The Sword Of Swords - 1968 - Cheng Kang

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Jimmy Wang Yu sort du tournage de deux gros Chang Cheh, The Assassin et The One Armed Swordsman. Avec ces films, sa réputation est définitivement faite dans le monde du cinéma. Il enchaîne avec Sword of Swords, un film relativement proche des deux films cités plus haut, il tourne sous la direction de Cheng Kang, futur père des 14 Amazones, qui réalise ici un film au moins aussi violent que chez Chang Cheh.

Le film traite d’une épée légendaire détenue par un vieux maître du nom de Mui Lingchuen (Ching Miao) qui attise l’intérêt d’un clan dirigé par Shang Guang-wu (Wong Chung-shun). Ce dernier va mettre au point avec son acolyte Fang Shi-shiung (Tin Fung) un plan pour arriver à dérober l’objet désiré, Fang se fait passer pour un élève et tente de gagner la confiance du vieux maître afin d’hériter lors de sa mort de l’épée. Il rencontra un lourd problème en la personne de Lin Jen-shiau (Jimmy Wang Yu) bien plus doué et bien plus honnête que lui…

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Autant être franc tout de suite, ce film est sans doute l’un des plus violents produit durant la décennie des années 60 par la Shaw Brothers, je ne parle pas exclusivement de la violence visuelle avec les litres de sang, je parle aussi du côté moral de l’histoire, Cheng Kang enfonce tout ce qu’il peut au plus bas, il n’y a pas vraiment de répit.

Le rôle tenu par Jimmy Wang Yu est très proche du One Armed Swordsman, c’est un individu dévoué à sa tâche, modeste, honnête et sans autre ambition que celle d’aider son père.

C’est une victime de la folie humaine qui tombera à un niveau très bas sans pour autant paraître obsédé par l’unique vengeance habituelle. En effet, en tant qu’individu respectueux des choix de son maître, il fait passer son devoir avant ses problèmes personnels, pensant avant tout à la nation entière. Et cela même quand sa fiancée est kidnappée et littéralement tabassée chez Guang-wu. Il subit tout au long du film les ambitions d’individus machiavéliques.

Il faut dire que pour une fois, nous avons à faire à un méchant vraiment dégueulasse, une véritable ordure finie qu’on espère voir crever dans d’atroces souffrances. Tin Fung est absolument remarquable dans ce rôle, c’est incroyable de le voir tuer sans le moindre remords n’importe quel genre de personne, aussi bien les femmes que les vieillards. Pour arriver à son but, il n’a aucune retenue vis-à-vis des gens qui lui bloquent le passage. Dès le début de sa relation avec Lin on sent sa volonté de l’écraser, de lui réduire à néant. Il profite de la confiance du maître pour discréditer le jeune homme.

Mais les deux hommes sont totalement opposés, quand Fang parle de victoire et de puissance, Lin rétorque modestie et respect. On peut être déçu du manque d’importance donnée à la symbolique de l’épée. Elle ne reste en fait qu’un objet de convoitise, un moyen de soumission et donc un objet extrêmement dangereux. Ce rapport n’est pas vraiment souligné, on peut tout juste le deviner.

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Lin n’utilise jamais l’épée, pour lui c’est un objet d’une trop grande puissance, son maître lui a dit qu’il n’était pas de taille à la manier, il se soumet aux paroles du vieil homme sans le remettre en question, ce serait de la désobéissance. Fang voit l’épée comme un moyen rapide d’affirmer sa puissance sur les autres, l’homme est cruel et sans remords, sa première action avec l’épée en témoigne. Ce rapport n’est pas abouti, dommage pour un film portant le superbe titre Sword of swords.

On sent comme dans beaucoup de productions de l’époque, la grande influence du cinéma japonais, aussi bien au niveau des combats et de leur chorégraphie, qu’avec les portraits des personnages. Il y a un clin d’œil facile à remarquer, Cheng Kang empreinte le mythe de Zatoichi, masseur aveugle et sabreur averti, qu’il colle au personnage de Wang Yu.

C’est l’occasion d’enfoncer encore plus ce jeune homme qui semblait avoir tout pour lui. La scène de son aveuglement est somptueuse, il neige, son bébé pleure et Fang est venu pour le tuer. Cette seconde rencontre lors d’un combat entre les deux hommes est magnifique.

Il faut d’abord se souvenir du premier combat, qui devait déterminer l’héritier de l’épée, Lin n’étant pas intéressé il se bat sans véritable but, d’une façon assez mécanique contre un Fang hargneux qui mort souvent la poussière. Cette nouvelle rencontre marque l’implication personnelle de Lin, cette fois ci on peut ressentir toute sa haine, son style est énergique et plein de force. Wang Yu nous livre une de ses meilleures interprétations, le monolithisme a beau être sa marque de fabrique, ses combats auront rarement été aussi intenses et géniaux. Fang est fidèle à lui-même, ce misérable montre toujours autant de hargne.

L’aveuglement du personnage lui enlève toutes possibilités d’assurer aussi bien sa vengeance que son devoir, il n’est même pas capable de nourrir son enfant, il est sans espoir. C’est d’une parole anodine d’un enfant que renaîtra sa joie de vivre, son ouïe devient sa seule connexion avec le reste du monde. À partir de ce moment là, Cheng Kang appuie volontairement chaque son, aussi bien celui d’une feuille que le grincement d’une porte. Notre sabreur aveugle décide d’opter pour deux poignards, remplaçant ainsi ce qu’il a perdu.

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Cheng Kang sème le film de quelques intrigues secondaires aidant à développer parfaitement une galerie intéressante de personnages. Que ce soit la famille de Lin, la vieille femme ou encore les nombreux traites, le réalisateur les utilise tous pour renforcer le sentiment d’impuissance chez Lin. Ce qui était sa principale force se révèle comme étant son pire point faible.

Pour revenir sur les combats, ils sont tous très bons, le travaille de Liu Chia Liang et Ting Chia sur ce film est remarquable, ils sont arrivés à mêler postures et gestes des chambara avec le brin fantaisiste des films chinois. L’influence japonaise se ressent à plusieurs reprises dans le film, en dehors de la reprise du mythe Zatoichi, il y a dans certaines scènes un arrière goût de chambara. Par exemple quand Lin se rend à la résidence de Guang-wu, il combat alors un nombre incalculable d’adversaires, ce passage ressemble incroyablement au final de Hara-kiri ou de Sword Of Doom, remplacé Tatsuya Nakadai par Jimmy Wang Yu et observez le résultat. Il n’y a pas la même intensité que dans ces deux gros monuments du cinéma japonais (il est difficile de faire mieux) mais la mise en place est proche. On peut regretter un montage assez rapide et brouillon de la séquence, ce qui enlève la lisibilité de certains passages.

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Mais Sword Of Swords, c’est surtout un final des plus meurtriers. Il y a d’abord le premier assaut qui fait entraîne la mort d’un bon paquet d’homme, Wang Yu les extermine complètement. On est aussi surpris qu’eux ! Puis la seconde partie, elle ne peut pas être aussi rapide et facile. Ce passage débute par l’énorme piège de Fang, heureusement pour nous dans 5 minutes il ne sera plus de ce monde. La suite du combat prend la forme d’un massacre sanglant. Wang Yu habillé avec du blanc, se retrouve rapidement recouvert de rouge. J’ai rarement vu une histoire aussi cruelle et sanglante.

Au passage on remarqua le petit caméo de Liu Chia Liang au tout début du film qui interprète le rôle d’un élève du maître opposé lors d’un combat à Fang. Il se fait défroqué par ce dernier.

The Swods of Sword - 1968 - Cheng Kang

Cheng Kang nous livre un récit d’une rare cruauté, il n’hésite pas à enfoncer les clichés du manichéisme de son histoire. Ainsi les méchants de l’histoire sont de véritables pourritures, ils kidnappent, violent, tuent sans aucun remords et les gentils sont d’humbles victimes symbolisant les bonnes valeurs habituelles comme la justice, la modestie, l’honneur. Il ne faudra pas s’attendre à voir l’épée légendaire apparaître à tous les combats, elle est utilisée à trois reprises, trois moments vraiment délirants durant lesquels un simple mouvement déchaîne un ouragan sur l’ensemble des opposants. Les acteurs sont tous géniaux, aussi bien Wang Yu que Tin Fung et Wong Chung-shun. Petit détail marrant, ces deux derniers ont tourné la même année un film dans lequel ils étaient opposés, c’est la folie des studios !

Sword of Swords est un wu xia pian d’une violence inouïe et de très bonne facture, dommage qu’un film pareil tombe dans l’oubli, l’un des grands chef d’oeuvres de la Shaw Brothers, sans conteste !

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Posted on 24 March 2006
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