Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

Deux concubines s’affrontent pour obtenir le titre de l’Impératrice, la première qui accouchera d’un fils deviendra la femme de l’Empereur. Li Zheng Fei est justement enceinte, ce qui attire la jalousie de sa concurrente Liu (Kao Pao-shu). Le jour fatidique arrive, et Liu met en place un plan machiavélique pour faire radier Li de la cour de l’Empereur, allant même jusqu’à manipuler l’Empereur pour qu’il donne l’ordre de la tuer. Une servante nommée Kho Zhu (Ivy Ling Po) lui vient en aide au risque de sa propre vie. 10 ans plus, dans une province alors que le juge Bao Zhen (Chin Feng) se balade, il est interpellé par un jeune homme qui lui demande d’aller rencontrer sa mère, une femme qui subit une injustice depuis très longtemps. En tant que juge renommé pour son impartialité, il se doit d’aller voir la vieille femme.

La réalisation de Inside the Forbidden City est confiée à Kao Li, la Shaw Brothers essaye depuis quelques temps de trouver une alternative à Li Han-hsiang dans l’espoir d’amener du sang nouveau à l’opéra huangmei. Kao Li n’est pas très connu, il a peu de films à son actif et pour être franc il a de la chance d’avoir sous la main un scénario co-signé Chang Cheh. Le travail du réalisateur sur ce genre de production est souvent classique, sobre et efficace, Kao Li n’échappe pas à cette vérité. En plus d’un scénario portant l’empreinte de l’ogre en devenir, il bénéficie des atouts d’un studio. L’opéra huangmei vu par la Shaw Brothers est la plupart du temps transposé dans la Chine Antique, ce qui nous laisse le plaisir de déguster des décors riches et colorés, ainsi que des costumes toujours très beaux eux aussi. Dans sa forme, Inside the Forbidden City n’a donc rien de particulier, il exploite avec efficacité du matériel disponible dans les studios de la Shaw Brothers.

Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

Le récit semble se situer durant la Dynastie Sung (960-1279), c’est le seul élément historique présent dans le film, on peut donc penser qu’au contraire d’un Li Han-hsiang qui s’inspire de faits historiques pour construire la trame son film, Kao Li utilise ce fond pour bâtir une histoire fictive. Nous délaissons les grands noms de l’Histoire de Chine pour un récit machiavélique pourtant digne d’évènements historiques.

La future Impératrice Li est une garce qui fait tout pour parvenir à toucher le trône, c’est une manipulatrice qui se sert de l’Empereur. Pour commencer elle fait passer l’enfant de sa concurrente pour un monstre, un ‘gnome’. Le nouveau né n’est pas déguisé en petit gnome, ce genre de folie arrivera un peu plus tard dans le film, il est tout simplement enlevé et remplacer par un chat tondu ! Evidemment, une mère qui met au monde un monstre ne peut être qu’une sorcière qu’il faut mettre à l’écart du reste de la cour.

On remarque plusieurs points : d’abord comme dans tous les opéras huangmei, les personnages principaux sont des femmes, ce sont les reines de l’histoire au détriment des hommes. Cette féminisation outrancière des films explique sans problème pourquoi Chang Cheh ne fera que de rabaisser ses personnages féminins dans ses films. Mais déjà dans ce film on peut sentir un zeste de cynisme face à cette folie féminine présente dans la première partie du film, de la part du co-scénariste. En effet, il prend plaisir à humilier les personnages, qu’ils soient masculins ou féminins. Par exemple, le personnage de l’Empereur est un imbécile dénué de bon sens, il est totalement naïf et ne se pose aucune question. Ce personnage est en général dans beaucoup de film toujours montré comme un homme cherchant l’amour, il ne s’intéresse jamais au peuple, à croire qu’il n’a pas d’obligation politique. Chang Cheh enfonce ce symbole au summum du ridicule. Il ne voit pas que le ‘gnome’ est en fait un chat, il ne comprend pas que la concubine Li joue sur des croyances. À coté de cet homme, il se tient la machiavélique Li. Bien qu’étant une femme, ce personnage subit les règles de l’avidité du pouvoir, à croire que l’Empereur c’est elle dès le départ du film.

Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

La première partie du film se construit sur la forme d’un flash-back, une vieille femme aveugle raconte à un juge son histoire. Son handicap et une preuve semblent indiquer qu’elle ne ment pas, on ne sait jamais vraiment si son histoire est la réalité ou bien simplement le fantasme d’une femme qui aurait aimé être Li. En tout cas, dès que le présent reprend son cours normal, les femmes perdent de l’importance et les hommes, pourtant décrits comme faibles ou idiots, deviennent les éléments porteurs du récit. On est surpris de voir que l’Impératrice Li n’a plus rien à voir avec le portrait fait dans la première partie, elle semble effacée et soumise. Le personnage principal de cette partie va être le juge Bao Zhen (Chin Feng reprendra à peu près le même rôle dans King Cat), c’est un homme prônant un idéal de justice, sans s’attacher aux origines des individus jugés. Pour preuve, il s’attaque directement à l’Empereur ! On est bien dans de la fiction.

Dans cette partie, nous sommes dans un monde d’homme, c’est une affaire qui ne concerne pratiquement que les hommes, les femmes n’ont pas leur place dans la quête du rétablissement de la vérité, elles font partie du mécanisme machiavélique.

Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

Inside the Forbidden City n’est pas un opéra huangmei à part entière, il contient au final assez peu de chant ou de musique, on est plus dans un drame historique que dans un film comme The Love Etern. Les quelques chants sont utilisés en tant que confession. Chaque personnage qui va chanter va en effet avouer ses troubles et ses sentiments. Par exemple, Ivy Ling Po nous fait part de son hésitation lorsqu’elle est censée noyer le nourrisson, le juge avoue sa découverte à l’Empereur quand il l’accuse et enfin le méchant de l’histoire confesse ses fautes. Il y a une utilisation modérée de ce support, hors d’un aveu quelconque, les personnes s’expriment normalement.

Je parlais de folie avec l’histoire du ‘gnome-chat’, mais cette anecdote n’est rien comparée à la mise en place d’un procès en Enfer du principal responsable ! Il faut bien lire le mot ‘Enfer’ ! Des hommes à têtes de vaches vont emmener l’accusé devant le diable pour qu’il soit jugé. Le principal témoin est la servante Kho Zhu. Le couple doit faire face à ses propres démons, le tout baigne dans une couleur verte rouge qui fait sortir distinctement la scène du classicisme du reste du film. L’idée de ce procès théâtrale est inattendue et géniale.

Inside The Forbidden City - 1965 - Kao Li

Inside the Forbidden City est un film agréable sans être l’une des grandes réussites des opéras huangmei de la Shaw Brothers. Il est d’ailleurs surprenant de voir ce film considéré comme un opéra, il n’y a qu’une simple utilisation modérée de la musique avec une seule danse ! Néanmoins, le scénario co-signé par Chang Cheh relève le film de la petite production anonyme, c’est en partie grâce à lui que le film apporte un peu de sang neuf dans ces productions qui ont tendance à s’aligner les unes sur les autres, avec peu d’imagination.

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Posted on 15 April 2006
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In Shaw Brothers
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