The Last Woman Of Shang - 1964 - Yueh Feng

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

Tanji (Linda Lin Dai) est la fille d’un seigneur (Tien Feng) qui vient d’être tué par l’Empereur Zhou (Shin Yeong-gyun) à cause du zèle d’un commissaire revanchard. Tanji devient l’une des concubines du Roi mais avec sa servante, elle a trouvé un moyen de se venger de l’Empereur : causer sa ruine.

The Last Woman of Shang impressionne dès son ouverture avec une scène herculéenne dans laquelle s’affronte deux armées, la bataille est sanglante, des hommes vont être décapités, d’autres transpercés ! Pour pouvoir mener correctement cette grande histoire épique, la production n’a pas lésiné sur les moyens, l’ouverture est à l’image du reste du film. C’est grandiose et vaste, il y a énormément de figurants et les décors sont somptueux et variés ! Autant dire qu’on est très loin des futurs wu xia pian faussement grandiose comme Raw Courage, qui s’ouvrent avec une bataille incroyable pour finalement reprendre quelques minutes plus tard une action beaucoup plus minimaliste, sans pour autant être dénuée d’intérêt. Avec The Last Woman of Shang on se retrouve face à une véritable grosse production de la Shaw Brothers.

The Last Woman Of Shang  - 1964

Yueh Feng prend en main la réalisation de ce gros film, chez nous ce réalisateur n’est pas vraiment connu, pour ma part le seul film que j’ai pu voir de lui est The Bells of Death, il m’a été suffisant pour comprendre à quel point cet homme savait manier une caméra. S’il n’adopte pas la même énergie visuelle que dans ce futur wu xia pian, il reste capable de rendre compte de la grandeur des décors et de leur beauté. Il tire parfaitement à profit de l’espace dont il dispose, tout est fluide et magistrale. Pour une production de ce genre, il fait plus que de se satisfaire d’une réalisation efficace mais banale, il arrive à faire ressortir la folie qui émane de ces personnages coincés dans un environnement d’or. Il sait d’ailleurs très bien jouer avec les éléments du décor.

Pour un histoire épique pareille, il faut absolument un sujet en or, quoi de mieux que l’Histoire de Chine elle-même ? Le film se déroule aux environs de l’année – 1046 avant J.C, l’Empereur Zhou est le dernier descendant de la grande Dynastie Shang qui a régné sur la Chine pendant près de 600 ans, ce qui représente 17 générations pour 30 Empereurs ! Cette Dynastie est l’une des premières de l’Histoire de Chine.

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

Ce petit descendant est évidemment un homme tyrannique qui ne pense qu’à sa gloire et à l’expansion que de ses territoires. C’est un chef militaire redoutable qui vole de victoire en victoire comme nous le montre l’ouverture du film, son armée ne craint personne ! Si un seigneur oublie de lui payer des impôts, il peut décider d’aller s’accaparer les territoires du traître. Cet homme est sans scrupule, il n’écoute pas vraiment ses conseillers qui essayent pourtant de lui faire oublier les meurtres et la guerre au profit de la paix, ce qui serait à leurs avis plus bénéfique pour la population. C’est un choix impossible pour l’Empereur, la guerre est le seul moyen d’étendre son pouvoir, la paix c’est pour les faibles.

En tant qu’Empereur tyrannique, il dispose de fidèles admirateurs qui font tout pour être bien vu auprès de lui. Ces hommes sont eux aussi contaminés par l’avidité du pouvoir et de l’argent, ils ne reculent envers aucunes actions immorales tant que ces choix servent totalement le régime. Un commissaire abuse par exemple de sa situation pour se venger du père de Tanji, ce seigneur avait pratiquement surpris l’homme entrain d’essayer de violer sa fille ! Il parait normal que le père lui demande poliment de s’en aller, il ne le chasse vraiment pas, il lui demande simplement de s’en aller. Malheureusement, c’est la rancune du petit commissaire qui gagnera. Les premières images du film montraient bien à quoi il fallait s’attendre de cet univers impérial : la barbarie, les complots…

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

Yueh Feng arrive tout de même à contrebalancer légèrement cette vision d’un monde cruel, il existe des coins de paradis et des gens qui se retrouvent finalement dans une position de victime. Les exemples les plus concrets, ce sont les personnages de Tanji et de Ji Fa. La première devient malgré elle l’Impératrice, le second devient chef de la rébellion après avoir été fait prisonnier et avoir été torturé ! Ils se rencontrent par hasard lors d’une sortie dans un coin tranquille et calme, ils sympathisent très vite au point qu’ils tombent rapidement amoureux l’un de l’autre, mais comme souvent, l’amour est impossible, la destinée a d’autres plans pour eux.

Une fois que la femme appartient au monde impérial, elle n’a pas d’autres choix que de se soumettre, évidemment elle compte se venger en ruinant ce tyran. L’idée de vengeance est assez simple, comme souvent si on laisse le proche d’un ennemi en vie, il faut s’attendre à subir un jour ou l’autre sa vengeance. Pour une femme, ce n’est pas forcément aussi simple, elle ne peut pas agir par la force comme le fera un homme, elle doit trouver une solution plus subtile : utiliser la démesure et la folie d’un homme contre lui-même !

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

Puisque l’Empereur promet de satisfaire tous les besoins de Tanji, alors elle lui demande de décrocher une étoile du ciel ! Impossible ? Oui totalement, mais l’Empereur ne peut nier sa faiblesse, alors il lance la construction d’une tour. Néanmoins la femme commence à ressembler au tyran. Pour assouvir la vengeance, elle pense avant tout à son nombril. À cette époque là, la construction d’une tour aussi grande nécessitait forcément des ressources humains et financières importantes. Si d’un côté l’Empereur se ruine, de l’autre côté il ruine aussi son peuple, il est encore loin le temps des syndicats, les hommes travaillent dans des conditions pitoyables avec des gardes qui les fouettent ! De l’extérieur du microcosme du château impérial, les gens souhaitent à tout prix la mort de cette Impératrice tout aussi folle que son mari !

De même, lors de réception elle joue à une espèce de cache-cache avec l’Empereur. Il y a de la nourriture, des bassins de vin, des danseuses, mais le couple s’en moque totalement, ils poussent les gens comme de vulgaires objets, l’Empereur va même jusqu’à jeter un couteau en l’air sans se soucier de son atterrissage, une danseuse sera tuée ! Si le but d’origine de Tanji est louable, sa manière d’agir est impardonnable au même titre que celle du tyran

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

Bizarrement, le film a souvent été considéré comme un opéra huangmei, tout comme The Goddess of Mercy. Cela s’explique en partie par la présence de quelques danses et d’un chant !

Dans les deux films néanmoins, les danses sont splendides. En ce qui concerne The Last Woman of Shang Yueh Feng ajoute quelques lumières colorées venant donner un côté magique à la danse. La lumière est suffisamment légère pour se faire remarquer, il y a du bleu, de l’orange, du vert qui ressortent sur les manches blanches des danseuses. Durant la première danse, Linda Lin Dai chante pendant quelques secondes et danse avec grâce, c’est vraiment magnifique.

D’après ce que j’ai pu lire, le personnage de Tanji est fictif, il n’a pas existé dans la réalité. La chute et la mort de l’Empereur Zhou sont assez fidèlement représentées dans le film, quelques détails sont quand même changés. Alors que les troupes rebelles attaquent son château, dans la réalité il aurait mis volontairement le feu aux bâtiments avant de se suicider.

The Last Woman Of Shang  - 1964 - Yueh Feng

The Last Woman Of Shang est un chef d’œuvre du studio de la Shaw Brothers méconnu par chez nous, au même titre que Yueh Feng, excellent réalisateur. Le film dresse un portrait nuancer de la vengeance d’une femme qui va devoir affronter quelques petits rebondissements assez surprenants et parfois tout bonnement dégueulasse, mais sa beauté aura toujours raison des doutes de l’Empereur. The Last Woman Of Shang est une sorte de Péplum Chinois grandiose montrant la fin d’une glorieuse Dynastie, avec ces batailles, ses mouvements de foules incontrôlables, mais surtout la folie d’un dirigeant.

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Posted on 19 May 2006
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