Miyamoto Musashi V : Musashi vs Kojiro - 1965 - Tomu Uchida

Miyamoto Musashi : Musashi vs Kojiro - 1965 - Tomu Uchida

Sobrement intitulé « Musashi contre Kojiro » ou « Le Duel final » selon les versions, ce dernier épisode, clôturant ainsi la saga avant l’extra réalisé quelques années plus tard, replace l’aboutissement du chemin de la voie parcouru par un Musashi détruit par la réalité de son duel face à l’école Yoshioka. Duel pendant lequel il tua un enfant. Cette forte culpabilité vient s’ajouter alourdir considérablement la déjà longue liste des remises en doute de la voie. À côté de l’acte sanglant, on retrouve entre autre son refus d’envisager l’existence autrement que par la victoire, ainsi que le dilemme d’agir en noble samouraï selon les règles dans une société en proie à l’instabilité permanente des repères. À travers l’histoire, la voie sacrée du sabre ne cesse d’être bousculée, tantôt inexistante chez des individus cherchant un intérêt misérable, elle acquiert par la suite un problème moral. Tomu Uchida ne va jamais glorifier, ni les hommes, ni la voie elle-même, n’hésitant pas à porter un regard pessimiste et violent sur ce monde.

Miyamoto Musashi : Musashi vs Kojiro - 1965 - Tomu Uchida

Un mauvais bilan ?

De ce dernier épisode, il y a tout d’abord la volonté de rédemption de Musashi. Comprenant rapidement sa soumission au sabre, il va se défier et laisser pendant quelques temps son arme au profit de l’agriculture. De la tâche de sang qu’il porte dans sa conscience, il va essayer de l’effacer en prenant sous son aile le jeune Iori, comme il avait pu le faire pour Jotaro. Il pense ainsi pouvoir s’éloigner de sa folie d’Ichijoji. Mais la réalité ne s’efface pas aussi facilement, les morts sont toujours morts. En fait, pour la première fois de l’histoire, Musashi réalise la portée de ses actions, loin des paroles rêveuses du prêtre Takuan prononcées durant la fameuse scène de pendaison lors du premier épisode, de la construction il n’a finalement réussi qu’à détruire au nom d’une voie. De même, si dans les épisodes précédents il semblait montrer son désir de dominer via cette voie, son erreur fatale vient détruire toutes ces pensées. Comme on dit, la boucle est bouclée, le cycle de Musashi prédit quelques temps plus tôt s’est bien concrétisé. De la naissance brutale de Sekigaraha puis de la renaissance des trois années d’étude faisant de lui un samouraï, ensuite il y a sa longue quête d’expérimentation pour finalement retomber dans une folie brutale à Ichijoji rappelant la grande bataille. L’homme est resté faillible à ses propres démons, continuant de subir la force tragique de son sort, celui de ses ancêtres guerriers morts pendant de grandes batailles épiques.

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Le mythe questionne l’idéal

La voie du samouraï a été montré comme un prétexte faussement avalé qui inconsciemment laissera ressortir toute la sauvagerie du personnage. Miyamoto Musashi n’est ni plus ni moins que la déroute d’un homme à la recherche de valeurs annihilants les profondeurs de son esprit, et c’est de son contact avec le contexte réelle de sa société que vont renaître ses pires sentiments. Evidemment, il ne s’agit pas d’expliquer que toute la société est profondément mauvaise et abjecte mais plutôt de démontrer à quel point son instabilité perturbe la jeunesse dans sa construction mentale, les forçant par les moqueries ou les problèmes moraux, à devenir ou redevenir des bêtes. On peut se demander quelque part si Tomu Uchida ne préfigure pas les révoltes estudiantines des années à venir avec cette jeune en mal de repères. À l’aube du règne Tokugawa, la voie n’est déjà plus rien que l’illusion d’un statut social et d’une fausse renommée respectable. Musashi, plus que Kojiro, ne peut arriver à se plier à une vision aussi réductrice et misérable, complètement complexée.

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L’impasse des titans

D’ailleurs le duel tant attendu repose exactement sur ce genre d’enjeux. La renommée et la réputation plus que tout du clan auquel s’est soumis Kojiro, font de ce dernier un homme mort avant même d’avoir combattu. Kojiro qui depuis sa première apparition faisait preuve d’assurance et de calme comprend lui-même l’impasse dans laquelle il s’est planté. Tomu Uchida arrive parfaitement à transcender un simple duel pour lui faire acquérir l’âme de sa saga, l’homme piégé et les impératifs moraux. On peut comprendre alors pourquoi le personnage de Kojiro n’a pas été plus abouti, pouvant aisément définir une autre facette que celle d’un homme ambitieux. Kojiro est un Musashi perverti par la société, il est ce double n’ayant jamais remis en cause l’acte de tuer. Et si la voie du sabre doit apporter sagesse et épanouissement personnel comment un homme peut se soumettre à une vie de clan régie par des obligations mornes et plates, à mille lieux de la vie modeste d’un vagabond confiant, expérimentant et forgeant quotidiennement son esprit.

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Un ton très optimiste

Tout ceci est l’aboutissement de plusieurs points importants de la saga dans sa globalité. En revenant plus précisément à ce dernier épisode, on ne peut être déçu, non par le final nihiliste, mais par ce côté optimiste planant dans l’ambiance. Toutes les intrigues secondaires trouvent un dénouement joyeux et positif, à l’exception bien sûr de celles concernant Kojiro et Musashi. On dirait que Tomu Uchida se retrouve dans l’obligation de pondre une fresque pleine de bonnes émotions, là où le discours reste profondément noir depuis le début de la saga. On se retrouve par exemple dégager de quelques histoires un peu lourdes mais parfois amusantes comme la vendetta de la mère de Matahachi.

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Tout est dans l’apparence

À coté de ces déceptions, il reste le savoir-faire du réalisateur. Un léger en deçà de ce qu’il a pu déjà faire dans les autres épisodes, il réussit néanmoins à nous surprendre lors des quelques scènes de combat. On peut penser particulièrement au duel amical organisé pour le clan Hosokawa entre Kojiro et un homme de l’assistance. Précisons que de Kojiro nous avons eu très rarement l’occasion de le voir à l’œuvre, soit il fait peur en montrant sa technique de l’hirondelle, soit il se bat dans le noir… Pauvres spectateurs que nous sommes, on espère enfin pouvoir assister à une démonstration en règle, pensant être placé à la même enseigne que les hauts dignitaires du clan Hosokawa. Mais non, il ne faut pas rêver, Tomu Uchida concentre sa caméra sur les mouvements des pieds, bougeant sans cesse dans ce sable paraissant instable. Il recadre parfaitement une fois le combat terminé, en fait arrêté par l’un des chefs. De Kojiro nous n’aurons jamais rien vu de particulier si ce n’est son assurance sans limite, finalement le parfait samouraï sachant jouer de sa prestance.

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Reprise de contrôle sur la voie

Se terminant, temporairement, sur une note noire, la déception de l’épisode faisant place au nihilisme de l’acte final, cette saga Miyamoto Musashi s’éloigne considérablement de la vision idéalisée mise en scène par Hiroshi Inagaki. Du sabre, il n’y a finalement plus rien à prendre, l’époque n’est plus propice aux massacres, la moralité des hommes commence à apparaître comme de plus en plus puissante. Il y a une réduction du sabre à sa plus simple expression, une arme guerrière faite pour tuer. On peut comprendre alors, bien que trop tard, l’importance des propos de l’aiguiseur des âmes des samouraïs pointant du doigt le barbarisme de l’arme et la faiblesse de l’individu à se défaire du culte de la mort. Leçon parfaitement retenue par un Musashi qui pour son dernier duel, utilisera simplement une rame démontrant que c’est l’homme qui domine le sabre, l’art d’une façon générale. L’art de tuer. L’homme prend en compte la responsabilité de ses faits et gestes, c’est à lui de choisir, à lui seul.

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