Samurai II : Duel at Ichijoji Temple - 1955 - Hiroshi Inagaki

Second opus de l’entreprise de Hiroshi Inagaki, l’histoire reprend à peu près là où se terminait le premier épisode. Miyamoto Musashi parcourt les routes en quête d’amélioration de son art, de son mental, plus généralement de son être. Sur son chemin, il accepte volontiers les défis l’opposant à des maîtres locaux, mais Musashi reste loin d’avoir atteint la perfection. Dans cette suite, il va arriver à résoudre quelques uns de ses soucis comme son manque d’affection, sa brutalité toujours aussi présente. L’homme que nous voyons désormais et bien un samouraï en quête de lui-même, de son identité.
À l’assaut de la Voie
La première chose que nous montre Inagaki à travers le duel d’ouverture est un combattant hésitant, encore très sauvage qui parait manquer cruellement de concentration. Il n’arrive pas vraiment à prendre ses marques lors du combat, ne faisant que gesticuler pour cacher ses doutes. Notre Musashi est un homme en pleine mutation qui doit se remettre perpétuellement en cause. C’est d’ailleurs le cas pour ce combat, puisque si le jeune homme est d’apparence plus calme et plus confiant, lors de l’action il ne vise qu’une finalité brute et sauvage, reste de son expérience de la grande bataille de Sekigahara. Il a la force du combattant, mais pas l’esprit qui va avec.
Des rencontres essentielles
En fait, les combats s’avèrent être un moyen de tester son enseignement et d’essayer de déceler ses quelques erreurs. Mais la tâche est difficile, on est loin d’être son meilleur juge. C’est de ses nombreuses rencontres avec des gens de passage que le jeune homme peut se confronter à d’autres visions de la vie. Il y a en premier lieu un prêtre qui lui fait remarquer sa brutalité excessive, puis ce forgeur d’âmes de samouraïs l’amenant à la découverte du monde des geishas. Il apprend dans un premier temps à contrôler ses émotions et surtout son arrogance, car après tout il sait pertinemment que c’est des autres qu’il doit apprendre. Des geishas, il va découvrir tout un art, celui de femmes courtisanes. De la même façon qu’un samouraï tenant du bout de son sabre le fil de la vie de son opposant, ou tout simplement la sienne, la courtisane lors de sa danse complexe en gestes, tient le fil rouge de la séduction. Musashi montrait déjà dans le premier épisode sa peur des femmes, il avait rejeté la plupart des femmes s’étant jetées dans ses bras. Ici, face à la courtisane mystérieuse et imperturbable, le jeune homme doit mettre en confrontation ses sentiments avec la réalité de son souhait, devenir un grand samouraï sous-entend être capable de séduire une courtisane jusqu’à l’acte finale, filmé tout en retenu par l’intermédiaire de la métaphore d’un feu.
Autour de Musashi
Entre toutes ces rencontres, l’histoire avance de pied ferme, le destin des personnages secondaires se dessine doucement. Ainsi Matahachi n’a rien d’un samouraï, sa vie se résume au remord quotidien d’avoir épouser une femme manipulatrice, et donc d’avoir gâché sa vie. Tout s’aggrave lorsqu’il entend parler de Musashi, son ancien camarade, et de sa notoriété. Fidèle à sa réputation de charmeur, Musashi est toujours attendu par deux jeunes femmes qui se rencontrent par pur hasard. Otsu est toujours proche d’un pont, elle pense voir passer un jour son homme. Son incroyable volonté est remarquable, elle a pratiquement dévoué sa vie à la recherche de son bien aimé, pendant que lui, moins reconnaissant, a choisi purement et simplement la voie du sabre à celle de l’amour. Akemi, soumise à la volonté terrifiante d’une mère n’ayant aucune considération pour elle, vit un cauchemar. Elle reste persuadée, elle aussi, de revoir un jour Musashi. Aimer ce grand samouraï en devenir est une tâche difficile qui apporte plus de difficultés que de soulagements. Evidemment la toile des personnes se recoupe parfaitement, Inagaki ne délaisse pas les personnages et les exploite tous, chacun amenant un obstacle ou une aide à Musashi.
Un adversaire de taille
Du côté de Musashi, il s’est impliqué dans un duel face à la célèbre école Yoshioka, considérée comme l’une des plus fortes du pays. N’ayant pas croisé le maître lors de sa venue au dojo, il se retrouve pris au piège par des subalternes tenant par tous les moyens d’éviter le déshonneur de leur maître, trop conscients du potentiel de Musashi. Bien sûr, des bassesses pareilles sont perpétrées dans le dos du maître, Inagaki lui laissant son statut d’honorable samouraï. Finalement, ce ne sont que les membres de l’école qui sont pointés du doigt de par les nombreux pièges tendus, la défense de l’honneur prend des proportions complètement absurde. L’un des apports principal de cet opus est la venue d’un autre samouraï, d’un niveau bien supérieur à celui du maître de l’école Yoshioka, il s’impose dès sa première apparition comme le futur véritable opposant de Musashi. L’idée d’Inagaki est d’ailleurs intelligente, la première chose que l’on aperçoit de cet homme est son sabre, nouvellement affûtée, une pièce somptueuse devant laquelle Musashi reste ébahie. Avant même d’avoir pu voir le visage du samouraï, tout est déjà dis et explicité par son arme d’une qualité supérieure.

L’Attente du samouraï
Plus que jamais, c’est à travers cet épisode que la réalisation d’Hiroshi Inagaki gagne en efficacité. Capable de poser des ambiances magnifiques comme celle du premier combat, il démontre son savoir-faire dans l’utilisation des décors de studios. Outre cette scène d’ouverture, il y a aussi le jardin de la maison des geishas filmé sous une douce chute de neige, accentuant la douceur froide de l’endroit, on peut aussi citer le combat de la rizière, là où les morts-vivants combattants s’enfoncent dans l’eau de vie. Mais là où le réalisateur se révèle, c’est pendant les combats. On arrive assez rapidement à comprendre qu’il n’est pas vraiment intéressé par l’action, ni celle des combats, ni une autre à l’image des coupures lors d’éventuelles scènes de passion. Non, Hiroshi Inagaki capture la phase d’observation déterminante, ce petit moment durant lequel les combattants sont perdus dans leurs pensées, essayant tant bien que mal de trouver la faille de l’opposant. À plusieurs reprises, il rend compte de plans somptueux dans lesquels les hommes sont figés et concentrés dans leur art. L’action qui suit n’est que finalement secondaire, elle est le fruit de cette longue maturation oppressante, et sans cette phase de réflexion, le combat n’est rien de plus qu’une confrontation animale.
Un chemin tranquille
Néanmoins, ce que l’on peut regretter de cet épisode, c’est les nombreux passages expédiés trop rapidement, comme dans la forge des esprits des samouraïs, ou encore le choix scénaristique de garder la vision de la voie des samouraïs comme pure. Notre Musashi semble traverser et évoluer très, trop, rapidement sous nos yeux, sans rencontrer de véritable mise en doute de la voie. Tout ce que fait l’homme c’est de suivre à la lettre son idéal, Inagaki souhaite sans doute ne pas entacher le mythe de Miyamoto Musashi en conservant l’image d’un homme cherchant l’approfondissement d’une voie à l’apparence parfaite, véritable horloge du samouraï. À la fin de l’épisode, il ne nous reste plus qu’à savourer l’annonce indirecte du grand combat entre les deux samouraïs, deux hommes ayant suivi avec force et rigueur la majestueuse et imperturbable Voie.


(4 votes, note moyenne: 4.25 sur 6)
