Hommage à Akira Ifukube (1914 - 2006)
Qu’est ce que Godzilla ? Un monstre géant enfanté par la folie atomique et imaginé d’après un fait divers survenu en 1954 (le Lucky Dragon). Que fait Godzilla ? Il détruit tout sur son passage, écrasant Tokyo et ses habitants avec facilité. Chaque pas du monstre fait trembler la terre tandis que son cri finit de faire ressortir la peur humaine. En gros, il représente l’image de l’horreur atomique frappant sans cesse des japonais faibles et apeurés. Maintenant, imaginons la même chose mais avec un monstre totalement silencieux, qu’il marche, grogne ou écrase, il n’emet absolument aucun son. Il ne reste alors de lui que l’image d’une bête géante et un peu bizarre. Pour remedier à ce problème de crédibilité sonore, il y a Akira Ifukube.
Il est l’un des pères du monstre, c’est lui qui par hasard va trouver le son des pas en écrasant une boite à son, ou encore trouver le parfait rugissement en faisant glisser un gant sur la corde grave d’une contrebasse (alors qu’à l’origine les techniciens avaient longuement essayé d’enregistrer des bruits d’animaux divers… sans succès). À ces trouvailles clés, il va aussi s’occuper des compositions du film, offrir à Godzilla une empreinte sonore imposante, refletant à merveille le caractère destructeur du monstre. Son travail plaît tellement qu’il va être amené tout au long de sa carrière à s’occuper de Godzilla, créant ainsi ses compositions les plus connues. L’ombre du lézard géant a néanmoins tendance à masquer une gigantesque partie du travail de Akira Ifukube, soit ses participations à plus de 250 films !
Le compositeur puise son inspiration dans les partitions de son peuple, les Aïnous (vivant au Nord du Japon), chez lesquels la liberté de création et d’improvisation occupent une place importante. Et fidèle à ses origines, l’homme n’essaye pas de donner à ses compositions un son trop européen. Au contraire, il parvient à traduire le caractère d’un film ou d’un personnage à travers ses compositions, rendant souvent grâce à ces icônes. Il ne compose pas une musique d’ambiance, il traduit simplement ce que le personnage représente via un enchainement de notes. Si son style peut paraitre imposant et extremement rythmé, découpé, il sait aussi avoir une approche plus douce et parfois même assez mélancolique, très loin d’un Godzilla fort et destructeur. Deux mythes s’inscrivent dans cette idée là : Zatoichi et Nemuri Kyoshiro.
Pour le premier, il suffit d’écouter sa composition du 25ème épisode pour comprendre et ressentir exactement ce qu’est le personnage de Zatoichi. Il y a d’abord ses graves sonorités frappant aussi durement que des coups de lame puis ensuite apparait cette petite amertume représentant l’impuissance d’un homme à pouvoir s’intégrer au sein de la communautée humaine. Jamais le mythe Zatoichi n’aura été aussi bien aborder et dévoiler qu’à travers cette somptueuse partition, Akira Ifukube parvient à un résultat que certains réalisateurs de cette série n’ont jamais pu imaginer rien qu’effleurer. D’ailleurs, quelle dommage de voir cette composition bêtement sous-exploitée… mais Akira Ifukube semble habitué.
Au niveau du second mythe, c’est bel et bien le compositeur qui va lui donner une véritable existence, au point que son theme musical deviendra plus ou moins celui de la série Nemuri Kyoshiro, une série qui a dû attendre 4 épisodes pour trouver enfin une base solide en la personne de Akira Ifukube. Une nouvelle fois, il rend compte via son travail de l’ambiguité de ce personnage bâtard, cynique et mysogine, fruit d’une union illégitime entre un missionaire portugais et une jeune japonaise. Et une nouvelle fois, il est l’un des rares à s’être montré capable de capter l’essence d’une icône. Entre ces deux séries, on pourra trouver quelques correspondances sonores, des compositions qui seront adaptées pour s’appliquer proprement sur l’un des deux mythes. Une ballade au ton picaresque chez Zatoichi deviendra un summum de cynisme chez Nemuri Kyoshiro. L’adaptation garde sa cohérence et sa force.
Mais une partie du travail de Akira Ifukube reste encore à être redécouvert devant le nombre important de ses collaborations devenues difficilement trouvables et qui commencent seulement à nous arriver au compte-gouttes.
J’ai fait une petite compilation de certains morceaux d’Akira Ifukube histoire de donner une idée de ce qui est mentionné dans l’article, certains proviennent d’éditions étrangères apparemment épuisées (Nemuri Kyoshiro/Zatoichi/Godzilla) et d’autres sont extraits directement des films, voici le tracklisting :
1 - Godzilla - Theme
2 - Godzilla - March for Band
3 - Zatoichi - Main Title
4 - Zatoichi - Ichi And Omiyo - Encounter
5 - Zatoichi - Ichi And Omiyo - Farewell
6 - Zatoichi - Slaughter At Kasama
7 - Zatoichi - The Last Of Shinbei
8 - Zatoichi - The Wounded People - Shinbei’s Intrigue
9 - Zatoichi - Ending
10 - Miyamoto Musashi - Opening
11 - Miyamoto Musashi - Ending
12 - Miyamoto Musashi 2 - Opening
13 - Miyamoto Musashi 2 - Ending
14 - Miyamoto Musashi 3 - Opening
15 - Nemuri Kyoshiro - Kyoshiro and Ohisa
16 - Nemuri Kyoshiro - Gusty Gang No. 17
17 - Nemuri Kyoshiro - Princess Kiku and Tenba
18 - Nemuri Kyoshiro - Princess Kiku’s Mansion
19 - Nemuri Kyoshiro - Ending
20 - The Burmese Harp - Opening
21 - The Last Woman Of Shang - Opening
22 - Thirteen Assassins - Opening
23 - Whirlwind - Opening
Bonne découverte !
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