Miyamoto Musashi II : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Second épisode de la saga réalisée par Tomu Uchida, le film se montre comme la renaissance de Miyamoto Musashi et le début de son errance, mise en pratique de ses trois années d’enfermement. Le premier opus se terminait sur une note assez pessimiste laissant entrevoir un jeune homme confronté à ses propres démons, livré à lui-même dans une pièce sans lumière, il n’avait que des livres pour s’échapper de sa cellule, de son sort. De ce film, il en ressortait principalement le doute continuel dans lequel se trouve Takezo, incapable de se défaire de son sort tragique, ainsi qu’une vision peu optimiste de son époque intermédiaire entre deux temps. Tomu Uchida se démarque ainsi du monde idéalisé de la trilogie de Hiroshi Inagaki.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Naissance d’un samouraï

Le film s’ouvre sur une scène faisait échos au premier épisode, la renaissance de l’individu. Du champ de bataille, le jeune homme en était ressorti brisé et désespéré, de cette pièce il en ressort grandi et calme. Il semble avoir réussi à dominer ses propres démons. Devenant enfin Miyamoto Musashi, il décide de prendre la route et de confronter son acquis à la réalité. Le personnage apparaît comme plus réservé, beaucoup moins expressif, mais semble s’être fixé comme objectif de devenir un grand samouraï. De son enseignement, il en retire une vision idéaliste du samouraï comme un homme s’étant engagé dans une voie où la victoire est son seul et unique moyen de survie. Et où le quotidien doit être un apprentissage continuel, cherchant sans cesse l’amélioration, aussi bien physique que spirituelle. En fait, le jeune homme est passé d’un statut de désespérer à celui de rêveur, ce qui pour Tomu Uchida constitue le premier gros dilemme du samouraï à exploiter. Car évidemment, quel qu’il soit, un rêveur fini toujours par retomber sur terre et s’apercevoir l’inutilité de son acte, ou bien de la petitesse de ses pensées. À sa manière, Miyamoto Musashi est enfermé dans un cycle où il ne va jamais s’arrêter de remettre en cause ses valeurs et de dégringoler dans cette réalité.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

En quête d’expérience

Quoiqu’il en soit, le jeune homme, confiant, décide à la sortie du château de prononcer ses vœux, dédier sa vie à son sabre et ne jamais cesser de se forger. Content d’être sorti de l’enfer, il profite pleinement de la nature, et de ses nombreuses rencontres. Tous ne sont pas joyeuses, s’il est capable de regarder longuement un potier travaillé son argile, il n’hésite pas non plus à provoquer en duel des hommes, et pas des moindres. En effet, il va se mettre à dos l’une des écoles les plus puissante du pays. Sa faute ? Être trop fort. Néanmoins il fait toujours preuve de patience et de volonté d’apprentissage. D’ailleurs, c’est sa trop grande force qui l’amènera à perdre un duel, non pas physiquement mais mentalement. L’homme est perfectionniste.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

La réalité et ses doutes

L’époque qu’il parcourt demeure instable et ne peut surtout pas être comprise simplement par l’intermédiaire des livres. Cette réalité bouscule les schémas classiques. Par exemple, les rônins – samouraïs sans maître – se comptent par milliers, la plupart d’entre eux ont perdu l’espoir de servir un honorable maître, d’avoir une situation sociale, il reste avant tout des hommes en plein doute. Au point que certains dégénèrent et deviennent d’humbles bandits agissant dans la plus grande des impunités, les autorités ne faisant rien. De plus, le mythe de la noble figure du samouraï se voit discréditer avec l’histoire de cette célèbre école qui pour conserver sa renommée et sa réputation est capable des pires bassesses, et cela avec même le support du maître. Le paradoxe dans cette affaire c’est d’insulter Miyamoto Musashi de lâche alors qu’on a tenté de le piéger. Mais ces hommes n’ont pas besoin d’avoir une morale ou une éthique, l’argent et la position sociale semble largement suffire. Tomu Uchida n’est pas tendre envers cette époque, il n’y a plus d’idéaux, les repères changent. Et Musashi est jeté là-dedans comme un innocent en pleine jungle sauvage.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Une galerie de personnages

Du côté narratif, Tomu Uchida arrive très bien à placer par bribe des graines de situations qui seront clairement fignoler par la suite, et cela sans poser aucun problème de rythme, ni de compréhension au film. Il mélange habilement les situations de personnages secondaires avec l’action principale, mettant à profit la toile importante d’individus existant dans l’univers Musashi. Nous rencontrons donc Seijuro Yoshioka, faible maître d’une puissante école, Otsu, toujours dans l’attente, Akemi, Oko, dans ce qui parait être une maison close et enfin le jeune Jotaro, fils de l’officiel qui était à la recherche de Takezo dans le premier film. Tous ces personnages arrivent à évoluer sans contraintes, avec pour certains une introduction très soignée. C’est le cas du petit Jotaro, un pauvre enfant dont le statut social a chuté quelques années auparavant. Tomu Uchida arrive à lui donner une personnalité bien propre, le petit démontre à plusieurs reprises son fort caractère et son attachement à Miyamoto Musashi, sorte de grand frère idéal. Il est d’ailleurs assez indépendant de lui, servant parfois de messager, et finissant toujours par retrouver son maître.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Beauté et violence

À coté de ces descriptions toujours bien faites, Tomu Uchida continue de nous surprendre avec une réalisation magnifique exploitant toujours aussi bien les vastes paysages. Il n’y a pas à dire, l’homme sait parfaitement cadrer, il est impossible de citer le nombre de plans dans lequel tout semble être en harmonie. Il sait aussi nous surprendre lors de scènes plus intenses comme dans la salle d’entraînement d’un temple, où un moine massacre les uns après les autres des samouraïs en quête d’amélioration. Pendant cette scène il se dégage une ambiance serrée, les dialogues sont réduits au minimum laissant la place aux bruits du mouvement des armes. Et finalement quand Musashi fait face à ce bourrin, il lui suffit d’une attaque éclair pour le tuer. Tomu Uchida évite tout spectacle inutile pour aller à l’essentiel, pas besoin de faire mille gestes quand on s’appelle Musashi. L’une des choses qui ressort dans les combats, c’est la violence. Autant dire que c’est cru, le sang est bien visible et coule par flot, comme pour le cas de cette pauvre tête partie faire un tour on-ne-sais-où.

Miyamoto Musashi : Showdown at Hannyazaka Heights - 1962 - Tomu Uchida

Les premiers doutes apparaissent

Tomu Uchida signe là une autre réussite incontestable, plaçant le jeune Miyamoto Musashi face à une réalité bien plus ambigüe. Ce jeune homme est l’image parfaite d’une jeunesse pleine d’idées, en quête d’identité, pensant connaître à sa façon le monde qui l’entoure. Ce regard peu optimiste est tout de même nuancé par de nombreuses scènes légères et amusantes, cependant elles n’ont simplement pas le fin mot de l’histoire. Le sabre engendre des morts, puis les prières de soldats moines apportent un brin de spiritualité avant de laisser les macabés se faire dévorer par les corbeaux. Ces moines apportent une nuance importante, capable de tuer et de sauver l’âme dans le même temps, ils sortent du schéma type idéalisé par un Musashi ne pouvant comprendre cet acte. Il n’y voit qu’hypocrisie et mensonges. Comment tuer un homme et prier ensuite pour l’âme ? Les prières ne valent pas mieux que les corbeaux.

***Bandes Annonces

***Extraits

L’âme d’un guerrier

Un intrus chez les samouraïs

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Publié le 20 juin 2006
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Publié dans Cinéma Japonais
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