Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Toshiro Mifune, grand acteur japonais, aura été capable d’interpréter des rôles aussi variés qu’inoubliables, l’homme est capable d’être un Yojimbo – garde du corps, un père désespéré et contre toutes attentes le bandit au grand cœur de ce conte fantastique. Le titre peut d’ailleurs porter à confusion sur le contenu du film, il ne s’agit pas d’une grande aventure maritime à la Sinbad faite de rencontres et de combats acharnés. L’action est ici plus tournée vers le fantastique terrien, c’est-à-dire rien en pleine mer.

Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Sukezaemon est un bandit recherché pour piraterie par les autorités japonaises. Arrivant à s’échapper de son exécution, il affirme devant tout ses hommes vouloir devenir un véritable pirate. Mais le sort en décidera autrement puisque une tempête vient détruire ce rêve, réduisant le bateau en pièces, tuant tout l’équipage. Il se retrouve seul avec un trésor et deux hommes. Et une seconde fois, la malchance s’abat sur lui, dans cette détresse il croise le grand Pirate Noir qui ne se prive pas de tuer les deux hommes et de lui voler son trésor. Délaissé en pleine mer, il dérive vers une terre inconnue où un vieillard lui vient en aide. Il apprend que la situation du pays est plutôt mauvaise, en effet le roi prend en otage les femmes sans jamais les libérer. Mais c’est en apercevant la princesse et ses bijoux, qu’il décide d’aller voir d’un peu plus près la réalité.

Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Dans un monde imaginaire

S’ouvrant sur la terrible exécution d’un pirate, le film arrive très vite à dériver d’ambiance, délaissant complètement la tragédie pour se centrer sur l’héroïsme d’un homme. Le changement se fait tout en douceur, on sent que Senkichi Taniguchi s’amuse avec les genres pour mieux laisser venir le fantastique, et par conséquent la surprise. D’une certaine façon nous sommes au même stade que Sukezaemon qui vogue d’espoirs en illusions, car de l’histoire de pirate nous n’en verra finalement rien.

Alors que réserve le film ? Sukezaemon va découvrir une terre inconnue aux allures d’un Orient des milles et unes nuits où tout le monde parlerait japonais. L’histoire est simple comme un conte, une population désabusée par un roi cruel masquant en fait le complot pour le pouvoir d’un homme de la cour qui profite de la maladie du roi pour imposer sa volonté. Le récit ne serait pas complet s’il n’y avait pas la gentille et magnifique princesse amoureuse d’un vaillant prince, absent pour l’instant, et d’une sorcière vraiment pas belle. Notre bandit se retrouve au milieu de toutes cela, avec comme seul compagnon de départ un vieillard mystique pervers sur les bords, n’étant bien évidemment pas insensible aux formes féminines qui lui procure un malaise surprenant.

Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Dépaysement !

La première surprise c’est les décors et costumes. On peut d’ores et déjà oublier la sobriété vestimentaire des films d’époque. En tant que pays d’Orient, les femmes ne se cachent pas le corps, au contraire elles sont toutes pratiquement toujours bien dénudées en raison de la chaleur. Du côté des décors, c’est presque la même chose, le cheap en plus.C’est le charme d’Orient

La fantaisie avant tout

Sans rentrer dans les détails d’une aventure prévisible, il est amusant de pouvoir constater les incohérences de ce monde fantastique. D’abord, regardons de plus près Sukezaemon, blessé par une flèche, un sang qui a viré au violet déteint, il n’éprouvera jamais aucune douleur ! Après son coma, il se lève et part à l’aventure comme si de rien n’était. Pas mal, non ? Ensuite, quand on se rend au château, on à peine à croire à la douleur de la population qui se sent oppressé. On aura rarement vu un château aussi mal protégé, Sukezaemon rentre sans problèmes, c’est un peu l’auberge du coin, suffit de savoir s’imposer. On ne compte pas les nombreux raccourcis et idées zappées par magie visible pendant le film. D’ailleurs, il y a des relations mises en place entre les personnages qui ne reposent sur rien d’autres que sur du n’importe quoi. On aurait pu penser que le bandit rencontre la belle princesse par amour, non, la jeune femme croit qu’il sera capable de lui expliquer l’origine de son collier ! Allez hop, on rajoutera une scène pour prouver l’utilité de cette idée. Il en devient difficile de prendre au sérieux des situations reposant sur une base aussi mince et instable. L’affaire s’avère encore plus difficile lorsqu’il s’agit de s’attacher à ces personnages construits sur du néant. Créer l’indifférence est pour un conte un paradoxe qui quoiqu’on en dise se doit d’être un panier d’émotions.

Samurai Pirate - 1963 - Senkichi Taniguchi

Une production mignone

Alors peut-être que la tournure tout publique et l’ambiance fantastique sont censées justifier ces trous béants dans un scénario sans surprises. Néanmoins, ces surprises, involontaires ou non, ont le mérite de pouvoir nous faire rire et de relâcher une ambiance par moment très sérieuse. On pourra donc apprécier par exemple de voir Toshiro Mifune dialoguer avec une mouche, folie des effets spéciaux, de le voir voler sur un énorme cerf volant en forme d’aigle, ou encore une vieille sorcière très laide aux dents de vampires transformer ses victimes en pierre d’un simple regard. Mais cela ne suffit pas à compenser un rythme inégal lié à une histoire prévisible au possible et des personnages jamais relevé de leurs pauvres conditions de clichés de conte fantastique. Sans être non plus détestable, le film reste sympathique, originale et mignon.

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Posted on 15 July 2006
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In Cinéma Japonais
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