The Kingdom and the Beauty - 1959 - Li Han-hsiang

L’Empereur de Chine (Zhao Lei) décide de sortir de la Citée Interdite pour se rendre à Kiang-nan, un endroit considéré comme paradisiaque d’après ses servantes. À son arrivée, il assiste à une fête populaire et tombe amoureux d’une chanteuse magnifique, Li Feng (Linda Lin Dai), il va tout faire pour la retrouver.
Avant sa période érotique des années 70, Li Han-hsiang était reconnu pour être l’un des pères de l’opéra huangmei dans les années 50 et 60. Il apporta à l’opéra ses règles cinématographiques, donnant aux nombreux chants une expression visuelle. Dans The Kingdom and the Beauty, sa réalisation est efficace et sobre, en 1958 nous sommes encore dans une période classique. Il ne faut donc pas s’attendre à la folie visuelle d’un Chang Cheh, Li Han-hsiang est plus modeste. D’autre part, la Shaw Movie Town n’était pas encore terminée, il faudra attendre l’année 1961 pour qu’elle soit enfin totalement disponible.

Le peu de décor du film ne semble en aucun cas gêner Li Han-hsiang, pour pallier à ce manque de moyen il pense tout simplement à la construction de petites maquettes. Cela lui permet de nous donner quelques autres angles de vision de la formidable et gigantesque Citée Interdite, qui ouvre et clos le film.
Le film quitte en tout cas assez rapidement la demeure de l’Empereur pour se retrouver dans un cadre plus minimaliste et austère, avec principalement une maison de campagne, un terrain de jeu avec un arbre au milieu et un morceau de rue. Si on est loin des futures productions du genre, le film n’en demeure pas moins intéressant de par la prestation des différents acteurs, à commencer par Linda Lin Dai. Ce fut l’une des grandes vedettes de la première génération d’actrice du studio, mais comme certaine elle était promise à un destin tragique, en effet elle se suicidera en 1964 à l’âge de 29 ans alors qu’elle était au sommet de sa carrière.
Elle est secondée par Zhao Lei qui incarne l’Empereur, par King Hu, futur maître du wu xia pian et par Yeung Ching-Hin, l’un des grands seconds rôles du studio.
The Kingdom and the Beauty fait parti des films de l’époque montrant un certain « rêve Chinois », on est en effet plongé en pleine Chine Antique dans une de ses glorieuses et riches périodes. Ce fut l’une des premières productions à promouvoir cet idéal qui demeure encore chez beaucoup de spectateurs et qui fit la gloire de ce cinéma.
L’Empereur est âgé de seulement 20 ans, il est jeune et passe ses journées à remplir ses devoirs d’Empereur. Ses activités ne l’intéressent jamais, lors des cérémonies officielles il s’ennui tellement qu’il préfère jouer discrètement avec son criquet. Alors quand il entend parler d’un lieu magnifique, il souhaite à tout prix sortir de son quotidien moribond sans obtenir l’accord de sa mère. Ce genre de sortie est strictement interdite, l’Empereur n’est pas censé s’aventurer tout seul à l’extérieur de la Citée Interdite.

Heureusement pour lui, cette aventure lui permet de faire la rencontre avec l’Amour symbolisé par la ravissante Li Feng. À travers ces deux personnages, socialement différent, Li Han-hsiang montre deux visages de la perception de l’amour. D’ailleurs si on s’attend dans un premier temps à une romance parfaite comme on peut en voir si souvent, on s’aperçoit rapidement que c’est la romance tragique qui va régner dans la seconde partie du film.
L’Empereur c’est l’adolescent qui souhaite découvrir le monde et expérimenter la vie hors de son cocon impérial. Quand il découvre la jeune femme, il fait ses premiers pas en amour, il est maladroit mais montre sa bonne volonté, ce qui permet d’achever la séduction.
Juste après une nuit passée ensemble, l’homme doit retourner à la Capitale où il finira par oublier Li Feng qu’il abandonne avec un enfant et des espoirs qui se transformeront en maladie. La femme n’oubliera jamais son amant, elle y pense chaque jour. Pendant ce temps, l’Empereur profite d’un harem dans lequel il passe la plupart de temps !
Le réalisateur n’est pas vraiment tendre envers son personnage féminin qui finie par attirer la pitié de tous, aussi bien des voisins que de nous, humbles spectateurs. Mais au-delà du thème de l’amour improbable façon Vacances Romaines, Li Han-Hsiang fait ressortir les problèmes d’un couple tout à fait normal via la séparation, l’homme et la femme n’ont définitivement pas la même définition de l’amour.
En tant qu’opéra huangmei, le film est somptueux, les chants servent en général de dialogue entre les intervenants, tous les dialogues ne sont pas non plus chantés ! Le chant est aussi utilisé comme instrument narratif. The Kingdom and the Beauty fait figure de classique dans ce genre, avec ces utilisations de la musique, Li Han-hsiang grave les bases de l’opéra huangmei.
Les acteurs sont doublés lors des chansons par Tsin Ting et Kiang Hung. Il n’y a que King Hu qui chante vraiment ! En plus d’être un futur réalisateur de talent, c’est un très bon chanteur.
Les mélodies sont toujours harmonieuses et agréables à entendre, ajoutant au film un rythme sympathique et une ambiance envoûtante. Il ne faut pas oublier les mimiques de Linda Lin Dai et les nombreux petits jeux que se livrent les personnages entre eux, comme par exemple lorsque la jeune femme explique à l’Empereur comment doit se comporter l’Empereur de Chine, sans savoir que c’est effectivement lui l’Empereur !

The Kingdom and the Beauty ne bénéficie pas pour l’époque du célèbre ShawScope (format 2.35), le film est présenté plein cadre. Pour l’une des ses premières réalisations, Li Han-hsiang nous livre un travail efficace et porte un regard intéressant sur une relation entre un Empereur et une jeune servante de campagne. Sa réalisation reste sobre sans pour autant l’empêcher de mettre en place ses idées. Les décors sont toujours modestes et géniaux, on retrouve bien l’ambiance des futures réalisations du studio, le minimalisme n’est jamais un problème pour le film. Au contraire on s’habitue plutôt bien à ces quelques lieux qui nous permettent de nous attacher un peu plus aux différents personnages. The Kingdom and the Beauty s’impose comme un bon opéra huangmei qui d’une trame simpliste arrive à faire ressortir chez ces individus des émotions venant compléter leurs portraits grâce à une musique juste et toujours harmonieuse.


