Portrait of Hell - 1969 - Shiro Toyoda

Portrait of Hell - 1969 - Shiro Toyoda

La période choisie par l’auteur, Ryūnosuke Akutagawa écrivain entre autre de Rashomon, est considérée comme une époque propice pour la cour impériale et les arts qui purent pleinement s’épanouir, débouchant à la fin sur des problèmes économiques et sociaux. L’histoire reprise avec ce film dans le contexte de la fin des années 60 prend des allures de vastes illusions, questionnant le fondement culturel de la société japonaise à l’époque de son apogée. D’une certaine façon, le film est dans la continuité des chambaras noirs de cette période.

Portrait of Hell - 1969 - Shiro Toyoda

En pleine apogée la période Heian (794 – 1185), le seigneur japonais Hosokawa pensant que sa population est heureuse, se voit confronté à un artiste coréen du nom de Yoshihide qui va s’efforcer de faire valoir sa fierté et l’importance de son regard sur la société, bien loin d’un paradis imaginé par le seigneur, il y a la réalité, un enfer permanent.

Portrait of Hell - 1969 - Shiro Toyoda

Portrait d’une société

Alors qu’en générique, la caméra parcoure un panneau richement illustré, regard sur la société d’époque dans sa globalité, en apparence paisible même si socialement fortement divisée, le reste du film se dirige en totale contradiction avec cette peinture. L’histoire se concentre autour de deux individus, parfaits opposés mais pourtant tellement proches. D’abord le seigneur Hosokawa, interprété par Kinnosuke Nakamura, incarne la haute société insoucieuse de ses responsabilités envers son peuple, il ne pense qu’à s’amuser et profiter des femmes. D’humeur joyeuse, il ne connaît que la fête, et pense un peu simplement que si il est heureux alors forcément tout le monde l’est aussi. Il n’a clairement pas conscience des problèmes qui se dessinent autour de lui. Face à lui, l’artiste Yoshihide, sous les traits de Tatsuya Nakadai un acteur habitué à être le reflet pessimiste de la société, qui ne voit que les problèmes l’entourant. Il les peint et pense ainsi faire réfléchir le seigneur, mais l’acte est vain, le seigneur est joyeux et s’amuse à le charrier. L’opposition mise en place ne va pas tourner au vinaigre d’un machinisme bâtard et inintéressant, au contraire Shirô Toyoda, aidé par l’œuvre de Akutagawa, décrit ni plus ni moins que des hommes sensibles aux erreurs.

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L’artiste du déséspoir

Pour le seigneur, tout est pratiquement déjà dit, en fait il subsiste chez lui un certain mépris des non japonais de souche qu’il considère comme des sous-hommes. Du côté de l’artiste, un coréen, le problème est inverse et facilement compréhensible puisque détestant profondément le seigneur, il va généraliser à travers lui tous les japonais. Ce qui l’amène à agir un peu précipitamment et commettre des erreurs fatales comme refuser à sa fille qu’elle fréquente un honorable artiste japonais. L’homme est à la base de ses soucis. Mais en tant qu’artiste, il se révèle incroyablement déterminé et souhaite prouver coûte que coûte à ce seigneur sa lucidité sur le monde. Il s’engage à mettre sur un support les morts d’homme tués par le désespoir et le mépris de la haute classe. Le premier est un pauvre paysan qui voit son beauf se faire voler au nom de sa seigneurie, manque de chance c’est ce même animal qui lui marchera dessus.

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L’homme en pleine agonie crie sa rage, mais les spectateurs dont l’artiste, restent imperturbables à ses paroles et le regarde sans broncher, jeter sa malédiction sur la cour. Le second est un jeune artiste reconverti en bandit assassin après avoir subit la volonté stricte de son maître, il meurt lors de l’attaque du château et prononce son amour à une fille en guise de derniers mots. La place de Yoshihide est importante car il se fait reflet de ces réalités, inconnues pour le seigneur qui se morfond dans son paradis clos. Quelque part, lorsqu’il peint les morts, il capture littéralement la réalité qu’il voit, ce qui pourrait expliquer l’aura surprenant que dégagent ces travaux. Et le seigneur ne peut bien évidemment supporter la vision de cette réalité, détruit immédiatement ou presque les œuvres, libérant clairement les morts de leurs prisons de papier, les laissant errer dans l’esprit du seigneur.

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Peindre l’Enfer

Pour une époque réputée aussi paisible, ça fait beaucoup de morts et d’illusions. Pourtant le seigneur ne comprend toujours pas et veut mettre l’artiste en échec en lui proposant après plusieurs refus, de peindre l’Enfer. Le seigneur pense afficher les contradictions de Yoshihide qui affirme peindre ce qu’il voit, mais voit-il l’Enfer ? Est-il bouddhiste ? C’est bien mal pensé de la fierté de l’artiste qui s’engage corps et âme dans une peinture de l’Enfer. On sait que pour lui cet enfer est présent tout autour de lui, à chaque niveau de la société, mais il lui manque en effet l’expérimentation de quelques points. Il ne rechigne pas à rendre réalité ses interrogations et fantasmes, comme torturer un élève, se rendre dans une morgue et finalement assister au bûcher d’une carrosse dans laquelle se trouve ce qu’il a de plus cher au monde.

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Sans rien dire, l’homme assiste à ces spectacles pour en retirer toute l’essence de ces enfers. La scène du bûcher, bien qu’horrible, est sans doute la plus déterminante du film, elle montre le véritable visage des deux hommes et plus particulièrement celui de Yoshihide qui devient une sorte de bourreau plongée indirectement dans les flammes de l’enfer. D’un point de vue réalisation, la scène retranscrit parfaitement ces idées avec un homme sur lequel la chaleur du feu se reflète et les cendres tombent, créant une ambiance infernale bien appuyée par le réalisateur qui change totalement de ton avec la scène suivante, neige et froidure remplacent les cendres et la chaleur. Mais c’est dans le final que tout l’art explose, cet Enfer va enfermer le seigneur dans la tourmente continuelle des flammes et d’une chute sans fin, réalité qu’il ne faisait que de nier. L’artiste a gagné son pari.

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La place de l’art

L’art transcende toutes les réalités laissant l’artiste nu, devenu l’humble miroir physique de toutes ses horribles pensées. Il ne reconnaît pas de limite pour arriver à retranscrire pleinement ses idées et fantasmes. Il se fait aussi porte parole d’une société morbide et sans valeurs, paradoxe vu l’époque. L’importance de la place de cet homme est remise en cause, car plus qu’un geste physique tel un combat, l’artiste est capable de mettre la société face à ses propres erreurs et démons, démontrant la faiblesse des hommes à se regarder et à se reconsidérer. Ici Yoshihide aspire tous les maux de l’époque, les assimile et devient un monstre, voir sa coupe de cheveux avec ses mèches blanches, tout cela dans le but de satisfaire, pas seulement sa fierté, mais son chef d’œuvre dans lequel il se fond totalement. On peut penser que le personnage de Yoshihide correspond bien à de nombreux artistes des années 60 ayant porté un regard sombre sur leurs société en brisant les mythes et merveilles du passé. Peut-être que plus que la société elle-même, c’est l’art tout court qui n’est qu’illusions. Quoiqu’il en soit, on peut remarquer le travail formidable effectué sur les décors qui sont tout simplement resplendissants de couleurs, au point qu’on puisse ne pas faire la différence, du moins au début, entre une peinture et la réalité…

Portrait of Hell - 1969 - Shiro Toyoda

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Posted on 18 August 2006

In Cinéma Japonais
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