
Avec la sortie du coffret Femmes Criminelles chez HK Vidéo, c’est l’occasion de parler de Teruo Ishii, réalisateur japonais dont le nom évoque l’exploitation, les tortures et la violence. Une étiquette trop grave, peut-être ?
Même si sa filmographie complète reste encore aujourd’hui invisible, les quelques films disponibles en Occident témoignent aisément que Teruo Ishii n’était pas un fanatique adepte de la violence et des bains de sang. Et qu’il devait être plutôt conscient des produits qu’il réalisait. Que les âmes sensibles rangent leurs armes !
Faut-il rappeler le côté opportuniste et putassier du cinéma d’exploitation ? Qui vendait aux spectateurs un cocktail (subversif) avec violence, femmes nues… Tout était bon pour attirer le public. Dans cette vague de production (de crise), Teruo Ishii a donc poussé ce cocktail très loin, quitte à tomber dans le grotesque absurde.
Sur des histoires prétextes, les tortures et humiliations s’enchaînent, avec des litres de sang versés, des cris, des nichons et des zones floutées. Les recettes du spectacle opportuniste apparaissent ici clairement, et l’on imagine à quel point ça pouvait être extrême et graphique pour l’époque.
Si ce défilé d’horreurs a pu/peut révolter des gens, son aspect outrancier dévoile pourtant l’absurdité du spectacle. À force d’en faire trop, de toujours chercher à attirer le public, plus rien n’a de sens. C’est grotesque ! On se retrouve face à des gens qui crient et souffrent pendant 1h30 pour notre plus grand bonheur de pauvres âmes blasées, ou un poil perverses (hé hé).
Qui aurait crû que ces films de torture cachaient un réalisateur à l’esprit comique ?












{ 6 comments… read them below or add one }
A propos de l’absurdité des Joy of torture, permets-moi d’exprimer une petite réserve.
Le terme guro renvoie probablement plus au sens du mot en langue anglaise, légèrement différent de celui en français courant. Ero-guro peut donc se voir comme un espèce d’oxymore, ce qui je te le concède volontiers est un bon argument publicitaire.
Cependant le cocktail des ingrédients en question : drame, érotisme et flots de sang est une obsession récurrente dans le domaine des arts, même graphiques. Et je pense que loin d’être absurde, il est porteur de sens dans les recoins de nos cerveaux. Dans la grotte de nos esprits, en quelque sorte.
Le côté artistique de ces films se mélange indirectement au côté commercial : le public voulait voir ce genre de spectacle versant dans l’excès. C’est un fait – sinon ces films n’existeraient pas (ça mériterait une analyse sociologique, qui arriverait bien à nous donner une petite idée mais rien de plus).
Le côté grotesque et absurde de cet excès, du moins chez Teruo Ishii, je le vois comme un ressort comique pour pousser le spectacle dans ses dernières limites possibles. Comique, grotesque, absurde, oui et ça n’enlève rien à l’intérêt du spectacle ! (je précise car il y a une tendance de cinéphiles qui aiment les films parce qu’ils sont stupides et grotesques – dans le sens le plus méprisant du terme.)
“Le côté grotesque et absurde de cet excès, du moins chez Teruo Ishii, je le vois comme un ressort comique pour pousser le spectacle dans ses dernières limites possibles.”
Autant j’abonderais volontiers dans ton sens à propos du magnifique Female Yakuza Tale, autant les Joy of torture m’avaient semblé faire preuve à l’occasion d’une volonté dramatique très premier degré.
Mais j’avoue ne pas en avoir vu depuis un bon moment, et ce coffret sera l’occasion de s’y replonger.
Au Japon, je ne sais pas du tout où s’arrête le 1er degré, et où commence le 2nd degré. D’ailleurs, à ce niveau-là Teruo Ishii me fait un peu penser à Kihachi Okamoto – et sans doute d’autres !
Dès que je récupère le coffret, je m’en occupe, ce sera l’occasion d’échanger nos points de vues !
Riton met le doigt sur un point qui fait que je n’ai tjs pas digéré les Tokugawa onna : un sérieux appuyé qui m’a laissé un arriere gout prononcé de complaisance.
A mille lieues de là, le Teruo Ishii grandiloquent, parfois grotesque, ou le Teruo Ishii sérieux (série des line) me plait enormément.
une chronique!!!
http://asie-vision.blogspot.com/2008/12/orgies-sadiques-de-lre-edo.html