout repose sur des manigances, manipulations et le mensonge.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Ce Dirty Doberman préfère de loin fréquenter des gens honnêtes quant à leurs sentiments plutôt que d’errer avec de la pourriture. Fukasaku renverse de cette façon les images et apparences habituelles de la ville, il retourne les préjugés contre eux en proposant une vision d’individus honnêtes là où normalement il serait normal de trouver tous les misérables et voyous de la ville. Dans cette logique, les mécréants se terrent dans les hautes sphères de la société, néanmoins le film n’aborde pas le monde politique ou celui des affaires, il se limite au domaine du divertissement. En particulier, une émission de télé qui chaque année permet à un chanteur ou une chanteuse de devenir une star nationale.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Cette émission apparaît comme une fabrique à rêves pour un public toujours présent et qui va suivre tout au long du show la progression des aventures de son candidat préféré. Pour les candidats, c’est la porte d’ouverture à leurs rêves les plus fous, devenir célèbres et riches. Fukasaku ne fait ici que continuer à creuser son thème des apparences en s’attaquant à une de ces idoles éphémères crées de toutes pièces par les médias. Le hasard veut que la jeune femme choisie soit indirectement liée aux affaires de meurtres et de cette fameuse disparition. Mais en tout cas, ce que l’on apprendra sur elle renforce très bien l’idée d’une pure création artificielle. Puisqu’en effet, la jeune femme s’est faite refaire complètement le visage pour pallier à son ancienne apparence de cadavre ambulant, marquée par la drogue et le désespoir. Derrière cette jeune femme tourmentée, on retrouve un yakuza qui a délaissé le milieu et le système de clan pour se lancer dans son propre projet sans oublier les manigances habituelles de ces hommes d’honneur. Sans la meute, il n’en reste pas moins un fin homme d’affaire sachant monnayer sa création pour qu’elle lui rapporte à long terme. L’unique yakuza de l’histoire n’est donc rien de plus qu’un apprenti docteur Frankenstein s’amusant à dompter le nouveau marché du divertissement, c’est la réussite de l’égoïsme.

Doberman Cop - 1977 - Kinji Fukasaku

Avec ce Dirty Doberman, Fukasaku fait dans l’ambiance cool et délirante, rythmée par une musique pop, en totale adéquation avec ce personnage de flic campagnard ne cherchant pas à faire dans la finesse. Il profite de Sonny Chiba pour réaliser quelques scènes de bastons déjantées où les hommes n’arrêtent pas de voler un peu partout dans le décor, à cause des coups tout en folie d’un détective un peu trop énervé. Et quand ce n’est pas une scène physique, Fukasaku s’essaye à la fusillade en exploitant le fameux magnum 44 pour trouer la peau, et même exploser la tête, des adversaires. L’homme est fidèle à son style réaliste en optant toujours pour une caméra à l’épaule, peu importe le contenu de la scène, il insuffle au film une dynamique visuelle délirante. Le cool Fukasaku réalise ici un essai mineur qui au-delà de la critique du monde du divertissement, nous montre l’état chaotique d’une zone urbaine où l’individualisme vient à bout des principaux groupes, donnant la possibilité à chacun d’explorer en solitaire ses intérêts, loin des impératifs de clans. Yakuzas et Policiers deviennent des sphères inutiles à l’homme.

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Posted on 21 April 2007
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In Cinéma Japonais
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