The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

Chang Cheh offre à David Chiang le premier rôle de ce film, les deux hommes ont déjà travaillé à de nombreuses reprises ensembles, le réalisateur a d’ailleurs pris l’habitude de créer le duo Chiang/Lung, mais pour une fois ce dernier ne sera pas du film. C’est aussi la première fois pour Chiang qu’il tient le rôle titre d’un film, mais malheureusement pour lui c’est aussi la dernière.

Le sabreur errant (David Chiang) vogue d’aventure en aventure, vivant de peu et agissant selon son instinct. Un jour, il surprend par hasard des bandits en train de planifier le vole d’un trésor, le soir même il leur reprend le butin, qu’il donnera à des pauvres paysans ayant tout perdu. Oubliant qu’il a donné la totalité de son argent à ces braves gens, il va manger dans une auberge où il devra pour payer l’addition vendre ses deux poignards à un homme. Décider à les récupérer il se lance à sa poursuite, sur son chemin il remarque deux personnages poursuivies par un homme armé. Il décide d’intervenir pour sauver la belle jeune fille, à partir de là son destin est scellé.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

Le film s’ouvre sur une séquence d’un homme à cheval, l’air plutôt sérieux et redoutable, on reconnaît tout de suite le doux visage de David Chiang. Mais cette séquence est trompeuse et la suite dissipe ces aprioris. On se retrouve soudainement face-à-face avec ce charmant jeune homme qui joue à cache-cache avec un bandit dans des hautes herbes. Il se comporte comme un petit enfant, il utilise même une sarbacane pour se moquer du bandit. Chang Cheh s’amuse avec l’image qu’il a crée de David Chiang, il ne montre pas non plus de haine envers son personnage. Le sabreur errant n’est pas l’égal du futur sabreur manchot (La Rage Du Tigre sortira un peu plus tard).

La figure du personnage est totalement différente, on n’est pas dans une histoire avec les thèmes de la vengeance ou de la rédemption. Ce n’est pas un héros qui est physiquement trahi et moralement anéanti. Le sabreur errant c’est plus un jeune homme insouciant assez sarcastique mais qui dans le fond manque cruellement de réflexion et de distance face aux situations les plus graves. Il est toujours affublé d’un petit sourire moqueur et taquin, qui peut laisser croire à de l’arrogance et du mépris. David Chiang est parfait pour ce rôle, on sent qu’il a été écrit spécialement pour lui. À l’écran on ne voit pratiquement que lui, c’est son charisme qui arrive à soutenir le film. Il arrive dans beaucoup de scènes à nous faire sourire de par son insolence et ses sarcasmes. Comment oublier ces répliques délirantes : « Un casino empêchant les joueurs de rentrer, c’est la chose la plus étrange sur terre » ou encore « (le bandit) Ne me tuez pas, je dois m’occuper de ma mère qui est âgée de 80 ans ! (Sabreur errant) C’est bizarre, les mères ont toujours 80 ans, pourquoi n’ont-elles jamais 79 ou 81 ans ? ». Cette dernière réplique est un énorme clin d’œil ironique à bons nombres de wu xia pian dans lesquels il y a toujours un bandit suppliant de ne pas être tuer en parlant de sa mère très âgée.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

Le personnage du sabreur errant est une possibilité pour Chang Cheh de s’intéresser à la trop grande assurance de la jeunesse qui se lance dans l’action sans réfléchir. D’ailleurs ce personnage est par moment insaisissable. Assistant à un massacre, il s’appuie contre un arbre en mâchouillant une brindille d’herbe, il n’agit pas du tout et ses réactions ne sont pas très marquantes. C’est assez déstabilisant de voir ce personnage devenir muet, d’autant plus que Chang Cheh ne soulève pas certains points qui ont leurs importances dans le déroulement de l’histoire, comme sa trahison. En décidant de ne nous laisser dans ce vague, Chang Cheh perd l’intensité que le film aurait pu avoir, les derniers combats ne font pas ressortir de véritables émotions et ce vide émotionnel gâche quelque peu la prestation des différents acteurs. À ce propos, Il est important de noter que le grand méchant du film est incroyablement lisse et sans charisme.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

On retrouve aux côtés de David Chiang, les acteurs Cheng Lui et Cheung Pooi Saan, deux habitués des premiers Chang Cheh, Wu Ma qui a été l’assistant du maître, quelques petites apparitions de Bolo Yeung, Tsang Choh Lam qui est l’éternel serveur dans les films de la Shaw Brothers, et enfin la seule femme du casting, Lily Li.

Elle est censée être dans ce film l’autre grosse vedette avec David Chiang, mais il faut reconnaître que Chang Cheh ne lui donne pas vraiment d’importance et n’exploite pas du tout les possibilités données par ce personnages féminin. Elle reste cloîtrée au statut de petite pleurnicheuse sympathique qui éprouve quelques sentiments envers notre sabreur errant. Tout ça n’est pas vraiment bien mis en évidence et manque d’approfondissement, laissant même place à quelques incohérences. En effet, la jeune femme se fait kidnappé mais personne ne remarque son absence, même pas son frère.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

De même, Chang Cheh ne s’intéresse pas trop à la relation existante entre elle et David Chiang. Ce n’est qu’à la toute fin du film qu’il commence à la développer en réutilisant une idée déjà vue dans Dead End et qui donnera lieu quelques mois plus tard à l’un de ses meilleurs films : Vengeance. Son idée, c’est de mettre en relation un jeu avec la réalité, ainsi pour éviter de voir pleurer la jeune femme, le sabreur errant lui dit qu’il préfère mourir plutôt que de voir ce visage d’habitude si beau devenir très laid, il simule donc une mort qui n’est d’ailleurs pas prise en compte par la jeune femme. Ce jeu arrive à donner au final un propos incroyablement ironique au film en appuyant ouvertement la faiblesse de la femme qui se révèle, au moment le plus dur de l’histoire, être incapable de faire la part des choses entre un jeu d’enfant et la réalité de l’existence. On peut comprendre ce propos venant de Chang Cheh, un réalisateur qui n’accorde qu’une place sans importance à la femme au sein de ses films et qui préfère s’intéresser à l’héroïsme et à l’amitié poussée de ses poulains.

Au niveau des combats, The Wandering Swordsman s’avère assez moyen. Chang Cheh n’a pas encore coupé le lien avec les effets spéciaux typique de l’Opéra. On remarque alors les nombreuses utilisations des câbles pour faire voler ou sauter nos personnages. Il en abuse un peu trop mais il faut reconnaître que cela donne une image assez féerique au personnage du sabreur errant qui se déplace dans l’espace avec une facilité sidérante. De l’autre côté, le réalisateur est capable de montrer sa perpétuelle volonté de moderniser les combats. Il ne se satisfait plus d’une caméra bien stable filmant tranquillement les personnages, il n’hésite pas à prendre la caméra à l’épaule et à rentrer directement dans l’action ce qui permet de renforcer le réalisme et de nous intégrer avec violence dans la scène. On avait le sang et les cris stridents, on a désormais en plus la vigueur visuelle d’un combat.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

On sent aussi que Chang Cheh n’a pas du voir Sword of Swords d’un très bon œil, comme s’il avait été défié sur son propre domaine. Cette rancune on peut la ressentir avec le choix des armes de notre héros, c’est en effet deux poignards à peu près semblables à ceux de Wang Yu. La comparaison s’arrête là, Chang Cheh aime un minimum son personnage pour ne pas l’enterrer sous le poids des horreurs.

Ces deux poignards peuvent nous rappeler ces doubles pistolets des westerns, aussi bien au niveau de la prise en main que de leurs rangements. On peut continuer sur la piste du western avec ce héros sans nom qui aime s’appeler Le Sabreur Errant, il n’a pas non plus de passé et on ne connaît rien à part son caractère. David Chiang s’impose, après Wang Yu, comme un digne héritier de la figure Eastwoodienne.

Le final est marquant, le héros gravement blessé (ce n’est une surprise pour personne) n’est même plus capable de jongler avec ses poignards, c’est une belle manière de symboliser la mort du combattant.

The Wandering Swordsman - 1970 - Chang Cheh

The Wandering Swordsman est loin d’être un des meilleurs films réalisés par Chang Cheh, il y a beaucoup de faiblesses qui empêchent le récit de s’envoler. Il y avait pourtant pas mal de thèmes intéressants qui aurait pu en faire un grand film, même le thème musical du film n’est pas exploité. Malheureusement pour nous, Chang Cheh sabote le film ou n’y attache pas d’intérêt. David Chiang se retrouve très rapidement un peu trop seul pour porter le film, il assure une très bonne performance qui aurait mérité d’être accompagné d’un scénario traité avec rigueur et inventivité. Tout comme le personnage de Lily Li, on se souviendra du sabreur errant pour son élégance, son franc parler et sa bonté.

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Posted on 30 March 2006
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In Shaw Brothers
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