The Golden Sword - 1969 - Lo Wei

Un soir d’orage, Bai Chun-tung (Lo Wei) est kidnappé par deux cavaliers masqués, sa disparition reste inexpliquée par son entourage qui s’est lancé à sa recherche. Mais 7 ans après, ils n’ont toujours rien trouvé, c’est alors que son fils Bai Yu-lung (Kao Yuan) décide d’aller explorer les bords de la frontière, il se donne 3 années pour réussir.
La mode de la fin de ces années 60 est au wu xia pian portant le titre d’une arme légendaire, il y a vengeance is a golden blade, thundering sword, twin blades of doom…. En majorité, ces films sont loin d’êtres des chefs d’œuvre, ce sont d’honnêtes productions réalisées en série par différentes têtes du studio comme Ho Meng Hua, Doe Chin ou encore Hsu Cheng-Hung. Lo Wei n’échappe à cette règle et nous livre The Golden Sword, dans lequel il retrouve son actrice fétiche : la jeune Cheng Pei Pei.

Comme souvent, Lo Wei écrit lui-même les scénarios, ce qui lui permet de brasser ses thématiques habituelles tout en construisant un récit simple. Ce film se décompose en deux phases, la première est celle du voyage de Bai Yu-lung qui à défaut de retrouver son père, va rencontrer sa future femme Ngai Jin-feng (Cheng Pei Pei). La seconde change totalement de registre, on va apprendre le passé de cette famille.
Avec ces deux périodes, le film gagne en diversité aussi bien des personnages que des environnements du déroulement de l’histoire. Pour preuve, au début le film se déroule dans des paysages enneigés pour finir dans une nature automnale. Cette diversité est l’un des atouts du film.
Néanmoins, si les décors sont absolument somptueux et riches, le traitement des personnages n’est pas aussi bien. À la limite, Lo Wei les utilise pour faire apparaître ses thèmes. Il donne la priorité aux gens qui n’ont rien de grands héros valeureux, il va à l’inverse de Chang Cheh. Lo Wei s’intéresse aux mendiants, aux femmes, aux handicapés, il fait d’eux les centres de son histoire. Ngai Jin-feng (Cheng Pei Pei) est une mendiante qui vole l’argent des riches pour le redonner aux pauvres, quand elle rencontre Bai Yu-lung, c’est l’un des rares à lui montrer de la sympathie. Il ne connaît d’ailleurs pas sa maîtrise du kung fu et était loin de s’imaginer tomber sur une personne pareille. Cette femme vit dans des taudis auprès de sa famille qui est constituée des autres mendiants.

Face à elle, il y a des voleurs qui escroquent la population, ce sont des bandits dangereux qui n’hésitent pas à tuer leurs ennemis. Ce groupe de bandits est montré par Lo Wei comme très hiérarchique, il y a le maître et les disciples. Tandis que la famille des mendiants n’est pas catégorisée, tout le monde à son importance, même si la jeune femme est respectée pour son talent, elle n’abuse pas de sa notoriété, elle est au contraire humble et ouverte.
La famille est bien sûr pour Lo Wei l’un des éléments de base de la société, c’est un noyau important donnant à chaque individu ses repères, ses valeurs.
Le seul problème de ces noyaux, c’est qu’ils brassent trop d’individus à la fois et pour Lo Wei ce n’est pas réellement gérable. Pour la famille des mendiants, il ne peut approfondir les différentes personnes, il y a au final que 4 individus qui ressortent très clairement du reste de la famille. Lo Wei se satisfait des clichés habituels, il ne peut jamais essayer d’explorer le potentiel de chacun des individus. Ce défaut se retrouve aussi dans la seconde partie avec la famille de Bai Yu-lung.

Après les mendiants, le réalisateur scénariste s’intéresse aux femmes. Si au début, le personnage de Cheng Pei Pei se fait passer pour un homme, elle montre assez rapidement sa volonté d’affirmer ce qu’elle est vraiment, une belle jeune femme. Ce genre de déguisement n’est pas sans rappeler les opéras huangmei, peut être que Lo Wei, en tant que spectateur masculin, ne supportait pas de voir une jeune femme se cacher derrière le masque d’un homme. C’est surtout dans la seconde partie que le réalisateur va mettre en avant les femmes.
Le jeune Bai Yu-lung va lui aussi devoir faire face au kidnapping par des cavaliers mystérieux, qui sont en fait des femmes ! Il est emmené dans un palais dirigé totalement par des femmes, elles ne sont pas toutes glamours et belle, il y a aussi des dominatrices adeptes du fouettage. Encore une fois on retrouve la diversité d’une mini communauté qui se révèle être à son tour une famille à part entière. Ces femmes détestent les hommes, au mieux ils servent à procréer, au pire ils sont réduits à l’état d’esclave et s’ils essayent de s’enfuir, on les donne à manger aux serpents !

Avec la division de son film en deux parties, Lo Wei veut expérimenter une intrigue principale qui se remplie de sous intrigues, symbolisant en fait le récit du passé de quelques membres de la famille. Le défaut de Lo Wei c’est de vouloir en faire trop dans sa seconde partie. Sa première partie est vraiment sympathique, l’ambiance de la neige et des différentes rencontres donne au film un certain charme. Il est difficile d’oublier les Trois Estropiés, trois sabreurs ayant chacun un problème au visage, l’un d’eux est interprété par Ku Feng. Cette rencontre imprévu permet à Lo Wei de nous livrer quelques combats. On est très loin d’une scène bordelique et molle, on peut penser que la présence de Sammo Hung y est pour quelque chose. Dans l’ensemble ces combats sont dynamiques et font preuve de quelques idées marrantes, comme quand le personnage de Cheng Pei Pei assure aux Trois Estropiés qu’elle va les tuer en moins de 10 coups !
Une fois que les méchants ont tous été tués, le couple part à la recherche du père du jeune homme. Et là, même si Lo Wei découpe l’écran en 5 parties, l’ennui va faire son apparition d’ici quelques minutes. Il y a un véritable passage qui brise le rythme de départ du film pour nous faire glisser dans une recherche presque identitaire de cette famille !

Un servant va faire tomber son masque pour révéler qui il est vraiment, il va faire un long discours sur ce qu’il sait, sur son passé… l’occasion pour Lo Wei de mettre en scène un flash-back. Visuellement, son travail est surprenant, il a réussit la transition entre les deux faces de l’histoire, comme mentionné plus haut, les couleurs deviennent plus chaudes, plus variées. C’est une belle manière de symboliser l’éclosion du passé. Malheureusement, c’est l’histoire qui devient un poil lourd, il multiplie les bonnes idées mais reste incapable de donner un résultat cohérent. Il est difficile de trouver crédible qu’un servant se décide à révéler son identité après 13 ans alors que depuis tout ce temps la famille s’inquiète de la situation du père. Peut être que le servant aimait voir les gens souffrir et y prenait un malin plaisir. C’est une histoire assez bizarre et loufoque.
On peut aussi relever qu’on nous parle sans cesse d’une forteresse, mais qu’on ne la voit jamais, c’est frustrant même si on peut comprendre les contraintes du budget, ce n’est pas un argument suffisant, il est toujours possible d’employer des maquettes. Mais dans ce cas on aurait peut être perdu l’aspect réel du film ? Apparemment pas trop, puisque l’on peut voir un homme s’enlever un masque comme dans la série Mission Impossible, des femmes dépassant la limite du rationnel dans leur pratique du Kung Fu, un homme courir aussi vite que Speedy Gonzales… On se demande alors pourquoi Lo Wei a tant hésité à montrer l’un des points récurrents de l’histoire, c’est plus que dommage. Il semble avoir aussi du mal à gérer la présence de ses acteurs principaux, Cheng Pei Pei ou Kao Yuan disparaissent pratiquement au profit, du moins leur présence est beaucoup moins remarquable.

The Golden Sword dispose d’une première partie de bonne qualité mais la suite est bordélique. Les combats et le traitement visuel restent les grands avantages du film, de même que les quelques idées assez loufoques mais marrantes que Lo Wei met en place. Le film est sympathique mais manque d’une cohérence qui lui aurait facilement permis d’être un bon produit de la Shaw, The Golden Sword reste tout juste un honnête divertissement qui bénéficie entre autre de l’actrice Cheng Pei Pei en tant que combattante et même chanteuse !


