Samurai III : Duel on Ganryu Island - 1956 - Hiroshi Inagaki

Samurai III : Duel on Ganryu Island - 1956 - Hiroshi Inagaki

Le Duel final se dessine

Troisième et dernier opus de la trilogie Musashi, le film se concentre sur le combat, annoncé en fin de seconde partie, entre Kojiro Sasaki et Miyamoto Musashi. Cette rencontre voit donc s’opposée deux samouraïs ayant une conception différente de la vie et de la fameuse voie. De Kojiro Saseki, on connaissait déjà tout dès le second épisode. À l’allure arrogante, il est plein d’ambitions et souhaite se faire un nom, devenir célèbre et reconnu. Son souci majeur, c’est l’existence d’un homme profondément différent qui le devance en renommée partout où il se rend. D’ailleurs, l’ombre de Musashi plane même dans son intimité avec sa rencontre d’Akemi, une irréductible de Takezo. Provocateur et malin, il fait tout pour arriver à sa fin, défier le grand Miyamoto Musashi, il veut pouvoir le dominer et l’écraser, tout cela dans un profond respect, sans la moindre trace de haine. Il s’agit surtout d’un problème d’ego. Néanmoins, à l’inverse de l’apprentissage quotidien de Musashi, ce samouraï ne change mentalement pas, il reste fidèle à son apparence d’insensible, un homme ambitieux et calme.

Deux hommes, deux voies

L’opposition de ces deux caractères est très bien mise en place par Hiroshi Inagaki et ressort plus que jamais à travers ce dernier épisode. Du côté de Musashi, il y a une évolution spirituelle constante. Ainsi, l’homme autrefois sauvage et presque hargneux, en arrive aujourd’hui à refuser de sortir son sabre. Lorsqu’il assiste à un tournoi, il s’en détourne en voyant le grand gagnant se vanter de sa force. Et tant bien même qu’il doit faire face à ce genre de personnage, il intériorise et se montre digne d’un samouraï, forçant obligatoirement le respect de l’opposant dans le meilleur des cas. On se retrouve avec un homme désireux de connaissance, devenu modeste, calme et réfléchi, il n’y a finalement plus rien que le relie à son passé de petit sauvageon. Et c’est quand il comprend quel adversaire Kojiro Sasaki qu’il lui propose de repousser le duel d’une année, afin de se préparer au mieux. Et tandis que Kojiro Sasaki devient le maître d’arme d’un clan riche et reconnu, s’élevant socialement, gagnant en renommée, Musashi de son côté délaisse ses sabres pour se consacrer à l’agriculture. L’un se complait dans son attente, l’autre cultive la terre, sa terre, son esprit. Ce choix de vie volontaire est surprenant et démontre bien le chemin mental parcouru par Musashi, qui d’une certaine façon se retrouve dans l’état qu’il avait fui quelques années plus tôt.

Samurai III : Duel on Ganryu Island - 1956 - Hiroshi Inagaki

Femmes de samouraï

Évidemment le film ne se résume pas simplement à cette rencontre, pourtant cruciale. Le film reste riche et varié en aventures et rencontres, comme à son habitude. De par son statut d’épisode final, il reste énormément de personnages à finaliser, qui tout comme Musashi, ont évolué, ou presque. D’abord, il y a les deux pauvres femmes délaissées par notre samouraï. Akemi, après avoir quitter l’emprise de Kojiro Sasaki se retrouve dans une maison close, portant toujours sa petite clochette, elle patiente. Souillée physiquement, elle reste pure mentalement. Cette femme reste consciente qu’elle n’est pas la seule à désirer le grand samouraï, mais garde l’espoir. L’histoire n’aura jamais été tendre avec ce personnage de pauvre femme vouée à un sort tragique dès le début. Quant à Otsu, elle est partie sur les routes à la recherche de Musashi. Chacune d’elles entament une sorte de croisade espérant un jour vivre avec cet homme. Mais quand l’occasion se présente, Musashi éprouve toujours autant de mal à communiquer par la parole ses sentiments, pensant toujours à l’importance de la voie. Il en résulte alors jalousie, trahison, tentative de suicide et tragédie.

Les hommes et la Voie

De cet épisode, on se retrouve aussi confronté à la dureté de la vie et de ses paradoxes à tous niveaux, évidemment pour Musashi, c’est toujours bénéfique. Dans un premier temps, il y a un lourd regard porté sur le monde des clans qui semblent être au-dessus du reste de la société. Ce microcosme se repose essentiellement sur les valeurs de la voie du samouraï. Ce qui compte c’est principalement l’honneur, la réputation et la dignité. On avait déjà pu être introduit dans cette sphère lors du second épisode avec l’affrontement de l’école Yoshioka. Les hommes se révèlent être capable du pire, comme renier par le mensonge l’appartenance de quatre morts à une école pour éviter les moqueries éventuelles. En voyant ce genre de comportement, Musashi ne peut qu’en ressortir dégoûté, puisqu’en tant que samouraï le clan semble tout avaler et lui donner richesse là où l’homme cherche avant tout l’épanouissement spirituel. La belle parure ne suffit pas à faire un homme. Mais bien sûr, même si ce regard peut paraître dur, Hiroshi Inagaki s’est engagé à ne jamais entacher le monde des samouraïs, restant finalement très superficiel lorsqu’il s’agit de pointer du doigt les quelques dilemmes de cette sphère. Quoiqu’il en soit, la Voie reste propre et incarnée par Miyamoto Musashi.

Samurai III : Duel on Ganryu Island - 1956 - Hiroshi Inagaki

Une fresque froide

Le savoir-faire honorable de Hiroshi Inagaki apporte un atout considérable à cette série. Il en fait une véritable fresque aux décors fabuleux, faisant ressortir la beauté des paysages qu’ils soient en studios ou en pleine nature. On se retrouve durant ces trois épisodes littéralement emportés dans cette époque idéalisée. En effet, il me semble que le réalisateur a tout de même du mal à faire ressortir les aspects tragiques, il pose un regard assez distant et froid sur des événements pourtant terriblement malheureux. Essayant sans doute d’adopter la vision d’un samouraï sur ce monde, il n’arrive pas à mon avis à faire ressortir suffisamment le choc des morts. Quand un village est incendié, que de nombreux paysans sont tués, on ne voit au final que des gens pleurés la perte de proches. Emotionnellement, il n’y a rien, sauf lorsque ça concerne directement le personnage principal, Miyamoto Musashi, à l’image de l’avant dernier plan, point d’orgue de l’aventure. Est-ce que la Voie le sort du commun des mortels ? En tout cas, pas de compassion pour les miséreux, ou non.

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Le Duel

À part cela, Hiroshi Inagaki garde l’efficacité habituelle des autres épisodes. En guide de conclusion, il nous livre un combat d’une rare beauté sur une plage déserte avec le soleil levant en fond visuel. Du duel, il arrive à faire ressortir tout ce que sont les deux hommes pendant ses moments favoris, on peut le supposer, ces temps de réflexion paraissant interminables. Musashi dirige plus ou moins le bal, il se dirige dès l’ouverture du combat vers la mer dont il ne ressortira que pour l’attaque final, Kojiro Sasaki reste sur le sable fin, les deux opposants se font face tout en restant en mouvement. Gardant presque toujours les pieds dans les vagues, Musashi ne s’avance qu’à de rares occasions vers le sable fin stable, explicitant ainsi son esprit continuellement en mouvement capable de se mettre à l’épreuve son apprentissage lors de ses avancées. De l’autre côté, Kojiro Sasaki ne prend jamais de risque, il reste sur la terre ferme, là où il est sûr d’avoir un appui suffisant. Toute cette scène est rythmée par le levé du soleil, illuminant au fur et à mesure ce duel de ténors. En plus de nous offrir un duel pareil, Inagaki nous gâte avec ce spectacle magnifique en plein milieu de nulle part.

Samurai III : Duel on Ganryu Island - 1956 - Hiroshi Inagaki

L’idéal tout-puissant

Terminant magistralement sa trilogie, Hiroshi Inagaki réussit à retranscrire le portrait d’un homme dévoué à son épanouissant grâce à la Voie, perçue comme essentielle et pure. Miyamoto Musashi est montré comme un homme aux intentions honorables et modestes cherchant avant tout à développer son esprit, délaissant s’il le faut les armes. Nous pouvons finalement remercier Toshiro Mifune d’avoir redonné vie à ce personnage en lui apportant le charisme et la présence nécessaire.

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Posted on 19 June 2006
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In Cinéma Japonais
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