The Angel With The Iron Fists - 1969 - Lo Wei


Ai Si (Lily Ho) est l’espionne ‘009’ envoyée par Londres pour démanteler le groupe des Anges Noires, des femmes voulant soumettre le monde entier à un produit révolutionnaire. Elle se fait passer pour Luo Na, la maîtresse du grand bandit surnommé ‘Le Chauve’.
James Bond, l’espion de Sa Majestée la Reine d’Angleterre, est un énorme succès, ce personnage de fiction permet à Sean Connery d’atteindre le statut de grande vedette classieuse. Victime de sa réputation, l’agent 007 va inspirer bon nombre de films, aussi bien en Occident qu’en Orient. Pour la Shaw Brothers, c’est l’occasion de donner à Hong Kong sa propre version de James Bond dans laquelle le studio va mettre à profit quelques unes de ces grandes vedettes, à commencer par la jeune Lily Ho.

Les nombreux opéras huangmei ou drames modernes produits par la Shaw Brothers nous auront montré l’un des atouts de ce studio : les femmes. On ne peut oublier Li Li-hua, Betty Loh Ti, Li Ching… la liste est longue ! C’était l’un des paris de base de la Shaw, donner à Hong Kong ses propres magnifiques vedettes, alors pourquoi ne pas créer une james bond girl qui serait la réponse hong kongaise à Sean Connery. L’idée existe aussi en Occident, pour preuve Fathom, qui s’avère tout aussi délirant que le produit bondien de la Shaw.
The Angel With The Iron Fists est un film féminin, l’histoire donne une place importante aux femmes car tous les personnages principaux du récit sont des femmes. 009 fait face à une organisation internationale de femmes voulant s’enrichir avec un produit miracle qui se révèle être une sorte de drogue pour le consommateur, d’où l’intérêt. Les hommes sont réduits à des rôles plus ou moins secondaires qui n’ont en tout cas pas le même charisme que les femmes. D’ailleurs Ai Si semble être la seule alternative à la mort de l’agent 166 au début, la réplique parfaite de James Bond. Quand l’homme échoue dans sa tâche, c’est une femme qui vient résoudre le problème. Les hommes occupent des postes de soumis, on retrouve des hommes de mains servant le gang des Anges Noires, des scientifiques au service de la science et des policiers appliquant consciencieusement la loi, comme quoi la part féminine du monde domine littéralement chaque personnage masculin

Mais d’un autre côté, les femmes sont loin d’être totalement indépendantes. Lo Wei les renferme dans les clichés habituels. En tant qu’espionne, Ai Si doit se créer une couverture parfaite pour se faire intégrer par les Anges Noires. L’agent 009 est une belle femme qui prend soin de cultiver sa féminité, avec du maquillage, des bijoux, des vêtements mettant en valeur ses formes. Ce n’est pas un hasard de retrouver Lily Ho dans un rôle pareil, à cette époque elle était considérée comme l’une des actrices du studio les plus féminines à l’inverse de Cheng Pei Pei par exemple. Le charme est la première arme de la femme. C’est par son grand intérêt pour les bijoux que l’agent 009 se fait une relation qui va lui donner accès au groupe démoniaque.
Les méchantes adoptent une allure similaire, la chef du gang se démarque légèrement par son côté sévère, c’est d’ailleurs la seule femme du film qui porte des vêtements bien fermés. Ses subordonnées sont bien mises en valeur avec une tenue légère ou une féminité exacerbée à la limite du vulgaire.

L’un des points forts de la série James Bond, c’est les gadgets qui sont toujours plus marrants les uns des autres. Lo Wei ne pouvait passer à côté de cet élément primordial. Les gadgets de l’agent 009 vont être un sac à main pouvant tirer des balles mortelles sur les deux côtés, une montre cachant deux bombes, un collier appareil photo, des lunettes classes détectant les micros cachés, un parfum somnifère… Bref, ces gadgets délirants s’adaptent au cliché de la femme élégante. Lo Wei n’hésite pas à appuyer la féminité des femmes avec la nudité – vue de dos – et des tenues assez légères comme durant la scène du défilée des Anges Noires.
Un agent ne peut se reposer sur son apparence physique, il doit tout de même être capable de se défendre, et c’est le cas ! Il y a une scène mémorable dans laquelle Luo Na et Miss Dolly (Fanny Fan) vont s’affronter à mains nues ! La raison du combat le rend assez débile mais toujours jouissif. Les deux femmes vont se gripper le chignon parce que Miss Dolly est jalouse de la belle espionne 009 qui lui vole son homme et sa situation. Le combat est en lui-même irréaliste et pas du tout crédible, m’enfin peu importe c’est surprenant.

Le pire, tant mieux pour nous, c’est que les hommes aussi se battent entre eux vers la fin, et là c’est tout aussi surprenant. Tang Ching fait son maximum mais le tout manque cruellement de souplesse et de crédibilité. Après tout, l’heure du kung fu n’a pas encore sonné, il n’y a pas d’exemple particulier à suivre.
De même, il y a l’éternelle course poursuite avec au final les méchants qui se cachent et changent de voiture. En fait, ici ils vont repeindre en une minute leur voiture avec des petites bombes. C’est ça le charme du monde bondien !

On est plus habitué à voir des productions de la Shaw en costume et dans des décors somptueux faisant revivre l’époque antique de l’Histoire de Chine. Et à chaque nouveau film contemporain on éprouve toujours la même surprise, les décors sont kitch. Les années 60 n’ont pas engendré que des révolutions de valeurs, elles ont aussi donné naissance à des papiers peints horribles. De toute façon, le film assume pleinement son visuel limite psychédélique dès le générique avec ses formes abstraites et ces nombreuses couleurs, le tout baigné par une musique typique de l’époque.
Les décors prennent une autre dimension quand ils arrivent à exprimer la folie habituelle des grands méchants bondiens. En effet, le repaire des Anges Noires est composé de nombreux pièges dangereux, visuellement l’endroit ressemble à un vaisseau spatial avec des portes coulissantes et ces couleurs vives très kitch elles aussi.

Le principal reproche que l’on peut adresser à la copie du film, c’est les musiques. Elles ont été totalement retravaillé au synthé, leur sonorité est affreuse. Elles viennent alourdir chaque scène sans scrupule !
The Angel With The Iron Fists est un produit de la Shaw complètement délirant, totalement parallèle aux productions de l’époque c’est une drôlerie bourrée de détails marrants. La richesse des idées toujours plus folles les unes des autres constitue l’un des avantages du film, si ce n’est pas le principal. Car l’histoire se révèle sans grand intérêt et les personnages demeurent à jamais des clichés, en fait le monde de l’agent 009 ressemble à un gros foutoir peuplé d’incohérences qui font tout son charme.

C’est une bonne occasion de voir Lily Ho se battre, faire des galipettes non-érotiques, d’utiliser des gadgets surréalistes, en somme jouer à 007 avec les moyens de la Shaw Brothers.
The Angel With The Iron Fists sera un tel succès qu’une suite verra le jour en 1968, avec toujours l’incroyable Lily Ho dans le rôle titre.


