Le vagabond du Kanto - 1963 - Seijun Suzuki

Le vagabond du Kantô - Kanto Wanderer - 1963 - Seijun Suzuki

Tout débute avec des lycéennes curieuses de connaître un univers hors du commun, le temps des premiers émois amoureux à sonné, alors autant porter son regard vers un homme, un vrai. Tokiko, l’une des jeunes femmes, attise la jalousie de ses deux camarades, timide elle peine à parler de l’élu, Katsuta, un yakuza à la joue balafrée, portant le kimono, parfaite image d’un homme courageux et viril, sorte de chevalier des temps modernes. Un yakuza ?

Le prince charmant moderne : un yakuza

C’est exactement ce qu’il fallait, pourquoi ne pas s’intéressé de plus près à cet univers parallèle, et profiter ainsi de l’école buissonnière. Elles arrivent à rentrer chez un tatoueur avec sa permission et celle du client, un jeune yakuza. Tel un spectacle elles assistent à la douloureuse séance et à la tentative du jeune homme de se montrer fort. Mission ratée, il crie, il n’arrive pas à cacher son mal. Pour Tokiko et son amie, c’est trop violent, elles délaissent Hanako qui montre une fascination surprenante pour cette séance sanglante. La division est faite entre les lycéennes, deux sont encore en plein rêve du chevalier et de son monde fantastique, la dernière veut expérimenter d’elle-même l’univers des chevaliers yakuzas. Elle se fait donc guider par son yakuza fraîchement tatoué qui aime à montrer autant que possible sa virilité et sa connaissance du milieu, il l’entraîne dans une salle de jeu mais la perd rapidement à cause d’un raide policier. Pas grave, le croupier l’a remarqué et compte bien la retrouver… La jeune femme joue pleinement de son charme sur les hommes, elle sait les mener et en tirer ce qu’elle veut. Sauf qu’un beau jour, elle découvre que ce n’était pas un jeu et qu’elle va devoir assumer ses actes, tant pis elle semble contente, la prostitution et le fait d’être vendue comme du bétail ne la dérange pas.

Le vagabond du Kantô - Kanto Wanderer - 1963 - Seijun Suzuki

Le code d’honneur, rien que le code !

Le monde des yakuzas semble être en perdition, pour certains clans les temps sont mauvais, les paris ne rapportent plus et la police découvre toujours rapidement les caches de ces jeux illégaux. Mêmes les yakuzas ne montrent plus de véritable respect et intérêt pour leur clan, préférant agir de leur côté, comme si le clan n’était qu’une façade venant justifier leurs actions auprès d’autrui. Le seul à se distinguer, c’est Katsuta, notre chevalier attirant les lycéennes. Il respecte totalement le code des yakuzas ainsi que l’honneur du clan. Il ne ferait jamais rien qui puisse nuire à sa famille, surtout pas s’abaisser à satisfaire ses intérêts personnels. Luttant quotidiennement pour la survie de sa famille, sans qui bien sûr il n’est théoriquement plus rien, il va essayer de régler le problème de cette fille vendue par Tetsu, le croupier de départ, sachant que cela est complètement déshonorant, tout en s’occupant à côté des affaires de jeux de la maison. Tout va être chamboulé lorsqu’il va rencontrer une femme, la sœur du yakuza tatoué au début, qu’il avait déjà croisé lors d’une soirée de jeux. C’est toute sa passion qui se réveille, en effet cette femme avait marqué son esprit, il était tombé tout de suite amoureux sans vraiment la connaître. Il avait d’ailleurs pris sa défense ce qui lui aura coûter sa balafre.

Le vagabond du Kantô - Kanto Wanderer - 1963 - Seijun Suzuki

La quête de la pureté

Très vite on peut comprendre le dilemme du film, quel est la place de la passion dans le monde des yakuzas, ou plus généralement comment le yakuza doit se comporter avec une femme. Ce problème est bien apparent chez Katsuta, il ne sait jamais vraiment ce qu’il doit faire face à cette femme, qui éprouve au passage les mêmes sentiments. Sa position de yakuza l’empêche de pouvoir être un homme exposant ouvertement sa passion, tout est fait dans la retenu et la distance, sauf pour la déclaration, magnifique explosion soudaine qui le pousse à la prendre dans ses bras et l’embrasser. Il se voit même hanter par son désir, sans arriver à s’échapper ou le dépasser. D’autres n’ont pas ce même problème, l’un considère la femme comme un moyen d’arriver à se faire un peu d’argent, l’autre sombre dans une obsession irréaliste. Triste ironie, en tant qu’honorable et vaillant chevalier yakuza, la famille importe plus que sa propre personne. De la possibilité de fonder son propre foyer, il ne reste plus rien, le chevalier se retrouvera seul, payant la bataille de l’honneur.

Le vagabond du Kantô - Kanto Wanderer - 1963 - Seijun Suzuki

Une réalité théâtralisée

Un film de Seijun Suzuki est pratiquement toujours un plaisir visuel, l’homme sait utiliser le décor et les couleurs pour renforcer sa narration, faisant de l’environnement un personnage à part entière dont il ressort quelque chose. La scène illustrant à merveille cette idée, est celle où Katsuta se fait agresser en plein milieu d’une salle de jeu par deux provocateurs venus le tuer à coup de couteau. S’échappant par la gauche, il réapparaît à droite de l’écran armé d’un sabre et tue les deux hommes. Une fois par terre, morts, le décor s’effondre et laisse place à un mur rouge, symbolisant la violence sanglante du passage. Mais il parvient aussi à filmer la vie des rues mouvementées par le passage des gens, sortant du contexte plus ou moins figé d’un décor d’intérieur et des formalités strictes de rencontres entre les individus lors d’une partie de jeux de carte par exemple.

Le vagabond du Kantô - Kanto Wanderer - 1963 - Seijun Suzuki

Un Yakuza amorphe

Kanto Wanderer est un film sympathique, expérimental et comique par moment, qui pêche néanmoins par quelques creux scénaristiques cassant la continuité du récit, comme vers la première heure. Passion et honneur au pays des yakuzas pour un Suzuki apparemment en pleine transition et recherche de son style, en tout cas déjà bien loin de Underworld Beauty. Bien avant le vagabond de Tokyo, celui du Kanto est un yakuza totalement prisonnier de son idéal et de son clan, craignant le déshonneur et la honte dans une époque qui se suffit à afficher ces valeurs sur un mur, comme une vulgaire pancarte sauvant la conscience. Incapable d’emettre un jugement personnel, l’homme est un pantin ridicule. Le chevalier type, l’image pure du yakuza rigoureux ne mène donc à rien d’autres qu’à l’enfermement de la personnalité au profit de valeurs imaginaires. Le vagabond du Kanto est un pantin, il préfère sa condition de chevalier à celle d’homme libre.

***Bande Annonce

***Extrait

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Posted on 30 August 2006
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In Cinéma Japonais
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