
L’aventure doucement sur sa pente descendante, une petite introduction apparaît comme nécessaire afin de resituer au mieux tous les enjeux de cette saga. D’abord, l’évolution du travail personnel de Musashi, qui du stade de petit indigent est arrivé à celui de samouraï. Puis le destin des quelques autres personnages comme Otsu, pauvre innocente tombée malade mais surtout l’apparition du seul véritable opposant à Musashi, le jeune Sasaki Kojiro. Du troisième épisode il en ressort la détermination implacable de Miyamoto Musashi à suivre son enseignement, quoiqu’il advienne, il se doit de suivre sa voie. Le contexte de l’époque est aussi mis en avant dans de nombreux cas, montrant pour l’occasion une société instable pleine de trahisons, de manipulations et d’un très gros problème d’hypocrisie générale. D’ailleurs le seul à s’étendre sur le contexte politique est un pauvre saoulard, le monde des samouraïs est bien trop occupé à conserver son prestige.

Les pantins arrogants
Cet épisode clos avant tout l’affaire Yoshioka, commencée deux films plus tôt. En effet, cette école avait été provoquée en duel par le jeune Musashi, envoyant l’un après l’autre les disciples par terre. De cette école, on connaît sa forte réputation, considérée comme l’une des plus renommées et puissantes du pays. Elle reflète à merveille un monde des samouraïs étant tombé dans l’incapacité d’honorer ses valeurs mais osant néanmoins donner des leçons aux autres. Les membres, tout comme le maître, sont prêts à tout pour garder tant bien que mal le statut d’école renommée. Entre pièges et faux duels, l’école se débat dans sa propre misère, il semble que seul Sasaki Kojiro en soit conscient. Il se fait la remarque d’un endroit vide de tout esprit, il n’y a plus que des corps pantins simulant des combats, plus proche d’une pièce de théâtre grossière que d’un véritable affrontement. C’est finalement la défaite éclaire du maître, Seijuro Yoshioka, qui accélère les événements dans leur apogée de médiocrité. Quoi de plus blessant que de se faire écraser en une seule attaque ? En tout cas, Musashi lui, en ressort plus confiant que jamais. Le principal problème de cette école est, entre autre, le manque surprenant de réflexion. L’action est totalement irréfléchie, sous l’impulsion de ces fameuses nobles valeurs.

La voie des hypocrites
Avec sa victoire, Miyamoto Musashi s’enfonce dans son but, respecter, maîtriser et dominer la voie. Bien qu’en gagnant en confiance, Musashi reste loin d’avoir terminer son apprentissage. Il demeure toujours autant de doutes quant à la réalité de la voie, le conflit opposant morale, réalité et enseignement est plus actif que jamais. Pour lui, le problème réside dans le fait de savoir si sa voie est applicable et respectable. Et dans une époque pareille, vantant pourtant les biens faits des samouraïs, il se trouve être plus que difficile d’être un homme de cette catégorie là, Musashi est en fait plus samouraï que les samouraïs. La population fêtent ces honorables personnes, qu’elle craint intimement, mais punis ceux qui osent appliquer à la lettre la voie. Comment doit alors se placer un jeune homme en pleine quête personnelle dans une société refusant ses propres démons ? Ses nombreux doutes paraissent alors tout à fait légitimes, il semble d’ailleurs être l’un des rares avec Saseki Kojiro à chercher une réponse à cette réalité. Loin de la complaisance et du mépris d’autrui.

Leçon de vie
Heureusement, il n’est pas entièrement livré à lui-même dans cette société, l’aide provient d’ailleurs des plus improbables dans l’idée. La courtisane Yoshino, femme qui arrive à maîtriser ses émotions à un niveau surprenant, lui explique plus ou moins son secret en mettant en parallèle les différentes tonalités de la harpe de Biwa et l’esprit humain. Elle lui démontre l’importance de savoir gérer ses émotions selon les situations, et dans le cas présent, il n’y avait aucune utilité pour Musashi de rester sur le qui-vive, complètement stressé et obnubilé par la peur. Savoir profiter de l’instant présent sans oublier son devoir. Leçon qui sera très vite mise en pratique avec Otsu, son amoureuse de toujours, celle sans qui sa technique des deux sabres n’existerait pas, il lui avoue son amour et ses erreurs passées.
Un condensé de rage !
Miyamoto Musashi mûri et s’épanoui dans la voie, mais se dirige tout droit vers l’impasse du combat de Ichijoji, marquant clairement le doute fatal à son enseignement propre. De ce piège, il en résulte une scène formidable, en noir et blanc, marquant bien l’importance symbolique et ses conséquences dans la construction du jeune homme. Arrivé un peu tôt que son habitude, il peut voir les disciples de Yoshioka préparer leur coup bas, environ 70 à 80 hommes vont tenter de l’exécuter. Chargé à bloc, Musashi s’élance dans une sauvagerie étonnante, on peut oublier la sécheresse et la précision de ses anciens combats, il est ici incontrôlable. Suivi de près par une caméra reflétant parfaitement l’état de la situation, essayant de son mieux de capter la folie du samouraï face à ces dizaines hommes. Il n’y a aucun temps dans ce combat, Musashi explose littéralement tenant ses deux sabres et criant sa rage. Il nous donne plus l’impression de revivre son expérience de la bataille de Sekigahara que de se battre comme un samouraï avancé. Et pour terminer le tout, complètement ainsi parfaitement le parallèle avec Sekigahara, le passage des rizières absolument merveilleux, Musashi tombe, se relève de cette boue en tuant les quelques hommes restant. La dernière victime sera aveuglée, on peut y voir sans doute un moyen détourner de renvoyer Musashi à sa propre personne.

Composition d’une fresque
Tomu Uchida arrive toujours aussi bien à maîtriser les éléments de l’espace, jouant subtilement sur tout ce qu’il trouve. On retrouve d’ailleurs chez lui un motif apparaissant régulièrement. Lors d’un rassemblement ou d’une réunion, il a tendance à démarquer un personnage en le plaçant seul face aux autres. C’était le cas pour la rencontre entre Musashi et les 4 hauts dignitaires Yagyu, ce sera encore le cas chez la courtisane Yoshino ou lors de la décision du combat à Ichijoji. Cette idée lui permet de bien appuyer la différence spirituelle qu’il existe entre un individu et le reste, et le seul à venir briser ce motif sera Sasaki Kojiro. Il se mettra en position d’arbitre, entre les deux partis.
Une supposition
À travers ces films, on peut commencer à penser que Tomu Uchida dessine la perte des repères de la jeunesse qui se retrouve dans l’incapacité d’exister et de pouvoir s’exprimer car réprimander par des principes moraux moribonds. C’est une idée qu’il faudra confirmer avec la vision du dernier épisode – sans compter l’extra réalisé en 1971.

L’incertitude du mythe
Miyamoto Musashi, couché au milieu de fougères rouges, puis insulter par des moines, continue de forger sa voie, de l’expérimenter. Mais le doute est bien présent, la voie du samouraï commence à se faire sentir comme irréalisable, aussi bien au niveau du contexte de l’époque, que d’un point de vue éthique. La seule certitude qui demeure, pour nous comme pour lui, c’est son futur combat contre Sasaki Kojiro, montré comme un double décomplexé des doutes. Vivre pour le sabre ne semble plus être d’actualité en ce début de règne Tokugawa, les marchands eux, peuvent prospérer sans le moindre doute. Telle est l’illusion des livres du château d’Himeji.
















