Killers Five - 1969 - Cheng Kang

Cheng Kang est un vétéran du studio bien connu pour ses nombreux scénarios dont ceux de la quadrilogie du Roi Singe réalisé par Ho Meng Hua, grand fou du studio. Cheng Kang ne s’est pas cantonné qu’à l’écriture de scénarios, c’est aussi un très bon réalisateur, père du génial The Sword of Swords, son précédent film.
La fille du duc Cao Gui Wei (Yeung Chi Hing) a été capturée par Jin Tianlong (Tong Dik) un bandit redoutable. Le duc demande à Yue Zhenbei (Tang Ching) un sabreur digne de confiance d’aller l’a sauver. Pour réussir cette mission Yue Zhenbei va devoir recruter quatre autres individus ayant chacun un atout.

Après un gros morceau comme The Sword Of Swords, Cheng Kang change totalement de registre, on oublie tout de suite Jimmy Wang Yu la célèbre tête d’affiche de l’époque pour revenir sur un film largement plus minimaliste. Le casting de Killers Five est composé des grands seconds rôles de la décennie, on retrouve Ku Feng, Tang Ching, Wong Kwong Yue, Yeung Chi Hing, Cheng Miu. Histoire d’ajouter une touche féminine à l’équipe, Cheng Kang pense à Li Ching qui est la seule véritable grande vedette à jouer dans ce film.
En tant que scénariste, Cheng Kang donne à chacun de ses personnages une importance et une qualité propre aux individus. Il faut avouer que le scénario se prête parfaitement à ce jeu, on commence par une présentation extrêmement rapide de la situation de départ pour passer au voyage vers l’antre du bandit, manière habituelle de faire la rencontre des différents personnages et de mettre en scène leur caractère.

Yue Zhenbei (Tang Ching) est un sabreur innocent et plein de volonté, il incarne parfaitement les valeurs d’héroïsme, de sacrifice, on peut regretter que Tang Ching soit un peu trop transparent, il manque de charisme. Il est rapidement effacé par les autres personnages du groupe comme celui de Li Ching. Cette dernière est la fille d’un de ses amis, un très bon archer, mais malheureusement il n’est pas présent ce qui permet à sa soeurette de tenter sa chance puisqu’elle aussi sait manier une petite arbalète. C’est un personnage qui cherche la reconnaissance des autres, cette fille attend de pouvoir se sortir de sa simple condition de petite sœur effacée par le talent de son grand frère.
Sur leur route, le couple rencontrera le personnage de Ku Feng, un grand parieur propriétaire d’une petite embarcation et père de famille. On est habitué à voir cet acteur sous les traits du gros méchant au même titre que Tien Feng, le changement est radical, il est ici insouciant, moqueur, un peu niais mais au fond très valeureux. Sa femme est sans cesse derrière lui pour l’empêcher de passer son temps à parier, elle préférerait le voir travailler. Il se voit forcer d’accompagner notre couple après avoir perdu un énième pari, il les mènera vers son frère, un homme fort et robuste qui a un penchant assez marqué pour tout ce qui ressemble à de l’alcool.

On se retrouve face à deux duos, le couple Li Ching – Tang Ching un peu trop stricte et les deux frères au caractère opposé qui nous feront souvent rire. Ku Feng n’arrête jamais de tourner en dérision son frère, il lui fait faire toutes les tâches embetantes comme aller chercher du feu de bois. Il ne manque plus qu’un électron libre dans cette équipe déjà bien complète.
Le choix se portera sur Wong Kwong Yue, lui aussi un habitué des rôles de méchant vicieux, de petit crétin. Il incarne un jeune homme habile et mystérieux assez distant avec les autres. Il sait jouer de sa distance et de sa réputation pour aller d’un camp à l’autre, mais évidemment il se range aux côtés de notre équipe.
Cheng Kang réussit à donner à ces acteurs une possibilité de changer de registre, ce qui peut causer problème avec ces rôles c’est tout simplement la fadeur de certains acteurs. Tang Ching n’a pas les épaules pour incarner ce sabreur vaillant et courageux, Li Ching n’est pas crédible en combattante et Wong Kwong Yue est un peu trop effacé, c’est dommage que son personnage n’ait pas une importance plus marqué. Pour les deux frères, c’est parfait et génial, ils donnent au film une bonne dose d’humour et de sourires permettant de détendre par moment une ambiance un peu trop pesante.

La réalisation est elle aussi bien loin de The Sword of Swords, il n’y a plus la dose de sadisme, il faut dire que le casting n’a pas la même allure et que descendre Jimmy Wang Yu La vedette du studio a un côté plutôt marrant. On retrouvera dans ce film que quelques jets de sang dans les dernières scènes, c’est tout, Cheng Kang n’enfoncera aucun personnage de son groupe principal. Les combats ne sont d’ailleurs pas le point fort du film, ils sont dans l’ensemble relativement mous et peu crédibles, ce qui peut expliquer que dans certaines phases Cheng Kang opte pour un montage assez frénétique qui ne laisse pas le temps de bien saisir ce que l’on voit, c’est une bonne méthode pour combler la lenteur des scènes d’action, mais ça ne camoufle pas ce défaut pour autant. Il est amusant de constater que le nom du chorégraphe n’apparaît pas dans le générique du film, avec quelques recherches on peut découvrir que c’est Han Ying Chieh qui s’est occupé des combats, c’était le grand chorégraphe de la Shaw Brothers avant l’arrivé du couple fatal Lau Kar Leung – Tong Gai, on peut supposer que son escapade à Taiwan pour travailler avec King Hu n’a pas été apprécié par Run Run Shaw, d’où l’omission de son nom au générique.
Les quelques combats du film manquent vraiment de tonus, Li Ching et Tang Ching sont aussi deux gros points noirs, Li Ching ne rivalise jamais avec l’icône Cheng Pei Pei bien que ses mouvements essayent d’avoir la même grâce et ampleur que ceux de l’Hirondelle d’Or. C’est clairement une belle femme, mais elle n’a pas sa place, au même titre que Lily Ho, au milieu d’un combat sanglant et bien violent.
On notera aussi quelques mauvais raccords/montage un peu grossiers, par exemple d’un plan à l’autre on remarque que Li Ching change soudainement de vêtements passant de marron à vert ! C’est assez surprenant de voir qu’une erreur pareille n’a pas été remarquée lors du montage.

Cheng Kang réalise avec Killers Five un petit film avec quelques délires visuels expérimentaux servant sympathiquement une histoire basique qui permet d’ancrer d’une très bonne façon les personnages principaux. Killers Five est loin des grosses productions, on est ici plus dans les petites réalisations minimalistes utilisant à bon escient des acteurs habitués aux éternels seconds rôles. C’est un défi intéressant pour Cheng Kang, réalisateur de The Sword of Swords et du futur Les 14 Amazones, Killers Five reste un film mineur divertissant qui lui permet de continuer de jouer sur la différence acteur/personnage.


