Japan’s Longest Day – 1967 – Kihachi Okamoto

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Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Le 15 Août 1945, l’Empire Japonais se rend sans conditions aux Alliés. Plus qu’une journée de transition entre l’état de guerre et de paix, ce jour marque définitivement la fin des valeurs impériales, les mêmes qui régissaient le pays depuis plusieurs siècles. Le symbole de cette transition c’est la perte du statut de divinité terrestre d’un empereur qui va se montrer aux yeux de la population. Alors que cette journée est capitale, car tournant une page historique, Okamoto l’aborde sous un angle satirique, ridiculisant le long et très sérieux protocole de capitulation et ses détails formels les plus absurdes.

Les dernières 24 heures précédant l’allocution à la radio de l’empereur annonçant la reddition du Japon sans conditions.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Cette journée débute et se termine sur les mots de l’empereur. La seule chose qui ne va pas changer entre temps, c’est les marques de respect envers les supérieurs et l’empereur. Même si c’est un jour de transition important, Okamoto conserve la rigueur des rapports entre les individus. La hiérarchie domine la mise en scène, on retrouve toujours un chef opposé à un groupe d’hommes attentifs, marquant leur respect par un salut quelconque. À tous les niveaux, la formalité demeure malgré l’état de crise. Les ministres n’y échappent pas non plus, s’ils sont bien égaux autour de la table ronde du conseil, ils doivent aussi se plier à cette règle devant ce qui représente l’empereur. Toute cette lourdeur dans les rapports est en total décalage avec la réalité, cela révèle l’absurdité des esprits.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Okamoto utilise le moindre détail pour faire apparaître le ridicule de la formalité, à commencer par les pleurs et visages désespérés de certains ministres perdant soudainement leur dignité. À croire que les responsables étaient des pauvres enfants gâtés. Autrement, il y a ces militaires qui se sentent obligés de crier comme des animaux à chaque fois qu’ils parlent ou donnent un ordre. Alors quand il y en a plusieurs dans la même pièce, le dialogue tourne à un concours de celui qui parlera le plus fort. Sans compter l’extrême chaleur de cette mi-août qui fait transpirer tout le monde, on peut voir la sueur s’emparer de tous les visages renforçant aussi bien la pression de la décision à venir que le ridicule de ces hommes arrogants. La transpiration représente le doute et l’incertitude, or est-ce qu’un dignitaire est censé perdre ses moyens ? Non, pas au Japon, c’est une question de fierté. Pourtant, encore une fois la réalité est en désaccord.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Si la journée est aussi longue, c’est en partie parce que les ministres vont mettre plusieurs heures à se mettre d’accord sur les modifications à apporter à la déclaration de l’empereur. Comment ça, l’empereur ? Il a beau incarné une divinité, il n’est pas libre de ses paroles et doit s’en remettre à ses ministres. Okamoto nous fait découvrir l’intérieur du pouvoir et son fonctionnement, il nous montre que le rapport entres ces deux sphères décisionnelles peut donner lieu à une possible longue partie de tennis où les deux côtés doivent parvenir à s’accorder, la formalité oblige. La déclaration entre les mains, chaque ministre doit vérifier que tout lui convient et apporter ses modifications. Le problème c’est qu’ils sont une quinzaine ! Le second problème c’est qu’un seul ministre peut bloquer tout le processus. Et c’est ce qui se passe en cette journée de crise, autour d’une seule phrase à nuancer par fierté ! Parce que cette phrase concerne la raison de la défaite. Au lieu d’admettre clairement la débâcle, il sera finalement dit que la situation n’était pas en faveur d’une victoire.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

À l’annonce de la reddition, des gradés vont tout faire pour éviter que le discours de l’empereur soit diffusé. Ils représentent ces hommes totalement aveuglés par la valeur du sacrifice, ils voient cette situation comme la honte suprême pour tout le peuple japonais. Pensant être les derniers porteurs de l’honneur de la nation, ils se lancent dans un plan complètement fou visant à encercler la demeure impériale afin de neutraliser l’empereur dans ses rapports avec le monde extérieur. L’importance de la hiérarchie est largement remise en cause, pour eux, les politiciens sont des traîtres qui manipulent un empereur fatigué. Ce sont des ennemis à combattre et à éliminer pour le bien de tous. Avec ces militaires, Okamoto montre un groupe de rebelles aliénés par les valeurs impériales, qui désire défendre la tradition face à n’importe quels genres de réformes. Ils n’ont pas conscience du bilan de la guerre, et pensent pouvoir se battre jusqu’à la victoire.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Cette inconscience de la réalité permet au réalisateur de compléter sa fresque du ridicule. On verra un gradé tellement pressé d’aller convaincre des unités clés qu’il opte pour un vélo, là où normalement, une voiture est mise à la disposition. L’homme est sur son vélo, il souffre et transpire comme un porc pour monter des côtés, juste pour le bien de la nation. De même lorsqu’un gradé donne des ordres à des soldats, Okamoto se permet d’insérer des gros plans sur leurs sandalettes pourries, loin d’un quelconque prestige ou honneur. Il y aussi le spectacle des derniers kamikazes, allant mourir à l’heure même où l’empereur enregistre sa déclaration. La foule est en délire et hurle des chants patriotiques, les enfants participent à la fête, les kamikazes partent heureux et rassurés. Toute cette bulle utopique est ridiculisée par le montage en parallèle avec l’enregistrement du discours impérial.

Japan's Longest Day - 1967 - Kihachi Okamoto

Pour cette journée historique, Okamoto se dégage subtilement d’un regard solennel et sérieux pour faire éclater l’absurdité générale où tous les niveaux, les groupes, sont ridiculisés par leur ton formel en dehors des réalités. En fait, le réalisateur inverse le problème du conflit, l’ennemi n’est pas tout autour du Japon, il est au cœur de la nation. Le plus grand danger, c’est l’armée qui tombe dans la folie et l’inconscience, ces hommes qui craignent le changement, le refusent. Okamoto décrédibilise l’action de ces révoltés, il les fait s’attaquer directement au symbole même qu’ils respectent, l’empereur ! On les voit saccager la demeure pour retrouver simplement un vinyle, dont ils passeront bêtement à côté. On voit l’artillerie lourde canarder le conseil des ministres, mais incapable d’arriver à ouvrir une porte… Jusque dans leur comportement, tout est ridicule et grotesque. La fresque historique, si fièrement annoncée pour les 35 ans du studio avec son casting trois étoiles, est détournée du côté de la satire où la réalité des combats n’apparait que très brièvement via des images d’archives.

***Bande Annonce

Infos

- L’Empereur et le Général (Nihon no ichiban nagai hi, 日本のいちばん長い日).
- Avec Toshiro Mifune, So Yamamura, Takashi Shimura… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z1 STA (Animeigo)


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