The Lotus Lamp - 1965 - Yueh Feng

The Lotus Lamp - 1965 - Yueh Feng

Liu (Cheng Pei Pei) est un jeune étudiant qui vient de se perdre dans la montage Hua, il trouve refuge dans un temple consacré à la Déesse de la montagne (Lin Dai). Devant l’idole de la Déesse, il se demande comment les dieux font pour supporter la solitude, puis fait une prieur en faisant sonner un gong. Le bruit parvient jusqu’aux oreilles de la Déesse qui décide avec la fée Lingzhi (Li Ching) de descendre sur terre. La déesse est touchée par l’intérêt que lui porte Liu, à son réveil il tombe amoureux de la belle femme. Mais une relation entre un humain et un dieu est totalement proscrite, le Dieu Trois oeils (Tien Feng) applique la règle quand le couple se marie et qu’un enfant naît. Il enterre la déesse sous la montagne. Liu se retrouve livré à lui-même avec l’enfant, il compte l’élever pour qu’il accomplisse la vengeance.

Après avoir tourner The Last Woman of Shang, une grande épopée surprenante, Yueh Feng se lance dans l’expérience de The Lotus Lamp. D’habitude, il exprime sa folie via une mise en scène toujours très riche et dynamique qui change du cadre classique habituel de l’époque. Mais pour une fois, il va se laisser tenter par les délires visuels, qui seront repris quelques mois plus tard par Ho Meng Hua avec The Monkey Goes West. Que doit on entendre par délires visuels ? Un chien qui se transforme en homme, une lampe qui envoie un jet de lumière sur la planète entière et surtout une ambiance particulière avec de la brume permanente. Cela ne suffit pas pour satisfaire Yueh Feng, il pense alors à ajouter quelques petites scènes de combats avec des armes, qui subissent bien évidemment le grain de folie du réalisateur. Il ne faut pas s’attendre à des combats incroyablement vivants, le wu xia pian n’est encore qu’un fœtus qui commencera à évoluer en octobre 1965 avec le film The Temple of the Red Lotus, projet supervisé entre autre par Chang Cheh.

D’une certaine façon, il semble que Yueh Feng ait devancé plusieurs modes qui feront fureur d’ici quelques années à Hong Kong et qui assureront son prestige. On peut bien considérer The Lotus Lamp comme une expérience avant gardiste dans laquelle l’opéra huangmei croise le fer avec un embryon de wu xia pian, le tout transplanté dans un univers onirique et divin.

The Lotus Lamp - 1965 - Yueh Feng

Yueh Feng est aussi le scénariste du film, il écrit une vengeance, ce thème semble l’intéresser particulièrement comme il l’a prouvé avec The Last Woman of Shang et comme il le remontrera avec The Bells of Death. Sa vengeance se place au sein d’une famille hors norme, il en profite pour exploser les clichés de l’opéra huangmei dans lequel on retrouve souvent un Empereur amoureux d’une simple femme, ou l’inverse. À ce courant, il convient d’ajouter celui de l’étudiant amoureux d’une femme, héritier direct de The Love Etern. Yueh Feng mélange ces deux schémas en les poussant à leurs propres limites, l’Impératrice devient une Déesse, et l’étudiant perd son statut pour n’être au final qu’un petit paysan triste.

Se retrouver dans un milieu divin est l’occasion parfaite pour créer une atmosphère assez spéciale avec des décors presque abstraits où seul la brume domine l’écran. Pao Hsueh-li et Chor Yuen ré-exploiteront à leur manière cette idée qui donne aux scènes un ton irréelle et merveilleux.

Pour ce film, il retrouve l’actrice Lin Dai, qui joue un double rôle, celui de la Déesse et de l’enfant. Il semble qu’à l’origine du projet, ce devait être Ivy Ling Po dans le rôle de l’enfant, elle a bizarrement disparu à l’écran, mais on peut toujours profiter de ses talents de chanteuse ! Apparemment, Lin Dai aurait tout fait pour faire virer Ivy Ling Po du tournage. Quoiqu’il en soit, la vedette du studio ne finira pas ce film, il y a quelques scènes dans lesquelles l’actrice est doublée, elles sont principalement au tout début du film. En effet, Lin Dai s’est suicidée en 1964.

Cheng Pei Pei fait ses débuts, elle incarne un jeune homme et aura la chance de pouvoir porter une petite barbe ! Dans une interview elle parlait justement de ce genre de rôle ‘mixte’ en disant qu’elle ne se trouve pas très crédible, il aurait mieux fallu trouver un acteur, mais qu’à l’époque la coutume pour les opéras huangmei était comme ça. En clair, elle était contente d’être passée à des rôles plus intéressants par la suite comme celui de ‘L’Hirondelle d’Or’.
Pour conclure le trio, il y a Li Ching, actrice déjà habituée à ce genre et qui donne toujours des bonnes prestations.

The Lotus Lamp - 1965 - Yueh Feng

Le film dispose à son actif de plusieurs points intéressants comme des actrices de renom et l’ambition avant gardiste de Yueh Feng.

Mais les ambitions ne sont pas suffisantes pour maintenir le film, l’histoire de vengeance est ennuyeuse et traîne un peu en longueur. D’ailleurs, l’élément perturbateur tombe du ciel et semble invraisemblable, Yueh Feng essaye de trouver un moyen de se sortir de sa boue afin de relance un peu le film. Un autre problème intervient, les personnages ne ressortent pas vraiment, ils ne sont pas charismatiques pour un sou. Ce sont des clichés mal assumés.

On a l’enfant pleurnichard qui veut connaître sa maman, le père continuellement triste… Rien d’extraordinaire, c’est trop banal pour un projet qui s’annonçait comme surprenant ! Pour finir son histoire, Yueh Feng nous replonge dans une situation totalement loufoque et ridicule dans laquelle le Dieu du Tonnerre doit former le jeune homme. On s’attend à une scène d’entraînement, mais on aura au final un résultat assez délirant et rapidement expédié. Le Dieu du Tonnerre et ses disciples se jettent dans une marmite pleine de feu pour forger une arme qui pourra venger la pauvre famille. Si le réalisateur fait preuve par moment de petite poussée de folie, il en arrive à se modérer dans des scènes qui auraient justement nécessité un coup de dynamique.

Il oublie de donner de la cohérence à son histoire, c’est ces trous scénaristiques qui font en parti perdre au film son rythme.

The Lotus Lamp - 1965 - Yueh Feng

The Lotus Lamp est loin d’arriver à tenir toutes ces promesses, en voulant faire de son film une expérience totalement folle, Yueh Feng en oublie de travailler et d’approfondir les bases.
Heureusement, il se reprend avec son prochain film The West Chamber, bien plus classique. The Lotus Lamp reste un film mineur qui est surtout connu pour être l’une des dernières apparitions de la vedette Lin Dai dans le rôle d’une femme plus âgée. L’idée de départ de Yueh Feng était quand même novatrice et intéressante, mais cela n’est pas suffisant pour rivaliser avec ces autres réalisations.

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Posted on 9 April 2006
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