The Goddess Of Mercy - 1969 - Sang Okk & Won Sik

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

En 1956, une grande épopée biblique sortait sur les écrans de la planète entière, l’histoire de Moïse marquera les scénaristes Hong Kongais à tel point que 11 ans plus tard, en 1967 alors que le wu xia pian commence doucement à prendre son importance, la Shaw Brothers co-produira avec la Corée du Sud l’histoire incroyable de The Goddess Of Mercy.

La princesse Li Miao Shan (Li Li-Hua) ne supporte pas de voir son père (Kim Song-ho), grand général enchaînant victoire sur victoires, maltraitant aussi bien les prisonniers que son propre peuple. En voyant un prince déchu bouddhiste prêcher l’enseignement de Bouddha, elle comprend qu’elle doit suivre ces idées et venir en aide à ces pauvres gens opprimés.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

The Goddess of Mercy se base sur l’histoire du bodhisattva de la compassion qui dans l’une de ses formes a été la jeune Li Miao Shan. Ce fait original semble assez éloigné de cette adaptation cinématographique d’après ce que j’ai pu lire. La princesse Li Miao Shang refuse de se marier à l’homme choisit par son père le Roi, ce dernier ne supporte pas cet affront et la chasse du palais, elle reste dans les jardins pour y effectuer les tâches domestiques avant d’être envoyé dans une pagode où des bonzes doivent lui faire changer d’avis en confrontant sa foi avec des tâches toujours plus difficiles. Le Roi, un peu parano donne l’ordre de brûler la pagode, c’est durant l’incendie du bâtiment que la jeune femme fait appel à Bouddha pour être sauvé. La différence entre le récit d’origine et le récit cinématographique est flagrante.

Dans le film, la jeune princesse incarnée par l’une des vedettes de la première vague d’actrices de la Shaw Brothers, la belle Li Li-Hua. Cette princesse ne se sent pas dans son élément, elle ne supporte pas de voir des braves gens réduits à l’état d’esclaves. La jeune femme trouve qu’il est anormal de ne pas considérer des prisonniers comme étant des êtres humains qui ont eux aussi une famille, des sentiments. Il faut bien sur ajouté à cela, la famine. Pendant que le Roi se goinfre de poulets bien gras et d’autres plats tout aussi bons, le peuple n’a rien pour manger, il est livré à lui-même. Cette princesse décide d’agir en allant voir les prisonniers, en allant aider les gens en difficultés. Elle fait différentes rencontres, dont la plus importante pour la suite du film est celle avec le prince déchu qui souhaite être puni à la place de la population, il montre à la princesse son sens du sacrifice et du don. Il lui explique que sa compassion envers son peuple est éternelle alors les possessions matérielles et la gloire ne sont que temporaires.

En fait dans la première partie du film, les réalisateurs, Shin Sang Okk et Lim Won Sik, dessinent doucement la fracture existante entre la princesse et le reste de sa famille.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

Sa tenue vestimentaire est un élément marquant bien cette fracture, car si elle porte les vêtements royaux devant sa famille, elle devient plus modeste auprès du peuple. Ce parti pris pour des misérables énerve forcément le roi qui rejette toutes les demandes formulées par sa fille pour aider ces gens. Il commence par forcer sa fille à chanter lors d’une cérémonie, on comprend qu’il l’a rabaisse au même niveau que les servantes, car d’habitude ce sont elles qui chantent. Dans cette scène, elle est entourée des servantes, faisant face à sa famille réunit autour d’un buffet royal. La mise en scène est formelle, les deux clans n’ont pas la même importance sociale. Sa chanson fait l’éloge de Bouddha et de la compassion, comment un Roi renommé pour ses victoires peut supporter une chose pareille ? Des soldats remplissent alors le milieu de la salle pour une chanson en opposition parfaite avec celle de la princesse. Les deux clans sont bien séparés.

Cette scène est l’un des meilleurs de la première partie voire du film, en plus d’avoir des chants sympathiques il y a aussi ces belles chorégraphies qui accompagnent le message du chant. Les servantes effectuent des mouvements pleins de douceur avec une certaine grâce, tandis que les soldats sont plus violents avec des pirouettes, l’ensemble est plus incisif.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

Mais le roi n’est pas satisfait, il ordonne la princesse de faire les tâches domestique, comme apporter de l’eau et couper du bois. Cette jeune femme ne se révolte pas, au contraire elle refuse même l’aide de ses plus fidèles servantes, elle veut accomplir la punition d’elle-même.

En apprenant une terrible nouvelle de la par du commandant Wei, qui était son amant avant son illumination divine, elle quitte le palais en emmenant avec elle tous les prisonniers.

Je parlais au début du parallèle avec le film américain Les 10 Commandements, on retrouve bien des motivations et des personnages identiques. La princesse souhaite tout comme Moïse sauver son peuple, de même ces deux individus guideront la foule vers une terre promise. Et oui, ils ont osé. En fait les réalisateurs ont donné à Miao Shan une image de sauveuse, durant la fuite c’est la seule personne habillée tout en blanc, elle symbolise bien la pureté de son personnage. Mais l’incroyable ressemblance c’est quand la foule se retrouve bloqué par une étendue d’eaux, que va faire la princesse avec l’aide divine ? Séparer le fleuve en deux ? Le risque de plagiat étant déjà assez important, la solution finale choisie sera de créer un énorme pont.

C’est l’occasion pour nous de voir quelques petits effets spéciaux, rien de grandiose une écharpe de la princesse devient cet énorme pont, et les réalisateurs optent pour des plans serrés tournés à la fois à l’extérieur en Corée du Sud et en studios. C’est un effet assez minimaliste mais qui marche plutôt bien.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

Le reste du film est beaucoup moins attachant, le rythme est brisé, du drame familial on passe à une forme d’utopie sans consistance. Les réalisateurs se sont trop attachés à la relation père fille au point qu’il y a des énormités incompréhensibles mises en place pour mettre un peu d’action et troublé le calme de la nouvelle société. De même, le final est totalement raté, c’est aussi le bon moyen de finir le film sur une note positive. La facilité ruine vraiment le reste du film, c’est dommage de ne pas s’être attardé sur des détails de la vie de cette princesse, comme sa conversion au bouddhisme, sa relation avec les autres dans la seconde partie ou encore le quotidien de sa nouvelle… C’est un peu comme si on tournait un film sur Jésus Christ en se concentrant seulement sur sa relation avec Marie et en torchant rapidement sa mort renaissance, l’idée peut être intéressante mais ce personnage n’a pas eu le droit à autant d’adaptation que la Bible.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

Ce qui peut aussi décevoir c’est de constater qu’au vu des moyens montrés dans la première scène du film on était en droit de s’attendre à un film grandiose de bout en bout. Pour rappel, le film s’ouvre sur une bataille entre deux armées, les combats ne sont pas incroyables, mais on voit un nombre de figurants important avec des costumes soignés, de belles armures en plastique. De même les décors du film sont splendides, on découvre l’intérieur raffiné d’un magnifique palais ou encore un temple.

La seconde très belle scène du film, c’est quand le roi fait face à sa conscience, il vient d’ordonner la mort d’un servante (Li Li-Li) parce qu’elle a fait appel à Bouddha devant lui, on entend l’exécution, on voit la satisfaction du roi, puis les fantômes de la jeune femme apparaissent un peu partout avec un visage ensanglanté. Une lumière verte et des plans de travers donnent à la scène une atmosphère malsaine. C’est l’un des rares passages où les réalisateurs ont exploité la caméra, le reste du film n’est pas aussi visuellement original, c’est toujours très bien cadré et fluide, un peu trop formelle sans doute comme réalisation.

The Goddess Of Mercy - 1969 - Shin Sang Okk & Lim Won Sik

The Goddess Of Mercy est un très bon spectacle, parsemé de nombreux points amusants et jouissifs, comme les chants, les décors, le jeu des acteurs. Pour un film daté de 1967 il manque ce brin de folie, on sent qu’il appartient beaucoup plus aux productions du début des années 60. Placé à côté de The Assassin, The Cave Of Silken Web et bien d’autres, The Goddess of Mercy est un poil fade. Il reste dommage que les réalisateurs n’aient pas décidé d’approfondir la foi de la princesse qui apparaît un peu trop comme une évidence. The Goddess of Mercy étant une histoire connue dans cette partie du globe, le film donne aux spectateurs un déroulement différent jouant avant tout sur le côté spectaculaire et mélodramatique de l’histoire.

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Posted on 2 April 2006
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