A Cruel Story – 1964 – Tai Kato

# Cinéma JaponaisAdd comment

A Cruel Story - 1964 - Tai Kato

Pratiquement cent ans après les véritables événements de la fin du Shogunat Tokugawa, régime qui dura presque trois siècles, Tai Kato nous livre une vision violente et sans concessions du groupe Shinsengumi. Un groupe élitiste chargé de veiller au bon maintient du gouvernement Tokugawa, tuant ainsi tous les ennemis potentiels. Les membres sont reconnus pour être d’éminents samouraïs impitoyables et cruels envers quiconque osera se dresser contre leur mission (gouvernementale).

A Cruel Story - 1964 - Tai Kato

Le film retrace l’histoire d’un jeune paysan fraîchement sorti de sa campagne qui assiste à une action violente du Shinsengumi (action connue comme étant L’Affaire Ikedaya). En voyant cela, il éprouve la forte envie d’y adhérer. Il essaye donc tous les moyens, même supplier des capitaines. Il saisit l’opportunité lors d’une campagne de recrutement, et s’il n’est pas un fin sabreur, sa volonté et sa détermination de fer lui permettront d’intégrer le célèbre groupe.

Le jeune homme, interprété par Hashizo Okawa, est plutôt banal. C’est un simple jeune paysan venu tenter sa chance en ville espérant trouver une meilleure manière de vivre. Tout change lorsqu’il voit les Loups du Shinsengumi, des hommes ensanglantés au regard froid et indifférent, qu’il prend conscience qu’il doit lui aussi rejoindre les rangs de ce groupe. Comme de nombreux jeunes hommes, il veut connaître l’expérience du Shinsengumi. Mais sans être conscient de la réalité et de ce qui signifie l’engagement à ce groupe impitoyable. L’un des derniers groupes à appliquer avec rigueur le code des samouraïs.

Pendant la campagne de recrutement il se montre faible et surpris par les combats d’essais complètement violents et déshumanisés. Il assiste à la mort de plusieurs hommes en seulement quelques instants, personne d’autre ne semble montrer d’émotions face à cette boucherie éclair. Lui, très sensible affiche clairement son dégoût, il a envie de vomir. C’est donc sa détermination et son respect à la lettre du code des samouraïs qu’il se fera remarquer alors que tous se moquent de lui, le jeune homme, Enami, se lance dans un seppuku mais est arrêté à temps.

A Cruel Story - 1964 - Tai Kato

De notre côté, le Shinsengumi apparaît dès les premiers instants comme une institution violente, les hommes sont soumis aux règles et tuent sans hésitations. La mort n’effraie personne, ces hommes là ne vivent que pour défendre un Shogunat en détresse. D’ailleurs ils affichent sans problème leurs prétentions, tuer tous les rônins et samouraïs qui utilisent le nom de l’Empereur pour justifier l’acte de rébellion (Les loyalistes, voir Hitokiri). Tai Kato s’engage dans une description minutieuse de ce groupe, comme s’il souhaitait nous montrer l’envers du décor, loin de la réputation épurée. Dès qu’Enami rentre au sein du groupe, il se retrouve confronté à une véritable institution ayant étiqueté ses propres règles, strictement hiérarchisé et organisé. Personne ne peut en sortir indemne. On peut voir tous les membres vivent normalement, des toilettes encombrées au nettoyage des affaires, à la répartition des nouveaux membres dans leurs unités. Tout y passe, le Shinsengumi se révèle être solide dans ses moindres recoins. Les hommes sont pris en mains et endoctrinés pour devenir des Loups à part entière.

A Cruel Story - 1964 - Tai Kato

Enami est le parfait exemple, s’il montrait sa réticence face à la mort et aux meurtres, il prend rapidement goût au maniement du sabre et à ses conséquences. Tuer devient une chose banale. C’est la hiérarchisation et l’organisation du groupe qui imposent à l’homme d’exécuter et de suivre les moindres volontés du chef. Pour Enami, l’ordre est de trancher la tête d’un traître. Une fois, deux fois, puis la troisième fois il se désigne pour être l’exécuteur. Voilà comment l’organisation permet à l’homme de perdre son humanité.

Shinsengumi se révèle expert dans la formation de loups, mais oublie volontiers d’appliquer certaines de ses règles à lui-même. D’ailleurs, on peut penser que si Tai Kato place son action à l’intérieur des bâtiments du groupe, c’est pour mieux mettre en avant l’ironie de la situation. Désigné pour tuer les ennemis de l’Empereur et du Shogunat, le groupe ne sortira pourtant jamais de ses locaux pour mettre en pratique son inlassable chasse. Pire, les seuls morts du film sont des membres du groupe. Ainsi pour le Shinsengumi tuer est justifié à partir du moment où les hommes bafouent les règles. On se trouve enfermé dans un cercle vicieux, le groupe rentre en totale contradiction avec lui-même, justifiant ses morts au nom de l’Empereur et tuant dans le même cas les rônins et samouraïs qui justifient leurs actes au nom de l’Empereur. Paradoxe d’un groupe impitoyable et violent, profitant du contexte instable de l’époque pour exterminer des hommes. En définitif, ce qui est bon pour le clan, ne l’est pas pour les autres.

A Cruel Story - 1964 - Tai Kato

Tai Kato nous livre une réalisation parsemée de mouvements de caméras fluides parcourant les scènes à la recherche d’un détail ou d’une mise en valeur d’un personnage du l’autre. La violence, bien que réduite par le choix du noir et blanc, n’en reste pas moins sèche et surprenante. La bande origine rythme parfaitement le propos et nous révèle par moment des tonalités jazzy, conservant sans soucis l’harmonie du passage et l’émotion globale des hommes.

A Cruel Story pose un intéressant regard, déjouant les mythes pour mieux dévoiler une certaine réalité brute où les hommes n’ont plus d’excuses et s’enferment volontairement dans un groupe complètement sectaire,impitoyable qui les transforme en vulgaire loups semi-apprivoisés. L’endoctrinement du samouraï par le Shinsengumi montre ici sa face absurde, capable d’oublier ses propres faiblesses et erreurs au profit d’un idéal mort-né.

Note =

If you enjoyed this article, keep updated!


{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment

Previous post:

Next post: