Being Two Isn’t Easy - 1962 - Kon Ichikawa

Regain d’espoir et d’optimisme chez Ichikawa pour cette chronique sur la découverte du monde vue à travers les yeux d’un enfant de deux ans. Sur un ton comique, le film présente les difficultés que vont rencontrer les parents pour élever leur premier enfant, devant faire face à tous les problèmes quotidiens comme les maladies, les nuits blanches… Le tout, avec les commentaires naïfs de l’enfant, en décalage avec le sérieux et les interrogations des parents.

La difficulté de l’après-guerre est déjà loin derrière, la société japonaise offre désormais un cadre optimiste aux couples désirant fonder une famille. Mais l’arrivée d’un nouveau né bouleverse radicalement la vie du couple, se retrouvant dans une situation nouvelle qu’il faut parvenir à gérer. C’est la vie d’un enfant qui est en jeu.

Tandis que le père travaille dans un bureau, la mère reste au foyer pour s’occuper de l’enfant, chacun d’eux devant faire face à des ennuis quotidiens. Au début, maladroite, la femme apprend à calmer son inquiétude malgré l’énergie surprenante de son fils, s’amusant à découvrir tout ce qui l’entoure. Bien sûr, sans prendre conscience du danger. Alors il sort de l’appartement pour gravir les escaliers ou arrive à ouvrir son petit enclos, tout sourire, il attise la peur de ses pauvres parents.

Quand ce n’est pas les dangers de l’environnement, c’est les maladies qui chamboulent les parents, imaginant instinctivement que le pire est arrivé. Mais non, ce n’est rien de grave, une piqûre et c’est déjà réglé ! Heureusement, la mère fait de bonnes rencontres lors de cette expérience initiatique, des docteurs efficaces et rassurants, une voisine dévouée qui donne des conseils judicieux. Elle prend peu à peu confiance en son statut de mère, oubliant les doutes qu’elle avait osé avoir.

Le mari passe pratiquement à côté de tous ces ennuis, il montre une certaine distance et relativise beaucoup quant à l’état de l’enfant, étant plus préoccupé par son travail. Cela ne l’empêche pas de constater toutes les difficultés du rôle de père, fatigué rien qu’à voir ce que la mère doit faire quotidiennement.

Cette situation va évoluer lorsque le couple va emménager chez la grand-mère paternelle. La vieille femme profite de son temps pour s’occuper et prendre soin, peut-être trop, de l’enfant. Et cela, au détriment de l’avis d’une mère qui craint de voir son autorité se réduire à néant. La grand-mère s’impose dans l’éducation, elle n’hésitera pas à contredire en douceur, la façon de faire de la mère. Cela entraîne une situation délicate où la vieille femme est considérée comme un poids, avant d’être finalement admise pour sa sagesse. Elle ne cherche pas à ridiculiser la mère, juste à apporter grossièrement tout son amour à l’enfant.

En mettant en parallèle les pensées des parents et de l’enfant, Ichikawa met en valeur les différences de la découverte d’une même situation. Apportant une bonne dose d’humour, cela permet aussi de filmer l’ensemble des responsabilités que portent sur leurs épaules les parents envers l’enfant, inconscient et naïf. En fait, c’est un dévouement souvent ignoré dans la société, tout ce temps passé à prendre soin d’un enfant n’existe pas. C’est explicite lorsque la grand-mère lit les journaux et qu’elle voit qu’un jeune motard est mort dans un accident, l’article souligne la mort sans s’intéresser au reste de la vie.

Par cette chronique, Ichikawa s’intéresse une nouvelle fois à une réalité oubliée, ici celle du devoir parentale dans son quotidien. Sous un angle comique, Ichikawa dresse une liste des difficultés rencontrées pour élever un enfant dans cette société rassurée, il se place au plus près de sympathiques parents traversant cette épreuve. Avec un optimisme venant modérer la critique éventuelle portée à cette société baignant pourtant dans la naïveté et l’oubli total du passé. Ichikawa se tourne vers le futur, le présent est assez difficile sans avoir à retourner éternellement les horreurs passées.
Publié dans Cinéma Japonais

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