The Yakuza Papers Vol.#2 : Deadly Fight in Hiroshima - 1973 - Kinji Fukasaku

The Yakuza Papers, Vol. #2 : Deadly Fight in Hiroshima - 1973 - Kinji Fukasaku

Pour ce second épisode de la série Jingi, Fukasaku peut étoffer son regard démystificateur du monde des yakuzas et nous proposer quelques nouveaux personnages et caractères, baignant toujours dans un bordel moral et les luttes de clans. L’histoire est dans la continuité de l’opus précédent, en tant que série, le film vient la compléter en se tournant vers d’autres horizons comme la ville de Hiroshima. On retrouve bien sûr le chef Yamamori et Hirono qui appartiennent définitivement à ce milieu, on prend connaissance avec leurs relations et autres contacts.

Cependant ces hommes n’occuperont pas la majorité du temps du film, on ne fait que de les croiser et de comprendre le milieu des yakuzas qui se révèlent être un véritable tissu de relations et de réputation, dépassant largement le cadre d’un seul clan et d’une ville. De même, le récit se focalise essentiellement sur le conflit entre une jeunesse née du chaos d’après-guerre et des adultes cherchant la prospérité, le côté économique et corruption n’est que très rapidement abordé, les chefs ne sont pas tout à fait montrés comme des hommes d’affaire gérant des entreprises comme cela avait pu être le cas dans le premier épisode. Fukasaku s’attache ici davantage à travailler l’appréhension du code d’honneur chez les yakuzas, et à regarder comment ces individus parviennent à survivre entre le code, la violence et leurs intérêts.

The Yakuza Papers, Vol. #2 : Deadly Fight in Hiroshima - 1973 - Kinji Fukasaku

Après Hirono, nous découvrons le jeune Yamanaka qui après être sorti de prison va se faire son trou dans le clan de Muraoka, un puissant chef d’Hiroshima. L’autorité de ce dernier commence à se faire contester par un jeune fougueux ambitieux du nom de Katsutoshi qui à défaut de suivre un code, va se battre tel un chien enragé. Lutte de clans, mensonges et trahison vont venir rythmer le film, tout comme un amour inattendu entre Yamanaka et la nièce de son chef.

L’ombre d’un changement

Même histoire, même réalité, même vécu mais mentalités presque différente. Dans ce Hiroshima, point zéro de l’apocalypse, toute la jeunesse ne s’est pas repliée vers la violence brute, certains osent se laisser séduire et croire en des valeurs telle que l’honneur ou encore le respect et la solidarité. Yamanaka est de ce genre, un jeune homme un peu timide et renfermé mais honnête. Quand il arrive à rentrer par le plus grande des hasards dans un clan, il se soumet volontiers aux ordres de son chef et aux impératifs du clan, il est clairement prêt à se sacrifier pour ces idées qui semblent être très loin du temps de la loi du plus fort d’un chaos passé. D’ailleurs, le chef n’hésite pas à le saluer en lui offrant sa magnifique montre suisse de luxe. Mais le problème habituel réapparaît à un moment ou un autre, l’idéaliste se fait manipuler par de viles crapules qui réussissent à l’amadouer pour mieux s’en servir. L’homme reste pourtant fidèle quoiqu’il arrive, et on peut s’attrister de voir un autre homme bafoué par un milieu pourri qui ignore volontiers ces fameuses règles. Yamanaka se distingue des autres fidèles du même genre principalement parce qu’il ne va pas chercher à nier l’amour qu’il porte à une femme, même si dans un premier temps il se détourne d’elle en raison du clan et de ses obligations, on voit bien qu’au fond il est amoureux d’elle, prêt à tout tenter pour la rejoindre, même les actes les plus fous.

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Le vagabond d’Hiroshima

D’un amour empêché par les mensonges du clan et d’un code d’honneur oublié, Yamanaka devient un monstre incernable totalement malade. Ce n’est pas l’image habituelle du chien enragé, celui-là contient toutes ses émotions et sa folie à l’intérieur en les relâchant de temps à autre. Concrètement, on peut parler d’un homme malade limite dépressif, une autre figure engendrée par le chaos, détruite par l’incompatibilité de son idéal avec cette réalité bâtarde. On pourra remarquer que ce personnage a des allures d’un vagabond de Tokyo, quand il doit tuer, il a une manière particulière de tenir son arme, il l’attrape avec ses deux mains et la met loin devant lui, prenant tout son temps pour adapter la visée. Et une fois, la mort prononcée, il s’en va en sifflant comme si de rien n’était. Tout comme son influence clairement apparente, Yamanaka est un personnage nihiliste auquel Fukasaku lui tend la possibilité du vagabond suzukien, celle de suivre sa propre voie, de persévérer dans son idéalisme en marge de la réalité. Le réalisateur pousse la référence jusqu’à aller faire jouer l’air de ce film au détour d’un bar, d’une discussion entre Hirono et Yamanaka superbement filmée de profile, avec des visages éclairés par une lumière chaude, mélange de rouge et de jaune, sans abstraction et plein d’humanité.

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Le chien enragé d’Hiroshima

Face à lui, il y a un autre enfant de cette période, Katsutoshi incarné par Sonny Chiba portant son fameux chapeau funky délirant. Il est son opposé complet. L’homme est un fou furieux qui tabasse sur tout ce qu’il peut, il fait preuve d’un manque d’émotion et de pitié à l’égard des autres. Outre sa brutalité, on peut noter son caractère téméraire affolant, presque naïf vu ce qu’il est capable de faire. Sur un coup de tête, et un peu énervé, il se lance dans un raid chez le clan adversaire avec seulement quelques hommes et pas mal d’armes à feu. Le voilà parti pour exploser les hommes ennemis, tirant dans le tas et avançant comme s’il était protégé par une puissance surhumaine. L’homme n’abdique pas, il est l’image parfaite du chien enragé qui a compris que pour survivre et s’imposer dans cette société, il ne devait pas se reposer sur un quelconque code d’honneur ou des formalités, mais mettre à profit sa force et son courage.

Evidemment, il est toujours incroyable de voir un homme venir briser la platitude et la lâcheté des autres yakuzas. La violence ne lui fait pas peur, il en est un pur produit, animé par une furie indescriptible. Ce que l’homme ne peut avoir, le chien enragé l’arrache et se l’approprie dans un acte fou. C’est pourquoi il se laisse porter par ses instincts pour espérer contrôler un jour tout Hiroshima, défaire le clan adversaire. Quelque part il représente à sa façon cet éclat atomique emportant tout avec lui, sauf qu’un homme quel qu’il soit se retrouve un jour ou l’autre confronté à la Justice de son pays.

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Les chefs d’entreprises

À côté de ces deux personnalités totalement opposées, l’une commune, l’autre plus moderne, il y a le fameux clan régnant sur Hiroshima. Pour décrire cette organisation, Fukasaku ne délivre pas un regard ironique et moqueur en détournant les hommes de leurs fonctions, on ne verra pas un chef venir pleurnicher dans les bottes d’un de ses hommes de main. Ici, les chefs sont dignes, ils ne se rabaissent pas à ce genre de comportement. En fait, c’est beaucoup plus subtil et pervers, car les chefs savent jouer avec les traditions et les utiliser à bon escient. Si le clan se retrouve dans une situation dramatique, oppressé par un homme dérangeant, il suffit d’influencer le bon élément du clan en l’amenant à croire via une tactique misérable, qu’il peut prouver son utilité en allant dessouder la cible. Ainsi, il n’y a pas de rapport direct avec les chefs du clan, ces derniers ne se sont pas salis les mains et ont fait jouer la naïveté d’un individu à croire qu’il y gagnerait vraiment en réputation et en importance. Pour ce cas, la voix-off nous parlera bien d’une réputation, mais concrètement nous n’en verront rien, chez les autres il n’y aura pas de surprise à reconnaître le fameux tueur d’untel. C’est l’anonymat le plus généralisé qu’il soit.

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Le pouvoir suprême : ses limites

Quand la situation sera inversée, c’est-à-dire que le larbin se fera attraper pour la case prison, il y aura tout autant de monde pour venir le voir. L’homme se retrouve seul avec son idéalisme pendant que les chefs nagent dans le bonheur du pouvoir et de l’argent. Avec cet oubli volontaire d’une certaine reconnaissance, il y a bien pire, le mensonge vient rythmer les journées des chefs. De nombreuses promesses seront, dans la minute suivante, écrasées par un souhait tout autre, c’est le cas pour la liaison entre Yamanaka et la nièce du chef. D’ailleurs, le chef ne semble pas connaître la honte, il rejette sa nièce, la veuve d’un kamikaze sacrifié pour la grande cause nationale, sous le seul prétexte qu’elle est tombée amoureuse d’un homme sincère et honnête, mais va se depecher de la retrouver dès qu’elle pourrait lui être utile. La femme n’est pas le seul pion à subir la volonté impériale du chef, Yamanaka devient un individu à ridiculiser, pour preuve on lui confiera des tâches abominables tel que d’aller nettoyer les toilettes au lieu d’apprécier comme les autres membres la vie du clan. Ingratitude et mépris pour un homme censé revêtir le rôle d’exemple pour tous.

Corruption au sein de la Police

Dans cette histoire, l’une des innovations, c’est de donner un peu d’importance à la Police au point d’en faire pratiquement une troisième organisation au milieu des yakuzas. La représentation de la justice n’est tout de même pas parfaitement rose, ce n’est pas une police stricte et ferme ne faisant qu’appliquer inlassablement les lois. Au contraire, certains chefs de police n’hésitent pas à se rendre en visite de courtoisie auprès des parrains locaux et de venir plus ou moins mendier une assistance. La justice n’est donc plus simplement symbolisée par les prisons, établissements froids sans aucune once d’humanité, mais par des hommes qui viennent enfin courir aux basques des faux criminels, les victimes manipulées par les véritables ordures qui elles, peuvent couler des jours tranquilles. D’ailleurs on verra à plusieurs reprises des arrestations, via les mêmes freeze frames qui venaient stopper la mort d’un homme pour nous donner quelques informations. Tout aussi définitive qu’une balle est la justice qui corrompue se trompe volontairement de cible.

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Hiroshima en fusion

Au niveau de la réalisation, on peut oublier l’ambiance terne et brute d’autrefois pour admirer un monde coloré qui ne rechigne devant aucune fantaisie apportant un peu de chaleur à l’ensemble. C’est peut-être l’effet Hiroshima comme si la ville était toujours en fusion, revivant quotidiennement son horreur. Alors les hommes se laissent illuminer par les éclairages des enseignes de la rue, même sous une pluie battante, il y a toujours une teinte rouge pour venir épouser le visage de ces hommes. Même en intérieur, nous retrouvons les bars fous et délirants recrachant littéralement une explosion de couleur. Pourtant, il n’y a pas qu’une affaire de lumière, Fukasaku, grand admirateur de ses personnages qu’il soigne toujours avec autant de classe, exploite les teintes des visages extenués des hommes venant tout juste de se battre ou de se faire humilier.

Des animaux sans honneur

Sur le visage des hommes, le mélange de poussière et de sang les rapproche physiquement à des bêtes enragées devant lutter en pleine rue pour survivre. Certains portent des lunettes colorées pour tenter de masquer leur primitivité, d’autres l’affirment à la vue de tous. Le réalisateur va aussi jouer sur les symboles et les situations pour faire ressortir une idée précise, ainsi il ne faudra pas s’étonner de voir des chiens enragés manger de la viande d’un chien errant fraîchement abattu ou encore voir une cérémonie funéraire se transformer en salle de jeu accueillant des hommes qui une fois passés l’entrée et l’autel du mort délaissent l’hypocrite respect pour mieux se goinfrer de jeux et de prostituées, sans honte, l’exhibition du ridicule ne tue pas. À croire que le code d’honneur ne réussi plus aux vagabonds idéalistes, gravement tourmenté par l’impossibilité de se trouver une place dans une société pareille, la prison ou le suicide restent les uniques barrières d’un hypothétique paradis.

***Bande Annonce

Infos

- Deadly Fight in Hiroshima (Jingi naki tatakai: Hiroshima shito hen, 仁義なき戦い 広島死闘編)
- Avec Bunta Sugawara, Sonny Chiba, Meiko Kaji… (IMDb)
- Disponibilité : DVD Z1 STA (Homevision)

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Publié le 13 octobre 2006
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Publié dans Cinéma Japonais
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