Detective Bureau 2-3 : Go To Hell Bastards - 1963 - Seijun Suzuki

Detective Bureau 2-3 : Go to Hell Bastards - 1963 - Seijun Suzuki

D’une ambiance délirante un brin sérieuse, Suzuki va décider de totalement se relâcher, décomplexant son récit, il explore une cool attitude ambiante et géniale. Avant il nous livrait la folie visuelle de ces folles années 60, suffisamment colorées et rythmées par des musiques endiablées faisant littéralement swinguer les images. Désormais il passe le cap et enfonce sans complexe tout son film dans cette ambiance des années 60, il ne se prive pas pour concrétiser l’état de cette époque et traduire le côté naïf qui pouvait y régner.

Légendes Hollywoodiennes

De la musique aux personnages, en passant par les rebondissements, tout est incroyablement cool et complètement relâché donnant ainsi une impression de simplicité ambiante. En fait, Suzuki parvient à capturer la culture pop japonaise de ces années-là dans toute sa splendeur, rien ne lui échappe, ni un héros cool, ni des méchants vraiment méchants, ni de magnifiques femmes et encore moins les clichés importés d’Amérique, cinématographiques ou musicaux. Via ce propos naïf, il en profite aussi pour revisiter le monde des yakuzas, réduit ici à une troupe d’hommes enfants imitant les grands gangsters d’un Hollywood lointain, ceux d’une furieuse époque des films noirs en tout genre. Suzuki s’affine sans perdre en pertinence ou en délire.

Un jeune yakuza, témoin principal dans une affaire de trafic, est relâché. Mais pour sa sortie tout le milieu s’est réuni pour espérer le trouer. Un détective vient demander au commissaire s’il peut profiter de la sortie du témoin pour infiltrer son gang. Une fois l’accord obtenu, le détective se fait remarquer par le témoin en lui sauvant sa vie lors de sa sortie, lui donnant l’accès directement au repère du clan, il lui reste à convaincre pour être accepté.

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Choc des cultures

Une fusillade entre clans rivaux, un camion de transport Pepsi plein servant de mitrailleuse mouvante, des morts, des voitures qui explosent et brûlent utilisées comme fond du générique d’ouverture. On peut être rassuré par ce début qui assoit clairement le film comme un cocktail détonnant savoureux. Difficile de penser autrement en voyant ces voitures en flammes et ces pauvres corps de yakuzas qui dans une dernière danse s’écroulent mollement sur le sol après avoir essayés tant bien que mal de tuer l’ennemi mobile, celui qui du haut du camion Pepsi s’amuse a déverser son flot infatigable de balles mortelles pour les hommes tout comme pour les véhicules. Voilà comment on montre la culture populaire “pepsier” enterrer des yakuzas qui pensaient suivre un affrontement dans les règles de la tradition.

La réalité fait face d’entrée de jeu, nous ne sommes plus dans un Japon fermé très ancré dans ses valeurs ancestrales, ici nous avons le mélange culturel d’après guerre d’influence majoritairement américaine ainsi que celui des hommes. Mais c’est aussi une manière efficace, concernant toujours les yakuzas, de les placer comme de pauvres mômes rêveurs s’essayant à retranscrire les grandes batailles entre gangsters ou cow-boys comme on a pu en voir dans des tas de films américains. Quoiqu’il en soit, le constat est le même, nous sommes bien en plein milieu des années 60, plongé au cœur de cette culture pop, colorée et folle à tous niveaux, brisant clairement la grisaille d’antan.

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Un détective cool & imprévisible

Il faut croire que cette époque est tellement particulière qu’elle est arrivée à enfanter des hommes incroyablement cool et relâchés, comme notre fameux détective interprété par un Joe Shishido brillant de bout en bout, insufflant grâce à son charisme une touche d’humour et de décalage non négligeable à ce film. Ce personnage se différence frontalement avec celui de la Jeunesse de la bête de par la multitude de ton qu’il est capable d’adopté, aidé il faut le dire par un rôle plus libre qui permet d’exploiter les différentes facettes de l’acteur. À la base, l’homme est un détective, soit concrètement un individu naviguant entre la loi officielle et les milieux peu recommandés, définition en tout cas applicable à de nombreux films noirs. Il décide de prendre en charge l’infiltration, prenant de court le commissaire qui se voit forcé d’accepter en raison d’un manque d’homme responsable et qualifié. En quoi ça consiste ?

Vive le cinéma !

Officialiser un jeu de cache-cache d’identité, devenir un criminel pour mieux servir la loi. Et forcément, ça devient une aubaine pour le réalisateur, lui permettant de jouer avec plaisir sur l’apparence de tueur que porte Shishido depuis le film précédent. Ainsi nous allons voir l’acteur s’essayé à différents rôles, de criminel à amant, il en profitera aussi pour pousser un brin la chansonnette avant de redevenir un héros. Tiens, bizarrement on peut repenser à l’imitation des yakuzas bouffons et des grands films américains, peut-être qu’il y a un rapprochement à faire de ce côté-là, sans doute que Suzuki se lance dans une sorte de mise en abîme sur ces hommes acteurs et cette culture américanisée. Shishido devient l’espace de quelques minutes un Gene Kelly, puis un jeune James Bond ou encore un Richard Widmark au ton moqueur à souhait.

Par ce jeu, Suzuki fait plus que de décomplexer l’ambiance générale de cette époque, il décomplexe tout simplement une part du cinéma japonais en faisant assimiler avec humour les références et rêves sans tomber dans la parodie bâtarde. Il n’y a plus rien à cacher, plus la peine d’avoir honte, Suzuki brise ce genre de tabous. À côté de ce jeu sympathique sur l’importance grandissante de l’image au sein de cette société, où les hommes endossent des rôles et rentrent dans des cases simplistes comme par exemple lors de la sortie du yakuza au début où tous les clans se sont affalés devant le commissariat donnant l’impression de voir tous les méchants venus bêtement régler leurs comptes devant un pur symbole de la Justice, manière d’enfoncer ces hommes dans un ridicule simpliste et irréel, c’est ça du cinéma.

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La vérité de l’image

Le réalisateur porte son regard sur les médias qui cherchent à couvrir les événements majeurs. L’information est le seul but à atteindre, car pour filmer une séquence exclusive, ces médias sont prêts presque à tout risquer, sauf leurs vies. Ainsi pour retransmettre ce qui s’annonce comme un massacre, soit la sortie du yakuza de prison, ces médias se réfugient dans un car pratiquement blindé. Ils n’agissent pas, ils sont les spectateurs d’une avant première, diffusée quelques secondes plus tard à la télévision. Suzuki souligne bien la nuance en alternant réalité directe et réalité retransmise dans le poste d’une femme, collègue de bureau de notre détective. La différence majeure entre les deux, c’est d’un côté la folie et la peur, de l’autre la curiosité paisiblement installée, autre manière efficace de rendre concret la mise en place d’un spectacle dans le spectacle, amenant pourtant deux réalités opposées. Ce résultat n’est pas seulement dans les sentiments véhiculées par l’image, mais aussi par la généralisation grossière des médias qui diffusent quand ils le peuvent une information tronquée, on pourra penser au final qui met de côté le rôle important joué par notre détective au profit du seul commissaire et de ses hommes.

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L’ambiance cool

En ce qui concerne cette culture pop, en dehors des considérations sur l’image, elle s’exprime d’abord par des couleurs affirmées, des éclairages rouges ou jaunes viendront illuminés une pièce pour lui donner un ton particulier, à la fois décalé et délirant comme si nous étions transportés dans une autre dimension. C’est dans ces moments que la folie visuelle de Suzuki s’affirme, néanmoins il ne peut jamais vraiment pousser l’expérience trop loin. Il se rabat principalement sur les spectacles de bar où il en fait des endroits totalement fou, aussi bien au niveau du décor que de l’ambiance apportée par la musique, rock, plus classique mais toujours cool. C’est une constante dans ce film, même quand il y a un ton bien nerveux, il garde un côté cool, c’est les années 60.

Detective Bureau 2-3 : Go to Hell Bastards - 1963 - Seijun Suzuki

Détournement d’identité

Le mot cool suffit presque à résumé parfaitement ce film, Suzuki affirme sans complexe l’image des années 60, habituellement réduites aux seules ambiances folles, il englobe ici toute cette société et cette culture pop faite d’images et de rêves dans lesquels les individus plongent sans se questionner. Du monde des yakuzas à la police, aux femmes et à notre détective, tous rentrent dans un cliché cinématographique, à croire que cette époque ne fait qu’engendrer des hommes images dénués plus ou moins d’une once de sentiments véridiques. C’est les rôles qui parlent pour les hommes et qui dictent ce qu’ils doivent faire ou penser, et non les individus qui parviennent à se sortir de ce schéma pop. Pour un film apparemment de commande, si Suzuki limite ses effets visuels, il n’en reste pas moins actif et critique, on sent naître sa découverte de l’absurdité comme moyen humoristique pour mettre en avant les débilités de chacun. Cette culture semble avoir définitivement détourné les hommes d’une réalité, de leurs origines, on pourrait presque regretter de ne pas voir Shishido en McQueen, à quelques années près, il aurait pu pousser à fond sa frime lorsqu’il est dans sa décapotable nerveuse.

***Bande Annonce

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Posted on 2 September 2006
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In Cinéma Japonais
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